Imágenes de páginas
PDF
EPUB

An. 5434

[ocr errors]

tre dépouillé lui-même, il emprunta une somme considérable à l'Émpe- MAURICE. reur, engageant par contrat tout ce qu'il possédoit de biens. Après la mort , Maurice ayant fait faire l'inventaire, trouva qu'il ne restoit à Jean en propriété qu'une couchette de bois, une tunique de laine & un manteau usé. Plein de vénération pour le Prélat, il fit porter au palais ces débris de la fortune patriarchale ; & dans le Carême il couchoit lui même sur ce mauvais lit, qu'il préféroit à toute la magnificence Impériale. Quoique la contestation de Jean avec saint Grégoire, lui ait attiré les censures des Larins, elle n'empêcha pas faint Grégoire luimême de lui donner après sa mort le titre de très-Saint. Les Grecs l'ont toujours honoré au nombre des Saints ; & plusieurs sçavans modernes , d'après le septieme Concile général, ont justifié fa mémoire. Cya riaque, son successeur., fut en communion avec faint Grégoire , sans renoncer cependant au titre de Patriarche universel.

An.

593 LI.

relle,

[ocr errors]

Quelques Ecrivains ont avancé MAURICE.

que ce saint Pape est le premier qui

ait étendu l'autorité des souverains S. Grégoire Pontifes sur le temporel des Rois, justifié d'a; & que Grégoire VII , hardi à forfur la puif- mer des entreprises si peu apostofance tempo- liques , ne fit que marcher sur ses tra

ces. On cite en preuve une charte, par laquelle il accorde des priviléges au monastere de faint Médard de Soissons , & qui est terminée par ces paroles : Si un Roi, un Evêque, un Magistrat , ou quelque personne séculiere, viole , contredit, ou néglige les décrets de notre autorité apostolique ; s'il inquiéte ou trouble les moines, qu'il porte atteinte à ce que nous avons réglé, en quelque dignité ou élévation qu'il puisse être, nous l'en déclarons déchu. Mais d'excellens critiques, tels que M. de Launoi & le P. le Cointe soutiennent que cette charte est supposée. Un privilége accordé par le méme Pape à un hôpital d'Autun, où il menace de privation de toute dignité, quiconque ofera violer ce privilége, n'est pas plus aushentique; le P. Mabillon prétend

OU

[ocr errors]

An. 593:

[ocr errors]

que cette clause n'est qu'une addi

MAURICE. tion d'un faussaire. En effet, la conduite fage & modérée de ce faint Pontife à l'égard de Maurice, détruit ces imputations. On voit même qu'il ne donna le pallium à Syagrius évéque d'Autun, qu'après avoir obtenu le consentement de Maurice; & ce trait est une preuye de l'autorité que les Empereurs conservoient sur les Papes; puisque ceux-ci ne pouvoient, sans la permission de l'Empereur , honorer de cette marque de distinction les Evêques mêmes qui n'étoient pas dépendans de l'Empire.

Les sujets de plainte que Maurice Il travaille donnoit à Grégoire, ne rallentissoient à procurer la

paix avec pas le zele de ce faint Prélat pour la Lombards.

. conservation de ce que l'Empire pofsédoit en Italie. Il ne voyoit d'autre ressource que dans la paix, ou du moins dans une trêve de longue durée. Dans ce dessein, il traitoit avec Agiluf; mais l'Exarque toujours avide de pillage, rompoit toutes ses mefures. Il en vint même à vouloir le rendre suspect à l'Empereur, qui,

LII.

= fans ajouter foi à ces calomnies, se MAURICE.

persuada seulement que Grégoire An. 593. étoit dupe des Lombards ; il le traita

dans une de ses lettres avec assez de mépris, comme un homme simple & peu capable de démêler les artifices d’Agilulf. Grégoire ressentit vivement cette forte d'injure ; & sans manquer ni à l'humilicé Chrétienne, ni au respect qu'il devoit au Prince, il lui exposa avec fermeté ce qu'il avoit fait pour son service, le triste état de l'Italie, & le besoin qu'elle avoit de la paix. Cette lettre trouva l'Empereur trop prévenu, pour faire impression sur son esprit. L'Exarque porta l'insolence jusqu'à faire afficher pendant la nuit dans les places de Ravenne , un placard injurieux à Grégoire & à fon sécrétaire Caftorius, qu'il employoit à négocier la paix avec les Lombards. Le Pape informé de cette infulte, adresla une lete tre à l'Evêque, au clergé, & au peuple de Ravenne, par laquelle il sommoit l'auteur de se déclarer, & de prouver les faits qu'il avançoit ; finon, il le privoit, quel qu'il fût , de

و

An. 593•

LIII.

[ocr errors]

la communion des fideles.
Les Lombards fatigués de tant de Maurice,

MAURICE
lenteurs, rentrerent sur les terres
des Romains. Ils firent une descente Les Lom-
en Sardaigne. Le duc de Spolete bards recom-
vint ravager la campagne de Rome ; leurs ravagesi
le duc de Bénévent s'avança jusqu'à
Crotone , dont il s'empara par sur-
prise. Se voyant hors d'etat de gar-
der cette ville maritime, faute de
vaisseaux, il l'abandonna après l'a-
voir pillée, emmenant avec lui les ha-
bitans de tout âge & de tout sexe. Ils
auroient péri dans le plus dur escla-
vage,

sans la charité inépuisable de Grégoire, qui les racheta. Ce prélat généreux prodiguant sans cesle & fes biens propres & ceux de ses amis, fe nommoit lui-même avec raison le trésorier des Lombards. - Enfin, Romain étant mort l'an 597 , Grégoire trouva dans son fuce Alliance des cefleur Callinique moins d'opposition avec les Abaà la paix. Mais on ne put convenir que res, d'une trêve pour deux'ans. Dans cet intervalle, Ravenne & les côtes de la mer Adriatique furent désolées par la peste, qui fit encore de plus grands ra:

[ocr errors]

LIV.

Lombards

« AnteriorContinuar »