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On pourroit encore rapprocher davantage ce Prince de cette époque, Eole fon bilayeul, avoit entre autres filles Alcyone femme de Céyx Roi de Thrachine. Or Céyx, fuivant tous les Anciens, étoit contemporain d'Hercule, qu'il reçut à fa Cour, & l'expia du meurtre qu'il avoit commis. Alcyone étoit donc grand'tante de Bellerophon, lequel par conféquent n'a du naître que vers les dernieres années d'Hercule, ou même après la mort de ce Heros. Enfin pour abreger des fynchronismes qui me meneroient trop loin, il fuffit de faire remarquer que Strabon dit que les Amazones firent la guerre à Priam & à Bellerophon, au temps de la guerre de Troye or le temps de Priam eft fort connu, puisqu'il commença à regner après la premiere prife de cette ville par Hercule, de laquelle fans doute parle Strabon dans l'endroit que je viens de rapporter.

Mais, dira-t-on, fi Bellerophon eft pofterieur de tant d'années à Perfée, quel eft donc le Proetus qui le reçut, & l'expia du meurtre qu'il avoit commis à Corinthe? Pour répondre à cette question, il fuffiroit de dire que quand l'Histoire ne parleroit d'aucun autre Prœtus que du grand oncle de Perfée, il feroit toujours infiniment plus probable que Bellerophon lui eft pofterieur d'un grand nombre d'années, qu'il ne l'eft que celui qui l'expia, étoit le Roi d'Argos qui détrôna fon frere Acrife. M. Freret, dans la Differtation que j'ai annoncée au commencement de ce Chapitre, au lieu d'un Proetus pofterieur au Roi d'Argos, en trouve deux; furquoi on peut confulter Paufanias. On objectera qu'Homere parlant du Proetus qui expia Bellerophon, dit qu'il étoit un des plus puiffants Princes d'Argos mais on peut répondre, 1o que ce Poëte ne lui donne point la qualité de Roi: 2°. que par Argos, il n'entend pas la ville de ce nom, mais la Grece en général, ce qui lui eft affez ordinaire, ainsi qu'à Virgile; car on ne niera pas que quand ce dernier Poëte dit qu'on ne prendra jamais Troye, qu'on ne retourne auparavant à Argos;

Nec poffe Argolicis exfcindi Pergama telis,
Omina ni repetant Argos, &c. Æn. 1. 2.

le mot Argolici ne foit pris là pour tous les Grecs, & celui d'Argos, pour la Grece en général.

Il est étonnant que ces preuves n'ayent pas été faifies par les Sçavans des deux derniers fiecles, qui ont fait tant d'heureufes découvertes dans la Chronologie; mais j'ai marqué au commencement de ce Chapitre, la fource de leur erreur. Ils connoiffoient Proetus frere d'Acrife, comme un Prince très-célebre dans l'Hiftoire de ce temps-là ; les avantures de Bellorophon leur ont paru liées à fon regne. Ce Protus étoit inconteftablement grand-oncle de Perfée; de-là ils ont conclu que ce Heros n'avoit vécu que deux généretions après Bellerophon; mais ils devoient s'appercevoir en même temps que ce même Perfée étoit bifayeul d'Hercule, plus connu encore que Bellerophon & Perfée: Hercule vivoit une génération avant la guerre de Troye; donc fon bifayeul regnoit quatre générations avant cette guerre. Bellerophon n'étoit que le grand-pere de Glaucus & de Sarpedon, qui affifterent à la prife de cette ville; donc il ne devoit préceder cette époque que d'une génération.

CHAPITRE VIII.

Hiftoire des deux Minos & de la Guerre du dernier contre
les Atheniens, & les avantures du Minotaure,
de Dédale, de Thefée, &c.

