Imágenes de páginas
PDF
EPUB

ECCLÉSIASTIQUE

Par M. FLEURY, Prêtre, Prieur d'Argenteuil,
& Confeffeur du Roi.

TOME HUITIÉ ME
Depuis l'an 590. jusques à l'an 678,
Revû, & corrigé par l'Auteur.

જી, A PARIS;

P. G. LE MERCIER, rue S. Jacques, au Livre d'Or.
DESAINT & SAILLANT, rue S. Jean de Beauvais.

Chez JEAN-THOMAS HERISSANT, ruë S. Jacques, à S. Paul, & à S. Hilaire.
DURAND, rue S. Jacques, au Griffon.

LE PRIEUR, rue S. Jacques, à la Croix d'Or.

[blocks in formation]
[ocr errors][ocr errors][merged small][ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][merged small][merged small][ocr errors]
[merged small][merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][ocr errors][merged small]

allo noon adibi al onsinisia

DESblitoys bid ma Ifalosb

SIX PREMIERS SIECLES
DE L'EGLISE...

1:

divin du Chriftianiline.

Iren. lib. xo.. 3 lib...8.

E lecteur eft maintenant en état de juger & j'ai tenu parole, & fi j'ai montré, comme j'avois promis dans Etab ment la préface, que la religion chrétienne eft purement l'ouvrage de Dien. On a vu qu'elle s'eft établie en peu de tems par tout l'empire Romain, & même au-delà, non feulement fans aucun fecours humain, mais malgré toute la réfiftance des hommes. Dès le tems de S. Irenée & de Tertullien, c'eft-à-dire, dès la fin du fecond fiécle, tout Tertull. apolog. c. étoit plein de chrétiens, non-feulement de particuliers, mais d'Eglifes 19. v. Meurs Chr. nombreufes conduites par des pafteurs, & unies par une correfpondance . 4. mutuelle. D'où étoient-elles venues? N'étoit-ce pas ces mêmes peuples depuis tant de fiécles plongez dans l'idolatrie & dans la débauche? Qui les avoit ainfi changez tout-à-coup? Qui leur avoit fait méprifer les coûtumes de leurs peres, quitter des religions qui favorifoient toutes leurs paffions, & embraffer une vie fi férieufe & fi pénible: Il falloit qu'ils cuffent vu d'étranges merveilles, & qu'ils euffent été terriblement frappés des miracles & des vertus de ceux quirenonçoient cette nouvelle religion.

[graphic]

II. Martyrs,

Mais encore, que leur promettoit cette religion? Rien de préfent, ni de fenfible: une vie future, des biens invifibles : & en ce monde des perfécutions & des périls continuels. Vous avez vû comme les chrétiens ont été traitez pendant trois fiécles entiers. Je ne me fuis pas contenté dé dire en général, qu'il y eut un grand nombre de martyrs,ni derappor ter leurs noms & les principales circonftances de leur martyre. Je vous les ai mis devant les yeux je vous ai rapporté les actes, c'eft-à-dire, les procès-verbaux de queftion & d'exécution à mort. J'ai bien voulu m'expofer à ennuyer quelque lecteur délicat, pour ne rien perdre de la force de la preuve & de l'impreffion que doit faire un fi grand objet, Ces exemples étoient nouveaux. Les Grecs & les Romains fçavoient mourir pour leur patrie; mais non pas pour leur religion, & pour le feul in térêt de la vérité. Il eft vrai qu'il y avoit eu quelque peu de martyrs chez les Juifs: auffi avoient-ils la vraie religion, & l'églife les honore comme

fiens.

Toutefois ce qui étoit fi commun chez les chrétiens, étoit regardé par les philofophes, & avec raison, comme le comble de la vertu. Le jufte De repub. lib. 2. parfait, dit Platon, eft celui qui ne cherche pas à paroître bon, mais à Pêtre autrement il feroit honoré & récompenfé, & on pourroit douter s'il aimeroit la juftice pour elle-même, où pour l'utilité qui en reviendroit. Il faut le dépouiller de tout, hors de la justice: il doit n'en avoir pas même la réputation, paffer pour injufte & pour méchant, & comme tel-être fouetté, tourmenté, crucifié, confervant toûjours la justice jufques à la mort. Ce philofophe ne femble-t-il pas avoir préyu Jelus-Chrift & les martyrs fes imitateurs? Etant les plus juftes & les plus faints d'entre les hommes, its ont paffé pour des impies & des abominables : ils ont été traitez comme tels, & ont pouflé le témoignage de la vérité jufques à la mort, & aux plus cruels tourmens; & ce n'a pas été un petit nombre de philofophes, mais une multitude innombrable de tout âge, de tout fexe, & de toutes conditions.

