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d'Ancée, qui monta fur le trône après lui, commandoit les troupes Arcadiennes au siége de Troye. Après la prise de cette ville la tempête le jetta sur les côtes de Chypre où il s'établit.

Tels étoient, suivant Pausanias , les premiers habitans de la Grece, sur-tout de l'Arcadie ; mais ce pays changea bientôt de face par les colonies qui y arriverent d'Egypte & de Phenicie.

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Histoire des premiers Royaumes fondés dans la Grece, par

les Colonies qui y arriverent. Code

Omme un pays aussi vafte & aussi beau que la Grece

ne se trouvoit pas assez peuplé par les descendans de Javan , &

par les anciens Pelafges, plusieurs colonies y vinrent en differens temps , sur-tout d'Egypte & de Phenicie pays qui, comme plus voisins de ceux où s'établirent les

premiers descendans de Noé , furent aussi les plus habités. Les premiers Arts , & en même temps les plus nécessaires , que Noé avoit ou conservés ou inventés , & qu'on vit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fit le premier établissement du genre humain après le Déluge, se perdirent à mesure qu'on s'en éloigna ; & il fallut que ceux qui les connoissoient les apprissent de nouveau à ceux parmi lesquels ils venoient s'établir. Aussi les vit-on revenir dans l'Occident , à mesure que les colonies y arrivoient ; & qui avec les Arts у porterent aussi leurs Coutumes, leurs Loix & leur Religion. L'idolatrie regnoit alors dans la Grece, mais elle y étoit si grossiere qu’on ignoroit même les noms des Dieux qu'on y adoroit (1). Ainsi les premiers habitans de la Grece n'eurent (1) Voyez pas de peine à s'accommoder des Divinités des Peuples d'O- le commenrient , à qui ils eurent l'obligation de leur politesse , & de la Tom. II. vie moins sauvage qu'ils menerent dans la suite. Parmi ces conducteurs de colonies, les plus connus sone

Cüj

Inachus, Cecrops , Deucalion, Cadmus , Danaüs , Pelops,
& quelques autres : c'est de ces differentes colonies que fu-
rent formés les Royaumes de Sicyone , d'Argos , d'Athenes,
de Thebes , & d'autres encore. L'Histoire de ces differens
Etats , & l'explication des Fables qui s'y rencontrent , feront
la matiere d'autant d’Articles separés.

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Les commencemens du Royaume d'Argos sont un
peu embrouillés. Inachus , sorti de Phenicie , alla le fon.
ş der dans la Grece vers l'an 1880. avant Jesus-Christ, & s'é-

tablit dans le pays qui fut depuis appellé le Peloponnese. Cette
époque s'accorde avec le fýstéme de Denys d'Halicarnasse,
qui avoit lui-même suivi celui d'Eratosthene. Cet Auteur com-
ptoit vingt-deux générations depuis ce chef de colonie jur-
qu'à la prise de Troye. De ces vingt-deux générations il у
en avoit douze qui alloient jusqu'à Nanus, contemporain de
Cecrops , & qui font justement les quatre cens ans de distance
qu'ils mettoient entre ces deux Princes. Moyse étoit contem-
porain d'Inachus , & non de Cecrops , comme Eusebe l'a
prétendu , ayant pour cet effet abregé les temps , & abandon-
né Africanus , Joseph, Philon & Polyhistor, Prolemée Men-
desien , & plusieurs autres Auteurs , comme le Pere Pezron

l'a très-bien prouvé dans son livre de l'Antiquité des temps (2) Ch. 8. rétablie (1);& c'est une verité dont peu de Sçavans discon

viennent aujourd'hui. On peut consulter l'Auteur que je viens

de citer , & l'on sera content des preuves qu'il rapporte pour
* prouver cette opinion, quoiqu'à dire vrai , je ne crois pas cet

espace si long ; mais on peut sans danger suivre le sentiment
des deux Anciens que je viens de nommer.

