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1. I.C. L.

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'donné la torture pour déterrer l'origine de cet ancien Roy. II
y en a qui le font venir d'Egypte ; d'autres penfent qu'il eft le
même que le fameux Enak, ou plutôt quelqu'un de fes def-
cendans : mais M. le Clerc après Bochart (1), penfe plus jufte (1) Phaleg.
en difant qu'Inachus n'eft pas un nom propre, mais un nom
appellatif. Les anciens Pheniciens s'appelloient Ben-Enak
ainfi on nomme fils d'Enak, ceux qui fortirent de ce pays
pour aller s'établir ailleurs ; & l'on forma de ce nom celui
d'Inak ou Inachus, qui fut donné au conducteur de la colo-
nie. C'eft pour la même raifon que les Grecs donnoient le
nom d'Anaces à leurs anciennes Divinités, dont le culte
& la connoiffance leur étoit venu de Phénicie, & avec un
leger changement à leurs anciens Rois. On ne publia, au
refte, dans la fuite que cet Inachus étoit le Dieu d'un Fleu-
ve, que parce qu'il donna fon nom au Fleuve Amphiloque,
auquel il fit creufer un lit ; & après fa mort on publia, felon
la coutume de ce temps-là, qu'il étoit devenu la Divinité tu-
telaire de ce Fleuve.

Le Royaume d'Argos fondé par Inachus, eut une longue fuite de Rois : les neuf premiers furent appellés Inachides, fçavoir Inachus, Phoronée, Apis, Argus, Chryafus, Phorbas, Triopas, Stelenus & Gelanor; celui-ci ne conserva pas long-temps la couronne qui lui fut enlevée de la maniere que je le raconterai après que j'aurai parlé des Rois de Sicyone.

ARTICLE

I I.

Le Royaume de Sicyone, fondé par Egialée.

IL

Il y a beaucoup d'incertitude & d'obfcurité dans l'ancienne hiftoire de Sicyone. Cette ville étoit dans le Péloponnese, fur une montagne voisine du Golfe de Corinthe. Paufanias nous laiffé un catalogue de ces Rois, qui précéde ceux d'Argos de deux cens ans: Eufebe & le Syncelle nous ont confervé celui de l'Hiftorien Caftor, moins détaillé cependant que celui de Paufanias. Les Sçavans remarquent avec raison que la plupart de ces Princes font fuppofés, & n'exifterent jamais,

(1) Can. Chron.

(2) Liv. 3.

d'autant plus que leurs regnes ne s'accordent point avec ceux
des Rois d'Argos, dont l'Hiftoire eft tout autrement attes-
tée par les Anciens : voilà ce qui a porté le Chevalier Mar-
sham, fi habile dans la connoiffance de l'Antiquité, à rejet-
ter la plupart de ces Princes (1). Voici les principales raisons
fur lefquelles il fe fonde.

1o. Egialée, felon Apollodore (2), eft fils d'Inachus, & frere de Phoronée, & c'eft fans doute l'opinion qu'on doit fuivre. Cependant les deux liftes que nous reftent de ces anciens Rois, le mettent à la tête de ceux de Sicyone, & dèslà, le font vivre 200. ans avant fon pere. 2°. Le dix-neuviéme Roi de cette Dynaftie a, dit-on, donné fon nom à la ville, mais, felon Paufanias, il étoit fils de Pelops, qui ne vêcut que long-temps après que cette ville eût pris le nom de Sicyone. 30. Polyphile, le vingt-quatriéme de ces Rois, vivoit, fi on en croit quelques Auteurs anciens, du temps de la prise de Troye. Cependant il eft inconnu à tous les Auteurs qui ont parlé du fiége de cette ville; & Homere dit positivement, qu'Adrafte a été le premier Roi de Sicyone. 4o. Dans l'énumeration que fait ce Poëte des Chefs qui menerent des Troupes à Troye, il n'eft fait aucune mention des Sicyoniens; ce qui prouve que cette ville en ce temps-là, étoit du domaine d'Agamemnon, Roi de Mycenes.