A. 1. 17.

Encore fi les chrétiens n'euffent été attaquez que par la fureur des peuples & l'autorité des magiftrats, on pourroit penfer qu'ils fe feroient rojV. Moeurs Chr. dis contre la force deftituée de raifon. Mais on employoit tout contre eux en même tems, la violence, les calomnies, les railleries, les raifonnemens; & leurs ennemis avoient bien plus de liberté de les attaquer, qu'ils n'en avoient de fe défendre. Ils écrivirent toutefois quelques apologies: je les Hift. liv. 111. n. 21 n.37. 47. 51. ai rapportées; vous avez vû fi elles étoient folides & convaincantes; mais v.v.n.4.5.c. elles eurent peu d'effet, tant les hommes font peu touchez de la raifon. 3. 39. Vill. .45 On ne fe détrompa que par une longue expérience. A force de bien faire, les chrétiens diffiperent les calomnies, dont on les avoit noircis : à force

de fouffrir, ils montrerent l'inutilité des perfécutions. Enfin au bout de trois cens ans, la vérité prit le deffus, & les empereurs fe déclarerent euxmêmes protecteurs du Chriftianifme.

On vit alors la différence de la véritable religion d'avec les fauffes. L'idolatrie tomba d'elle-même, fi-tôt qu'elle ne fut plus appuyée par la puiffance publique. Pour le montrer fenfiblement, Dieu permit cinquante

[graphic]

ans après l'apoftafie de l'empereur Julien, qui avec toute la puiffance de l'empire, & tout le fecours de la philofophie & de la magie, ne put ré

III.

Moine

tablir le paganifme. Il s'en plaint lui-même en plufieurs endroits de fes Hift. Liv. xv. my écrits, & particuliérement contre le peuple d'Antioche. La réforme chi- 15. 2. 7. mérique qu'il vouloit introduire chez les païens, lui faifoit rendre malgré lui un témoignage glorieux à la fainteté du Chriftianifme qu'il s'efforçoit d'imiter; & fa perfécution, toute finguliére & artificieufe qu'elle étoit, ne fervit qu'à affermir davantage la vérité. Son régne fut le dernier fou pir de l'idolatrie; & Rome n'a plus eu depuis que des princes chrétiens. Après les martyrs, vient un fpectacle auffi merveilleux ; les folitaires. Je comprens fons ce nom ceux que l'on nommoit Afcetes dans les premiers tems, les moines & les anachoretes. On peut les appeller les martyrs de la pénitence: dont les fouffrances font d'autant plus merveilleufes, qu'elles étoient plus volontaires & plus longues; & qu'au lieu d'un fupplice de quelques heures, ils ont porté leurs croix fidélement pendant des cinquante ou foixante ans. Je m'y fuis étendu, peut-être trop gré des fçavans & des curieux, qui n'eftiment pas affez l'oraison & les pratiques de piété. Mais je crois que la vie des Saints eft une grande partie de l'hiftoire eccléfiaftique, & je regarde ces faints folitaires, comme les modeles de la perféction chrétienne. C'étoit les vrais philofophes, comme l'antiquité les nomme fouvent. Ils fe féparoient du monde, Porph. de vita pour méditer les chofes céleftes: non pas comme ces Egyptiens que dé- Pythag. V. Traité crit Porphyre, qui fous un figrand nom, n'entendoient que la géométrie des études, n. 4. ou l'aftronomie: ni comme les philofophes Grecs, pour rechercher les fecrets de la nature, pour raifonner fur la morale, ou difputer du fouverain bien & de la diftinction des vertus.

Les moines renonçoient au mariage & à la fociété des hommes, pour fe délivrer de l'embarras des affaires, & des tentations inévitables dans, le commerce du monde, pour prier, c'eft-à-dire, contempler la grandeur de Dieu, méditer fes bienfaits, les préceptes de fa fainte loi, & purifier leur cœur. Toute leur étude étoit la morale, c'eft-a-dire, la pratique des vertus, fans difputer, fans préfque parler, fans méprifer perfonne. Ils écontoient avec docilité les inftructions de leurs anciens plufieurs ne fçavoient pas même lire, & méditoient l'écriture fur les lectures qu'ils avoient ouies. Ils fe cachoient aux hommes autant qu'ils pouvoient, ne cherchant qu'à plaire à Dieu. Ce n'étoit que l'éclat de leurs. vertus, & fouvent leurs miracles, qui les faifoient connoître; & nous ignorerions qu'ils ont été pour la plûpart, fi Dieu n'avoit fufcité des curieux, comme

Rufin & Callien, pour les aller chercher dans le fonds de leurs folitudes, Hift. liv.xx, n. 3. & les forcer à parler."

Au refte on ne peut les foupçonner d'aucune efpece d'intérêt. Ils fe ré

duifoient à une extrême pauvreté, gagnoient par leur travail le peu qu'il
leur falloit pour vivre, & en avoient même de refte pour faire l'aumône.

Quelques-uns avoient des héritages, qu'ils cultivoient de leurs mains: Saint Nil.
mais les plus parfaits craignoient que des ménageries & des revenus à ad-
minifter ne les fiffent retomber dans l'embarras des affaires qu'ils avoient

[ocr errors]
« AnteriorContinuar »