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XLVIII.

bonne foi, ils fignerent un acte, par lequel ils promettoient entre autres chofes, avec ferment fur les faints évangiles, que celui qui feroit élu pape procureroit l'union de tout fon pouvoir, jufqu'à prendre la voie de ceffion, en fe dépofant du pontificat, fi la plus grande partie des cardinaux jugeoit qu'il fût à propos de la faire pour le bien de la paix. Cet acte fut figné par dix-huit cardinaux. Le premier étoit Guy de Maloeffe évêque de Paleftrine, dit le cardinal de Poitiers: Pierre de Lune étoit le feiziéme. Les cardinaux de Florence, d'Aigrefeuille & de S. Martial ne souscrivirent point, quoique prefens; & il y en avoit deux abfens, Jacques évêque de Sabine, & Jean de Neufchâtel évêque d'Oftie. 11 eft furprenant que dans le formulaire du ferment des cardinaux, il ne foit point parlé de cette claufe: Au cas que le concurrent cede auffi, comme l'histoire fuppofe qu'elle fut ftipulée.

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Les cardinaux ne furent que deux jours au Ils élifent conclave, & dès le vingt-huitiéme de Septempour page bre veille de S. Michel, ils élurent d'une voix Benoît XIII. unanime Pierre de Lune cardinal d'Arragon Ciacon. in qui prit le nom de Benoît XIII. Il étoit âgé Bn. XIII. d'environ foixante ans, & il y en avoit dixneuf qu'il étoit cardinal, aïant été élevé à cette dignité par Gregoire XI. en 1375. Auffi-tôt après fon élection, il ratifia l'acte qu'on avoit figné dans le conclave; & comme le défir qu'il avoit d'être pape lui avoit fait tenir un langage conforme à l'union & à la paix, les cardinaux crurent qu'ils ne pouvoient choifir un fujet plus difpofé à la ceffion, & qui eût plus d'ardeur pour l'extinction du fchifme. Ce qui fortifia cette créance, fut qu'il envoïa d'abord des légats au rof de France & à l'univerfité de Paris, pour les exhorter à choifir la voie la

plus propre à rendre la paix à l'églife, & qu'il écrivit à Jean roi de Caftille, où il invectivoit contre la malignité & la fureur de ceux qui entretenoient le fchifme, proteftant qu'il aimeroit mieux fe confiner dans un cloître pour toute la vie, que de retenir le pontificat aux dépens du repos de la chrétienté: mais l'évenement fit voir le contraire. Ce fut alors que Nicolas de Clemangis, cet ardent zélateur de l'union, le follicita par une lettre pleine de force & de liberté, à foutenir ces fentimens, & à appliquer un prompt remede aux maux prefens de l'églife; & l'on croit que ce fut dans ces conjectures qu'il compofa fon traité de la Cave hift. litter. ruine, ou de l'état corrompu de l'église, que la cour de Rome a mis dans l'index; d'autres renvoient ce traité vers l'an 1414.

XLIX.

Concile na

Le roi de France croïant les difpofitions de Benoît auffi finceres que fes paroles étoient tional de fpecieufes, convoqua une grande aflemblée a Paris fur Paris dans le palais pour le deuxième de Fé- l'union. vrier 1395. Cette affemblée paffe pour un concile national. Plus de cent cinquante pré- Charles VI. Hift de lats y furent mandez ; mais plufieurs s'étant p. 278. excufez ou fur leur âge, ou fur leurs infirmi. 282, tez, il n'y eut que Simond de Cramaud pa- Labbe coll. triarche d'Alexandrie & adminiftrateur de concil. tom. l'évêché de Carcaffonne, avec fept archevê- XI. pag.. ques, quarante-fix évêques, neuf abbez, & 25110. beaucoup de doyens & de docteurs qui s'y trouverent. Le patriarche d'Alexandrie y préfida; le chancelier Arnaud de Corbie у fut prefent. On y examina l'affaire pendant plufieurs jours, & la pluralité des voix fut pour la ceffion des deux concurrens, comme la plus prompte, la plus sûre & la plus commode; mais les nonces du pape Benoit, qui étoient à Paris, infifterent auprès du roi afin

L.

Ambaflade

vers Benoît.

qu'on ne déterminât rien, & qu'on renvoïât au pape la derniere décifion : ce que le roi voulut bien accordér.

Il fallut donc envoier des ambaffadeurs à Benoit, & le roi choifit les ducs de Berri &

des princes de Bourgogne fes oncles, le duc d'Orleans fon frere, & quelques autres de fon confeil. Etant partis avec une ample inftruction, ils arriverent à Avignon le famedi vingt-deuxiéme de Mai 1395. La premiere entrevûë fe paffa avec toutes fortes de démonftrations de joie & d'amitié réciproque; mais la fuite n'y répondit pas. Comme ces princes avoient pris avec eux quelques membres de l'univerfité, Gilles des Champs harangua le pape dans une audience publique en prefence de vingt cardinaux, & d'un grand nombre de docteurs & de fçavans. Un autre jour l'évêque de Senlis fit la même chofe. Tout cela tendoit à engager Benoît à communiquer l'acte que les cardinaux avoient figné avant leur entrée au conclave. Comme on l'en pria de la part du roi, il s'en défendit fort long-temps: d'abord il nia, felon quelques relations, qu'il eût figné aucun acte, par lequel il fe fût engagé à ceder: enfuite il confentit à faire voir cet acte, feulement aux ducs en particulier. Enfin il le fit apporter par le cardinal de Pampelune, fon zele partifan : qui le lut aux ambaffadeurs. On en prit prefque malgré Benoît une copie, qui fut envoïée à Paris, & lûe en plein confeil.

