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An, 563

de le tirer de danger, s'il accusoit Paul, Jean & Vitus ; le premier, in-JUSTINIEN. tendant de Bélisaire; les deux autres, banquiers & amis de ce général. Déjà ils s'étoient assurés de la perfidie de ces trois fourbes , qui pour une somme d'argent considérable avec promesse de l'impunité, s'engagerent à déposer contre Bélisaire. Pour instruire le procès des coupables, l'Empereur nomma une commillion composée de Procope préfet de la ville, du questeur Constantin, de Julien secrétaire, & du greffier Zenodore. Le préfet Procope eft différent de l'Historien, qui étoit mort plusieurs années avant cet éve

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nement.

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Les interrogatoires étant achevés, LXIV. PEmpereur manda le 5 Décembre Béliaire

Disgrace de le patriarche Eutychius, les Magistrats & les principaux officiers ; ii leur expofa le détail de la conjuration , & fit lire les aveux des accusés. Tous chargeoient Bélisaire, qui étoit présent, & qui essuya les plus violens éclats de la colere de l’Empereur , sans répliquer une parole, foit

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par étonnement, foit par grandeur Justinien. d'ame. On le dépouilla de tous ses An. 563. honneurs ; on lui ôta tous les domes

tiques ; on lui donna des gardes, avec
défense de sortir de la maison. Ce
grand homme, le soutien & l'hon-
neur de l'Empire , demeura prison-
nier, jusqu'au mois de Juillet de
l'année suivante , attendant à cha-
que instant du jour & de la nuit
qu'un bourreau, vînt l'immoler à la
rage de ses envieux. Il n'avoit fallu
qu'une heure à ceux-ci pour tramer
contre lui une intrigue criminelle, il
lui fallut sept mois pour se justifier.
Il rentra enfin dans les bonnes gra-
ces de l'Empereur , & dans toutes
fes dignités. Les Historiens ne di-
fent pas quel fut le châtiment de
Sergius. Il y a toute apparence qu'on
lui fit
grace,

ainsi qu'aux autres ca.. lomniateurs. Ce qui me le persuade, c'est que Paul le Silentiaire , après avoir décrit la seconde dédicace de: l'église de sainte Sophie, célébrée dans ce temps-là même la veille de Noël, termine son poëme par des louanges de l'Empereur , qui ne fait,

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Tifaire,

dit-il, sentir aux coupables que fa clémence : vertu vraiement héroï- Justinien,

. que, lorsqu'elle n'est pas un effet de An, 563. foiblesse , & que le Prince sçait protéger l'innocence & reconnoître les fervices, en même-temps qu'il pardonne les offenses personnelles.

C'est à l'occasion de cette disgra- LXV. ce de Bélisaire, que les moralistes Fable de la

veuglement débitent depuis six cents ans un conte & de la menabsurde, qui n'a eu besoin que de fon dicité de Bsabfurdité même pour s'accréditer. Comme si l'on manquoit d'exemples incontestables & fréquens, pour prouver la fragilité des grandeurs hu. maines, on répete sans cesse

que

Jultinien fit crever les yeux à Bélifaire, & que ce grand capitaine dépouillé de tous ses biens , fur réduit à mendier son pain dans les rues de Conftantinople. Un contraste si frappant a faisi l'imagination des Artistes ; ils n'ont gueres repréfenté Bélifaire que mendiant , aveugle & misérable. Cependant aucun des Auteurs contemporains, ni de ceux qui les ont suivis pendant fix cents ans, n'a dit un seul mot d'un évenement si remarquable.

Jean Tzetzès , qui vivoit dans le douJUSTINIEN. ziéme siécle, auteur sans jugement , An. 563. qui a confondu la disgrace de Jean de

Cappadoce avec celle de Bélisaire est le premier garant de cette aventure. Depuis que la critique a épuré l'histoire, tous les écrivains judicieux se font accordés à réfuter cette tradition fabuleuse ; néanmoins elle s'est maintenue & se maintiendra en crédit : le seul nom de Bélisaire rappellera sans cesse ce prétendu trait de sa vie à ceux qui en ignoreront tout le reste.

Les Maures étoient tranquilfes en Afrique, Afrique depuis plusieurs années. Leurs Theoph. pag. Rois soumis à l'Empire recevoient Anast. p. 67.

du gouverneur Romain des gratifiHift

L.XVI. Révolte en

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. Mifc. l. cations annuelles. Cuzinas un de ces Maleta p. 84. Princes, autrefois ennemi des Ro

mains, mais qui les avoit ensuite aidés à conquérir entiérement la Numidie & la Mauritanie , étant venu à Carthage, pour recevoir les présens ordinaires, fut affasfiné par les ordres du gouverneur nommé Jean Rogathin. Un forfait si atroce devoit foulever toute l'Afrique : le bon ordre

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établi par les gouverneurs précédens, maintint le pays dans l'obéissance. Ii JUSTINIEN.

An, 563n'y eut que les fils de Cuzinas, qui pour venger la mort de leur pere, firent des courses, ravagerent quelques contrées, & s'en emparerent. L'Empereur envoya pour les réduire an de ses neveux nommé Marcien avec une armée. A l'arrivée de Marcien , les fils de. Cuzinas trop foibles pour lui résister, abandonnerent le pays, & laisserent les Romains maîtres de toute la Mauritanie.

Au mois d'Avril suivant, André Logothere, substitué à Procope dans An. 56 la charge de préfet de Constantino- LXVII.

Fadieux puple, sortoit du palais dans un char pour aller, selon la coutume, pren-Theoph. pago dre poffesfion du prétoire. Les parti- vidi

. Tun. fans de la faction verte, contre la- Anaft. p.67

. lo quelle il étoit déclaré, vinrent s’op-Hil. Misc. io poser à fon paffage, l'accablant d'in. jures, & faisant pleuvoir sur lui une grêle de pierres. Ceux de la fa&ion bleue accoururent à fon fecours, & le combat dura jusqu'au soir. Justin le Curopalate , neveu de l'Empereur , vist à bout de séparer les combattans,

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