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le Pape (Léon X) dont il alloir 1515. traverser les Etats, avoit été son

ennemi & vouloit paroître son ami: ce Pontife n'ayant pû le repousser par les armes, espéroit l'arrêter par les négociations ; il avoit d'ailleurs à régler avec le Roi, des objets intéressans pour l'autorité du S. Siege ; il proposa une entrevue , François l'accepta, elle se fit à Bologne; ce fut là, qu'après avoir traité les affaires politiques, ils décidérent, à leur satisfaction réciproque & au grand mécontentement des Tribunaux François, le point le plus important du Droit Canonique.

Il s'agissoit de la nomination aux Prélatures ou Bénéfices consistoriaux (I).

Selon l'ancienne discipline , les Abbés étoient élus par les Moines

Prieurés, &c. on les nomme Bénéfices capes, les

(I), Ce Conc les Evêchés, parce que le Pape, soịc sur l'éle&ion, foit sur la nomination Royale , les conféroit & les confére encore dans le Consistoire, c'est-à-dire, dans l'AF femblée générale des Cardinaux.

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assemblés , les Evêques par le Clergé uni au Peuple , & l'élection des Evê- 1515. ques étoit confirmée par les Evêques comprovinciaux, sur-tout par le Métropolitain. On regardoit alors la multitude comme inaccesible à la séduction, la voix du Peuple fembloit une vocation divine. Les Annales de l'Eglise nous apprennent que cette discipline fut heureuse pendant les premiers siécles, que le Peuple & le Clergé nommoient prelque toujours par une acclamation unanime le personnage le plus digne, que dans l'Eglise Gallicane en particulier, le Siege Episcopal ne recevoit que des Saints, ou les rendoit

Mezerar, tels. C'étoit un effet naturel de l'el. Abr. Chio prit qui prélidoit à ces élections & nolog. des précautions qu'on prenoit pour les rendre canoniques. Aucune Eglise n'étoit confiée à un Palleur étran. ger, on prenoit pour principe ce mot de l'Evangile : Les brebis fuivent le Pasteur (1), parce qu'elles connois

(1) Evang, selon S. Jean, C« 10. verf.3.& 4.3

sent sa voix ; elles ne suivent point un 1515. 'étranger , parce qu'elles ne connoissent

point la voix des étrangers. On ne croyoit point, suivant la remarque du judicieux Abbé Fleury, qu'un troupeau pût prendre confiance en un Pasteur inconnu, ni qu'un Pasteur étranger pût bien gouverner un troupeau qu'il ne connoissoit pas. Chaque Eglise nommoit pour Evêque, un Prêtre ou un Diacre batisé, instruit, consacré, exercé dans cette même Eglise , vieilli à l'ombre du même autel, préparé aux fonctions de son nouveau ministère par des fonctions du même genre, remplies fous les yeux de ceux qui l'élisoient. Tous doivent élire celui à qui tous doiyent obéir , & tous doivent connoltre celui qu'ils élisent. Telle étoit la maxime de l'antiquité. » Jugez, dit encore M. Fleury, » fi elle étoit s bonne , & comptez les saints Evê>> ques des six premiers siécles. »

Mais où l'abus ne pénétre-t'il pas? L'Eglise enrichie par la piété libérale des Rois , vit naître la corrup

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tion de la splendeur. Les Bénéfices qui n'étoient dans l'origine que des 1515. fardeaux honorables , mais pesans , qu’une source plus féconde de devoirs & de travaux, devinrent des objets de cupidité que la fimonie s'empressa d'enlever au mérite. L'in. térêt trouva mille routes criminelles pour arriver à ces honneurs autrefois fi redoutés ; la cabale & l'intrigue disposerent des suffrages. On trompa les simples, on paya les avares, on seconda les ambitieux, on flatta les orgueilleux, on rampa pour s'élever. Les assemblées tumultueuses, agitées, s'ouvrirent à la discorde, à la violence , au scandale. Les querelles, les combats, le meurtre les déshonorérent.

Les Rois, pour appaiser ces troubles, prévenoient & gênoient quelquefois les fuffrages , ou par des ordres absolus, ou par des recommandations quien tenoient lieu ; les dons qu'ils avoient faits aux Eglise, les dons qu'ils pouvoient faire encore , l'autorité, la force rendoient leur

influence sur les élections presque 1515. toujours prépondérante. On avoit fiécle de l'E- vû dès le fixiéme fiécle , Clotaire I. giiie. usant ouvertement de violence, pla

cer sur le siége de Saintes le jeune Emerius avant l'âge prescrit par les Canons ; les Evêques souffroient quelquefois ces entreprises, soit par crainte, soit par intérêt; mais Léontius de Bordeaux eut le courage d'afsembler à Saintes un Concile Provincial qui déposa Emerius dans sa Cathédrale. Chérebert, fils de Clotaire, s'en vengea sur Héraclius, que le Concile avoit substitué à Eme. rius , il le fit, dit-on, traîner en exil dans un chariot plein d'épines. Il se vengea aufli de Léontius en lui faifant payer une amende. Si ce font ces coups d'autorité, répandus dans l'Histoire des deux premières races, qui ont persuadé à quelques Auteurs que de tout tems les Rois nommoient aux Evêchés, il paroît que ces Auteurs ont pris l'exception pour la régle.

Mais, il faut l'avouer, ces faits re

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