On peut ajouter à ces raifons, que les preuves que nous donnerons dans la fuite pour l'antiquité de la ville d'Argos, ruinent entierement les prétentions des Sicyoniens. Car comment accorder ce que les Anciens difent de l'antiquité d'Argos, avec les prétentions de Sicyone? Pline rapporte fur le témoignage d'Anticlidès, que Phoronée, Roi d'Argos, eft le plus ancien Roi de la Grece. Clement d'Alexandrie en dit autant fur le témoignage d'Acefilaüs, & il ajoute même que Phoronée a été auffi le premier homme. Platon, dans le Timée, ne connoît rien dans l'Hiftoire Grecque avant ce Prince; & le Syncelle fur ces autorités, croit qu'on doit commencer cette Hiftoire par Inachus, pere de Phoronée Telles font les raifons de Marsham, qui n'a même pu croire qu'Inachus fût un homme, mais un fleuve.

M.

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M. le Clerc, & quelques autres Sçavans, ajoutent à ces Taifons, que , que le nom d'Egialée qu'Eufebe après Caftor met à la tête des Rois de Sicyone, paroît fuppofé. En effet, Egialée veut dire habitant du rivage, Littoralis ; c'eft Herodo

te (1) qui donne lieu à la conjecture de ces Auteurs. Les (1) Liv. 7. Ioniens, dit-il, qui habitoient le Peloponnefe avant Ion, fils de Xutus, étoient appellés Pelafgiens Egialées : par où il paroît que cet Hiftorien diftingue deux fortes de Pelafgiens dans le Peloponnefe, ceux qui habitoient du côté de la mer, & ceux qui demeuroient au milieu des terres, vers le mont Cyllene, où Pelafgus, fuivant le témoignage d'Afius dans Paufanias (2), s'étoit établi.

(2) In Arc.

Malgré ces autorités & ces preuves, on pourroit encore se rendre à l'autorité d'Eufebe & de Cedrene, qui ont adopté la lifte de ces Rois, donnée par l'Hiftorien Caftor; car quand même le mot Egialée fignifieroit un habitant des rivages de la mer, & que ce ne feroit pas le nom véritable du premier Roi de Sicyone, ce Roi n'en feroit pas moins réel, mais qu'on auroit feulement voulu marquer qu'un fils d'Inachus avoit quitté l'Argolide qui s'étendoit jufqu'à la mer, pour venir établir une nouvelle domination près du Golfe de Corinthe, dans un lieu peu éloigné de celui qu'il abandonnoit. Cependant je ne rapporte pas ici ce Canon; car à quoi ferviroit une lifte de Rois prefque inconnus, & dont l'Hiftoire nous apprend peu de chofes? Il fuffit de fçavoir que, felon Scaliger (3), les deux Dynafties des Princes _ (3) Do&r. de Sicyone, celle des Rois, qui font en tout vingt - fix, & Temp. celle des Prêtres d'Apollon Carnéen,au nombre de 17.ont duré 893. ans, ou felon M. Fourmond (4), 992. que ce Royau- (4) Ref. crit. me commença 1351. ans avant la premiere Olympiade, 927. T. 2. p. 267. avant la Guerre de Troye, environ 2000. ans avant l'Ere Chrétienne; plus de précision n'eft pas ici néceffaire. On peut confulter l'Auteur des Réflexions critiques, que j'ai déja cité. Je n'en userai pas de même à l'égard de Paufanias; rinth.c.5.& 6. comme ce qu'il dit de ces Rois, eft plus détaillé, & plus inftructif, je crois devoir le rapporter. » Pour les Sicyoniens, dit-il (5), voici ce qu'ils rapportent 1. p. 156. Tome III.

(5) In Co

Traduction

de M. l'Abbé Gedouin, D.