J'A

'A1 dit dans l'Hiftoire de Cadmus que Jupiter, ou plûtôt Afterius, ayant enlevé Europe fille d'Agenor, & l'ayant conduite dans l'Ifle de Crete, où il regnoit, elle avoit eu trois fils, Minos, Sarpedon & Rhadamanthe. Je dois maintenant rapporter l'Hiftoire de ce Prince, qu'on a fort obfcurcie, parce que la plupart des Anciens font tombés fur ce fujet dans une erreur confiderable, & n'ont reconnu qu'un Minos, quoiqu'il foit Certain qu'il y en a eu deux. Apollodore (1) Strabon (2), Plutarque (3), Eufebe & plufieurs au

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& 20.

tres, s'y font mépris, ayant confondu le fils de Jupiter, ou (1) Iliad.1.3. plûtôt d'Afterius, avec le fils de Lycafte, qu'Homere (1), (2) Liv 4.&5. Diodore (2), & les Marbres de Paros, ont très-bien diftin(3) Ep. 11. gués (3), dans deux de leurs époques, dont l'une regarde Minos premier du nom, & la feconde qui lui eft pofterieure d'environ cinquante ans, Minos II. Mais ces mêmes Auteurs, fi on en excepte ceux de la Chronique, ainfi que la plupart des Modernes, après avoir établi ou supposé la diftinction de ces deux Princes, fe font jettés, pour n'avoir pas affez étudié leur caractere, dans plufieurs contradictions, parlant du même Minos, tantôt comme d'un fage Législateur, fouvent comme d'un tyran cruel & barbare, parce qu'il eft vrai en effet que le premier a été un Prince jufte & équitable, & que le fecond, pour avoir vengé fur les Atheniens la mort d'un de fes fils, en a été fort décrié.

(4) Voyez la Fable de fa

le ch. 3.

Je vais tâcher de bien diftinguer ces deux Rois de Crete, & attribuer à chacun les actions qui lui appartiennent. Après la mort d'Afterius, Minos (4) monta fur le trône. naillance dans Apollodore (5) dit que Sarpedon & Rhadamanthe fes deux freres ayant voulu lui difputer la couronne, il pria les Dieuxde vouloir lui donner une marque de leur approbation; & que Neptune fit fortir de la mer un Taureau d'une blancheur extraordinaire ; mais cette avanture regarde Minos II. que cet ancien Auteur n'a pas diftingué du premier, du moins dans ce qui nous refte de fes Ouvrages.

(5) Liv. 3.

Paifible poffeffeur du Royaume, Minos époufa Ithone (6)Diod.1.4. fille de Lictius (6), dont il eut deux enfans, Lycafte, qui lui (7) Loc. cit. fucceda, & Acacallide, qui au rapport de Diodore (7), fut mariée à Apollon, c'eft-à-dire, apparemment, ou à quelquelqu'un de fes Prêtres, ou à un Prince qui par fon goût pour les Sciences, ou pour la Mufique, avoit merité le furnom de ce Dieu. L'Ifle de Crete, peu connue avant le regne du Roi dont nous parlons, devint alors très-célebre ; Minos ayant gouverné fon peuple avec beaucoup de douceur & d'équité, & ayant fait bâtir plufieurs villes, entre lefquelles on met celle d'Apollonie, que Cidon fon petitd'Acacallide. fils (8) embellit dans la suite, & lui fit porter le nom de Ci

(8) Il étoit fils

donie (1), & celle de Minoa Litia, qui fut ainfi appellée (1) Strabon. de fon nom & de celui de Lictius fon beau-pere; ce qui eft c.10. autorisé par l'époque onzième des Marbres d'Arondel.

Mais rien ne diftingue tant ce Prince que les Loix qu'il donna aux Cretois, puifqu'elles l'ont toujours fait regarder comme un des plus grands Législateurs de l'Antiquité. Pour donner plus d'autorité à fes loix, il fe retiroit dans un antre de l'Ifle de Crete, où il feignoit que Jupiter fon pere les lui dictoit ; & il n'en revenoit jamais, au rapport de Nicolas de Damas (2), qu'il n'en rapportât quelque nouvelle Loi : c'eft (2) Voyez Exce qui lui a fait donner par Homere (3) la qualité de Difciple cerpta Stobat de Jupiter; Aíos μán apnsns ce qu'Horace exprime ainfi verbo Creten

fes.

(3) Odyff. 19. (4) Od. 10

I. I.

Et Jovis arcanis Minos admiffus (4).