Les Sçavans sont peu contens des recherches des Grecs,
qui ne sçachant d'où étoit venu cet ancien Prince, publierent
qu'il étoit fils de l'Ocean & de Tethys , généalogie ordinaire
de ceux qui venoient par Mer ; & plusieurs Modernes se sont

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donné la torture pour déterrer l'origine de cet ancien Roy. Il
y en a qui le font venir d'Egypte ; d'autres pensent qu'il est le
même

que le fameux Enak, ou plutôt quelqu'un de ses del,
cendans : mais M. le Clerc après Bochart (1), pense plus juste (1) Phaleg.
en disant qu'Inachus n'est pas un nom propre, mais un nom

1. 1.c. 1. appellatif. Les anciens Pheniciens s'appelloient Ben-Enak ; ainsi on nomme fils d'Enak , ceux qui sortirent de ce pays pour

aller s'établir ailleurs ; & l'on forma de ce nom celui d'Inak ou Inachus , qui fut donné au conducteur de la colonie. C'est pour la même raison que les Grecs donnoient le nom d'Anaces à leurs anciennes Divinités , dont le culte & la connoissance leur étoit venu de Phénicie, & avec un leger changement à leurs anciens Rois. On ne publia , au reste, dans la suite que cet Inachus étoit le Dieu d'un Fleuve, que parce qu'il donna son nom au Fleuve Amphiloque, auquel il fit creuser un lit ; & après sa mort on publia , selon la coutume de ce temps-là, qu'il étoit devenu la Divinité tutelaire de ce Fleuve.

Le Royaume d'Argos fondé par Inachus, eut une longue suite de Rois : les neuf premiers furent appellés Inachides, sçavoir Inachus, Phoronée , Apis , Argus , Chryasus , Phorbas, Triopas , Stelenus & Gelanor; celui-ci ne conserva pas long-temps la couronne qui lui fut enlevée de la maniere que je le raconterai après que j'aurai parlé des Rois de Sicyone.

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Le Royaume de Sicyone , fondé par Egialée.
Il y a beaucoup d'incertitude & d'obscurité dans l'ancien-
ne histoire de Sicyone. Cette ville étoit dans le Péloponnese,
fur une montagne voisine du Golfe de Corinthe. Pausanias nous

laissé un catalogue de ces Rois, qui précéde ceux d'Argos
de deux cens ans : Eusebe & le Syncelle nous ont conservé
celui de l'Historien Castor, moins détaillé cependant que
celui de Pausanias. Les Sçavans remarquent avec raison que
la plupart de ces Princes sont supposés , & n'existerent jamais,

!

(1) Can. Chron.

(2) Liv. 3.

d'autant plus que leurs regnes ne s'accordent point avec ceux
des Rois d'Argos, dont l'Histoire est tout autrement attes-
tée

par les Anciens : voilà ce qui a porté le Chevalier Mar-
sham , fi habile dans la connoissance de l'Antiquité, à rejet.
ter la plûpart de ces Princes (1). Voici les principales raisons
sur lesquelles il se fonde.

1o. Ègialée, selon Apollodore (2), est fils d'Inachus, &
frere de Phoronée, & c'est sans doute l'opinion qu'on doit
suivre. Cependant les deux listes que nous restent de ces an-
ciens Rois, le mettent à la tête de ceux de Sicyone , & dès-
là , le font vivre 200. ans avant son pere. 2o. Le dix-neuvié-
me Roi de cette Dynastie a, dit-on, donné son nom à la ville,
mais , selon Pausanias , il étoit fils de Pelops , qui ne vêcut
que long-temps après que cette ville eût pris le nom de Si-
cyone. 3o. Polyphile , le vingt-quatrieme de ces Rois, vivoit,
si on en croit quelques Auteurs anciens, du temps de la prise
de Troye. Cependant il est inconnu à tous les Auteurs qui
ont parlé du liége de cette ville ; & Homere dit positive-
ment, qu'Adraste a été le premier Roi de Sicyone. 4o. Dans
l'énumeration que fait ce Poëte des Chefs qui menerent des
Troupes à Troye, il n'est fait aucune mention des Sicyo-
niens ; ce qui prouve que cette ville en ce temps-là, étoit du
domaine d'Agamemnon, Roi de Mycenes.
On peut ajouter à ces raisons, que les