LI.

Le pape ne

contentir à

Dans une troifiéme audience, on preffa ce pape de s'expliquer fur la maniere dont il veut point vouloit procurer l'union: & ce fut alors qu'il la ceffion déclara que la voie la plus raifonnable & la plus propre à appaifer le fchifme, étoit que lui & Boniface avec leurs colleges, s'affemblaffent en quelque lieu fur les limites du

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foiaume de France, fous la protection du
roi, où l'on traiteroit de l'union, & où l'on
entendroit les raifons de part & d'autre, pro-
mettant qu'ils ne fe fépareroient point qu'ils
ne fuffent d'accord. Gilles des Champs refuta
le fentiment du pape, & infifta toûjours fur la
ceffion & Benoit ayant demandé que l'avis
des ambaffadeurs fût mis par écrit, afin de
prendre les mefures convenables, le même
Gilles des Champs lui répondit, qu'il n'étoit
pas néceffaire de mettre par écrit ce qui ne
Contenoit qu'un mot de deux fyllabes, ffion.
Le pape troublé de cette fermeté, demanda
du temps pour en déliberer. Les ambaffadeurs Dach. fpic.
fe retirerent mécontens de toutes ces défaites
to. VI. p.
de Benoît, & retournerent à Ville-Neuve-les-
Avignon, où ils logeoient, & où ils prierent
les cardinaux de les venir trouver. Ils y vin-
rent, aïant à leur tête le cardinal de Floren-
ce; & tous au nombre de feize à dix-huit, y
opinerent pour la voie de ceffion, excepté le
cardinal de Pampelune, qui vouloit qu'on
chalsât l'intrus, foutenant que c'étoit la voie
la plus jufte & la plus prompte. La quatrième
audience ne fut pas plus décifive, le pape re-
jettant toûjours la voie de ceffion, & s'en te-
nant à la conference entre les deux compe-
titeurs.

133.

LII. Benoît

Tout ce qu'on put obtenir de Benoît, fut une bulle qui fut lûe en plein confiftoire en prefence de fes cardinaux, de quelques-uns de les officiers, & des ambaffadeurs de France; le qui ne elle contenoit ces articles. 1. Que les concur conclut rens & les cardinaux fe trouveroient enfemble rien.

XIII. donne une bul

en lieu sûr fous la protection du roi de Fran- Hift. univ. ce, pour conferer fur les moiens de l'union. Parif. tom. 2. Qu'il ne trouvoit pas à propos de s'expli- VI. p. 746. quer fur cette union avant l'entrevûë, afin de

Tome XXI.

LIII.

nent à Pa

ris fans a

n'être point traverfé par les mal-intentionnez, 3. Que la voix de ceffion qu'il avoit acceptée inconfidérement, n'étant point ordonnée de droit pour appaifer le fchifme, & n'aïant point été fuivie par les faints peres, il craignoit de fe rendre coupable de cette nouveauté criminelle. 4. Que néanmoins il avoit requis les princes de lui expliquer les moïens de pratiquer cette voie, mais qu'ils avoient refufé toute explication là-deffus. 5. Qu'en cas que cette voie ne réufsit pas, les concurrens remettroient leurs droits entre les mains d'arbitres, qui décideroient de leur fort. 6. Qu'en fin fi l'union ne fe pouvoit faire par l'entrevûë ni par l'arbitrage, il propoferoit ou recevroit d'autres voies qui feroient raisonnables, honnêtes & juridiques.

Les ambaffadeurs indignez de cette bulle Les princes dont on avoit fait lecture, fe retirerent. Les s'en retour- ducs s'affemblerent avec les députez de l'univerfité, & tous les cardinaux, à la referve de voir rien trois, pour déliberer fur cette bulle; & comme on la trouva remplie de mauvaise foi, elle Moine de fut unanimement rejettée. Les cardinaux qui S. Denis, . ne vouloient pas laiffer partir les princes fans 15. c. 20.avoir rien conclu, allerent trouver le pape,

fait.

1. 16.

& le prierent à genoux d'embraffer la ceffion, Ils réitererent leurs inftances les mains jointes, & prefque tous les larmes aux yeux, fans que le pape voulût fe rendre au contraire, il ne parla jamais avec plus de hauteur que dans cette occafion; il leur fit défense par une bulle qu'il leur donna, de figner l'acte qu'ils avoient fait de la ceffion, fous peine de défobéissance Spicileg. & de perfidie. Les ducs peu fatisfaits de cette loc. cit. conduite, ne voulurent plus voir le pape, quelques inftances qu'il leur en fit, & reprirent à grandes journées le chemin de Paris,

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