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20

D

2

Après la mort de Corax, continue Paufanias, Lamedon fon frere monta fur le trône, & époufa Pheno fille de Cly»tus, Athenien. Se voyant attaqué par deux puiffants enne» mis, il fit venir d'Athenes Sicyon, à qui il donna fa fille Seuxippe en mariage. Sicyon après la mort de fon beaupere prit poffeffion du Royaume, fit changer de nom au Pays & à la Ville, qui depuis ce temps-là fut nommée Sicyone. Ce Prince laiffa une fille appellée Cronophyle, qui eut deux fils, Polybe & Andromas. Ce fut fous le regne du premier de ces deux Princes, qu'Adrafte chaffé

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de leur origine. Ils difent qu'Egialée, originaire de leur pays, en fut le premier Roi: que fous fon regne, cette par> tie du Peloponnefe qui s'appelle encore aujourd'hui Egiale, prit fa dénomination; que dans cette contrée il bâtit en → rase campagne la ville d'Egialée, avec une citadelle qui occupoit tout le terrain, où ils ont à prefent un Temple de Minerve; qu'Egialée fut pere d'Europs, duquel naquit Telchis, qui eut pour fils Apis. Celui-ci devint fi puissant » avant l'arrivée de Pelops à Olympia, que tout le pays qui » est renfermé dans l'Ifthme, prit le nom d'Apia. Les def»cendans d'Apis furent, Talxion fon fils, Egyre fils de Tal» xion, Thurimaque fils d'Egyre, & Leucippe fils de Thu

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B

rimaque. Leucippe n'eut qu'une fille, qui s'appelloit Chalcinie, & qui eut un fils de Neptune. Leucippe prit foin » de ce fils, & lui laissa fon Royaume en mourant. Če fils se » nommoit Perate, & fut pere de Plemnée, de qui on racon« te que ne pouvant élever aucun enfant, Cerès déguisée « s'offrit de nourrir le petit Orthopolis qui venoit de naître. Orthopolis eut une fille nommée Chryforte, qui eut d'Apol» lon Coronus: celui-ci devint pere de Corax & deLamedon.

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Corax étant mort fans enfans, Epopée venu de Theffalie » s'empara du Royaume, & ce fut fous fon regne qu'une » armée d'étrangers entra pour la premiere fois dans le Pays ». Paufanias raconte le fujet de cette guerre, faite à l'occasion d'Antiope; mais pour ne pas interrompre la fuite de ces Rois, nous en referverons l'Hiftoire, 'pour l'Article de cette Princeffe.

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3

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d'Argos fe refugia à Sicyone, & y regna après lui: mais rappellé dans fa patrie, il laiffa la couronne à Janifcus, pe-tit-fils de ce Clytius qui avoit donné fa fille à Lamedon, » comme on vient de le dire. Celui-ci eut pour fucceffeur Pheftus, lequel étant paffé en Crete, Zeuxippe lui fucceda. Après lui Hippolyte, petit - fils de Pheftus, monta fur le » trône. Agamemnon lui déclara la guerre, & l'obligea à se » foumettre. Laceftadès fon fils lui fucceda : ce fut fous fon » regne que Phalcès fils de Teminus, à la tête d'une trou» pe de Doriens fe rendit maître de la ville de Sicyone, & » partagea le Royaume avec le Prince legitime. Depuis ce temps-là les Sicyoniens font devenus Doriens, & ont com» mencé à faire partie du Royaume d'Argos

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2

D.

Voilà certainement une Hiftoire bien circonftanciée, que Paufanias avoit apprise dans le Pays même. Cependant j'ai voulu, avant que de la raconter', mettre le Lecteur en état d'en juger, en propofant les raifons des Sçavans qui l'ont combattue. Que fi on demande d'où fortoit cet Egialée, dont on ne connoît point l'origine, on peut répondre qu'il venoit de quelque contrée de la Phenicie, comme Inachus, ou d'Egypte comme Danaüs, dont nous allons parler dans l'Article fuivant.

ARTICLE

III.

Arrivée de Danais dans la Grece.

L'HEUREUX fuccès de la colonie de Cecrops engagea Danaus apparemment Egyptien comme lui, à tenter auffi un établissement dans le même pays. Obligé de quitter sa patrie, il fit équiper un vaiffeau für lequel il embarqua fes cinquante filles, qu'il avoit eues de plufieurs femmes, avec tous fes domeftiques, & quelques Egyptiens qui voulurent bien le fuivre. Il relâcha d'abord dans l'ifle de Rhodes, où après avoir confacré une ftatue à Minerve, une des grandes Divinités d'Egypte, pour lui rendre graces de l'heureux fuccès de fa navigation, il fe rembarqua, & arriva dans la Grece. Gelanor qui venoit de monter fur le trône d'Argos, reçut

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