preuves que nous
donnerons dans la suite pour l'antiquité de la ville d'Argos,
ruinent entierement les prétentions des Sicyoniens. Car
comment accorder ce que les Anciens disent de l'antiquité
d'Argos , avec les prétentions de Sicyone ? Pline rapporte
sur le témoignage d’Anticlidès, que Phoronée , Roi d'Ar-
gos, est le plus ancien Roi de la Grece. Clement d'Alexan-
drie en dit autant sur le témoignage d’Acesilaus , & il ajou-
te même que Phoronée a été aussi le premier homme. Pla-
ton , dans le Timée , ne connoît rien dans l'Histoire Grecque
avant ce Prince; & le Syncelle sur ces autorités, croit qu'on
doit commencer cette Histoire par Inachus, pere de Phoro-
née. Telles sont les raisons de Marsham, qui n'a même pu
croire qu'Inachus fût un homme, mais un fleuve.

M.

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que ce ne seroit

M. le Clerc, & quelques autres Sçavans , ajoutent à ces raisons, que le nom d'Egialée qu'Eusebe après Caftor met à la tête des Rois de Sicyone, paroît supposé. En effet, Egialée veut dire habitant du rivage, Littoralis ; c'est Herodote (1) qui donne lieu à la conje&ture de ces Auteurs. Les (1) Liv. 7. Ioniens, dit-il, qui habitoient le Peloponnese avant Ion, fils de Xutus, étoient appellés Pelasgiens Egialées : par où il paroît que cet Historien distingue deux sortes de Pelasgiens dans le Peloponnese, ceux qui habitoient du côré de la mer, & ceux qui demeuroient au milieu des terres, vers le mont Cyllene, où Pelasgus, suivant le témoignage d’Asius dans Pausanias (2), s'étoit établi.

(2) In Are Malgré ces autorités & ces preuves , on pourroit encore se rendre à l'autorité d'Eusebe & de Cedrene, qui ont adopté la liste de ces Rois, donnée par l'Historien Castor ; car quand même le mot Egialée signifieroit un habitant des rivages de la mer, &

pas

le nom véritable du premier Roi de Sicyone, ce Roi n'en seroit pas moins réel, mais qu'on auroit seulement voulu marquer qu’un fils d'Inachus avoit quitté l'Argolide qui s'étendoit jusqu'à la mer, pour venir établir une nouvelle domination près du Golfe de Corinthe, dans un lieu peu éloigné de celui qu'il abandonnoit. Cependant je ne rapporte pas ici ce Canon ; car à quoi serviroit une liste de Rois presque inconnus, & dont l'Histoire nous apprend peu de choses ? Il suffit de sçavoir que , selon Scaliger ( 3 ), les deux Dynasties des Princes (3) Do&r. de Sicyone, celle des Rois , qui sont en tout vingt - six, & Temp. celle des Prêtres d'Apollon Carnéen,au nombre de 17.ont duré 893. ans, ou selon M. Fourmond (4), 992. que ce Royau- (4) Ref. crit. me commença 135 1. ans avant la premiere Olympiade, 927. T. 2. p. 267. avant la Guerre de Troye, environ 2000. ans avant l'Ere Chrétienne; plus de précision n'est pas ici nécessaire. On Seut consulter l'Auteur des Réflexions critiques, que j'ai déja cité. Je n'en userai pas de même à l'égard de Pausanias ; rinth.c.5.& 6.

() In Cocomme ce qu'il dit de ces Rois, est plus détaillé, & plus Traduction instructif, je crois devoir le

rapporter. Pour les Sicyoniens , dit-il (5), voici ce qu'ils rapportent 1. p. 156. Tome III,

D

de M. l'Abbé Gedouin , D.

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