དྷཱུ་

Jofeph eft le feul des Anciens, que je fçache, qui ait dit que Minos avoit reçu fes loix d'Apollon, & qu'il avoit voyagé à Delphes pour les apprendre de ce Dieu (5).

Tous les autres Légiflateurs, pour le dire en paffant, ont voulu autorifer leurs Loix de la même maniere. Mnevis Roi d'Egypte, attribuoit les fiennes à Mercure ou Teutat; Zamolxis, le Légiflateur des Thraces, à la Déeffe Vefta; Zoroaftre, à son Génie; Numa Pompilius, à la Nymphe Egerie qu'il alloit confulter dans la forêt d'Aricie; Pythagore publia qu'il étoit defcendu dans le Royaume de Pluton; Epimenidès dit qu'il avoit dormi cinquante ans dans une caverne de l'Ile de Crete: & tous fans doute d'après Moyfe, qui avoit les Tables de la Loi fur le mont Sinaï, avec tant d'éclat que la tradition s'en étoit répandue parmi tous les Peuples. Maxime de Tyr (6) a cru que cet antre où Minos fe (6) Diff. 22. retiroit, étoit dans le mont Ida; mais Eusebe le place dans un autre endroit.

reçu

(5) Liv. 2. contre Appioa.

Strabon, après Ephorus, prétend (7), que Minos demeu- (7) Liv. 10. ra neuf ans en retraite dans la Caverne dont nous venons de parler, & ce fçavant Auteur rapporte pour prouver fon opinion, le témoignage d'Homere (8); mais le paffage où ce (8) Odyff. 19. Poëte en parle, fe lit differemment dans les Auteurs qui l'ont

copié; car il peut d'abord fignifier, comme cet Hiftorien l'a eru, que Minos fut le difciple de Jupiter pendant l'efpace de (1) In Minoë. neuf années confécutives; ou, comme Pltaon l'a interprété, (1) que ce Prince alloit tous les neuf ans, écouter les leçons de Jupiter; ou enfin, comme Nicolas de Damas la trans(2) Loc. cit. Crit (2), que Minos qui regna neuf ans, fut le disciple de Ju

1

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piter.

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La fçavante Interpreté d'Homere a prouvé dans fes Notes quel devoit être ici le veritable fens du Poëte,& que le r mot de évvécopos, fignifie chaque neuvième année. Platon ne laiffe aucun lieu d'en douter. « L'Eloge, dit ce Philofophe, qu'Homere fait ici de Minos eft fort court; mais il eft fi grands que ce Poëte ne le donne à aucun de fes Heros Il adit que Minos étoit admis à fon entretien chaque neuviéme » année, várra, & qu'il alloit à lui pour être inftruit » Comme un difciple par fon maître. Puis donc qu'il n'y a point d'autre Heros que lui à qui ce Poëte ait donné cet éloge, d'être inftruit par Jupiter, il faut regarder cette louange, comme la plus grande & la plus admirable de toutes les louanges... Minos alloit donc tous les neuf ans; continue-t-il, divarois étois, dans l'antre de Jupiter pour y apprendre de nouvelles chofes, ou pour reformer, fuivant l'exigence des cas, ce qu'il avoit appris dans la précedente neuviéme année. L'antre où ce fage Prince fe retiroit, fut appellé dans la fuite, l'Antre de Jupiter.

Toute l'Antiquité a toujours fait grand cas des Loix de Minos; Platon, Ariftote, Diodore, Paufanias, Plutarque, & plufieurs autres, fe font fort étendus fur ce fujet ; & je n'aurois jamais fait, fi je voulois rapporter ici tous les témoignages de ces Auteurs. Contentons-nous de dire que Lycur gue voyagea exprès dans l'Ifle de Crete, pour y recueillir les Loix de Minos, & les donner aux Lacedémoniens (2); & l'on doit juger par la fage police de ce peuple, par fes conquêtes, & par la grande réputation qu'il s'acquit, de l'équité des Loix fur lefquelles il fe regla. On peut ajouter encore que Jofeph, tout amateur qu'il étoit de fa Nation, a avoué que Minos étoit le feul parmi les Anciens qui meritât d'être comparé à Moyfe.

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(3) Arift. 2. Polit. c. 10.

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