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tant d'avantures , pour lesquelles la vie d'un seul homme he fuffiroit pas : voici son histoire. .

Persée eut d'Andromede Alcée (1), Sthenelus, Hilas , (1) Apollod. Mestor , Electrion, & une fille nommée Gorgophone, qui, 1. 2. Diod.&c.

comme nous l'avons dit ailleurs, fut mariée à Perieres. Alcée ayant époufé Hippomone, fille de Menecée, en eur deux enfans, fçavoir Amphitryon & fa fæur Anaxo. De Mestor & de Lylidice, fille de Pelops , nâquit Hyppothoé , qui ayant été enlevée par Neptune , c'est-à-dire par un Pirate , fut con- . duite dans les illes Efchinades, où elle eut un fils nommé Thaphius , qui mena une colonie à Thaphos, dont il fit enfuite appeller les habitans Teleboens , pour marquer qu'ils étoient venus s'établir loin de leur patrie. De ce Thaphius nâquit Pterelas qui eut plusieurs enfans mâles (a), & une fille nommée Cometo.

Elearion épousa fa niéce Anaxo fille d'Alcée, & ce fut de ce mariage que nâquit Alcmene (6). De Sthelenus & de Micippe , fille de Pelops, sortirentAlcinoé, Meduse , & Eurysthée qui fut dans la fuite Roi de Mycenes. Taphius étant mort, Pterelas envoya fes enfans à Mycenes pour demander à leur grand oncle Ele&rion, qui en étoit Roi , la part de la succession de leur ayeul Meftor. Ce Prince ayant refusé de les fatisfaire , ils

ravagerent la

la campagne & emmenerent ses troupeaux. Les fils d'Electrion rassemblerent leurs

troupes, & leur ayant livré un combat, les uns & les autres y perdirent la vie. Lycimnius , fils naturel d'Electrion, Prince encore fort jeune, resta feul pour en porter la nouvelle à son pere; & du côré de Pterelas , il n'y eut qu'Everès, qui gardoit les vaisseaux , qui évita le sort funefte de ses freres , & qui ayant fair embarquer le reste de ses troupes

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(a) Sçavoir , Chromius, Tyrannus, An- ! Servius sur le cinqniéme Livre de l'Eneisochus. Cherfes, Damas,Maftor & Everés.de, & Diodore de Sicile, Liv. 4. font bien

(6) Plutarque, Vie de Thefée, rappor-descendre Alcmene de Pelops, mais les te autrement la génealogie d'Alemene: il deux premiers ne nomment point fa mere, dit qu'elle étoit fille de Lyfidice, & le & le dernier l'appelie Eurymede : mais Scholiaste de Pindare, sur l'Ode 17. des Apollodore, Bibl. 1. 2. s'éloigne totaleOlymp. eft d'accord avec Plutarque. Eu- ment de cette opinion, car il fait mere ripide dans la Tragedie des Herculides, de cette

Princefte, Anaxe fille d'Alcée.

و

pere avoit

avec celles d'Electrion , se retira dans son pays.

Le Roi de Mycenes avant que d'entreprendre de venger la mort de ses enfans , laissa le gouvernement de son royaume, avec sa fille Alcmene, à Amphitryon fon neveu lui promettant de la lui donner en mariage à son retour. Comme il revenoit victorieux & ramenoit ses vaches , Amphitryon voulut en arrêter une qui s'étoit échapée , & jetta après elle fa massue qui tomba fur Electrion & le tua. Ce meurtre, quoiqu'involontaire , fit perdre à ce jeune Prince le

royaume de Mycenes ; car Sthenelus , frere du défunt , profitant de la haine publique que cet accident avoit attiré sur Amphitryon, le chassa de tous le pays des Argiens, & se rendic maître de Mycenes , où son fils Eurysthée regna après lui. Amphitryon obligé de se retirer à Thebes , y fut reçû par Creon; mais sa cousine Alcmene qu'il avoit emmenée avec lui, n'étant pas fatisfaite de la vengeance que fon tirée des Teleboens , déclara qu'elle épouseroit celui qui leur déclareroit la guerre. Amphitryon , qui en étoit passionnément amoureux, accepta le parti , & ayant fait alliance avec Cephale, Ancée, Creon, & quelques autres Princes voisins, alla ravager les illes des Taphiens. Cependant, tant que Pterelas vêcut, il ne put prendre Taphos ; mais Cometo fa fille étant devenue amoureuse d'Amphitryon, ou selon d'autres , de Cephale, & ayant coupé le cheveu fatal d’où dépendoit la destinée de son pere, c'eft-à-dire , ayant fait une conspiration avec ses ennemis, ce Prince infortuné perdit la vie. Amphitryon s'étant par-là rendu maître des Illes des Taphiens, les donna à Cephale & à Elée, qui y bâtirent des villes , fit mourir Cometo , & revint chargé de dépouilles & de butin (a). Voici comme Amphitryon parle dans Plaute sur ce sujet.

Egó idem ille fum Amphitruo . qui
Acarnanes & Taphios vi vici, es fumma Regum
Virtute bellica. Illisce præfeci Cephalum
Magni Dionei filium. Amph. Aa. 4.

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(a) Voyez. l'Histoire de Thesée, où pareille avanture arriva à Midos.

Ce fut pendant cette guerre qu'Hercule vint au monde; & soit qu'Amphitryon eût consommé son mariage avant que de partir, foit qu'il fût revenu à Thebes incognito , ou à Tyrinthe où l'on croit que nâquit Hercule , on fit courir le bruit que Jupiter étoit le pere de ce jeune Prince, & que pour tromper Alcmene il avoit pris la figure de son mari ; fable qu'on fit courir pour cacher quelque intrigue d'Alcmene ; ou peut être qu'on ne donna dans la suite Jupiter pour pere à Alcide , au lieu d'Amphitryon , qu'à cause de la valeur; & il y a bieu de l'apparence que c'est en ce dernier sens qu'on doit regarder la chose, puisque Seneque fait dire à Hercule lui-même en parlant de sa naissance : « Soit qu'on regarde » comme une chose veritable , ou qu'on prenne pour une a fable tout ce qu'on a publié sur ce sujet , & que mon pere » ne soit en effet qu’un simple mortel , la faute de ma mere » est suffisamment effacée par ma valeur ; j'ai bien mérité d'a

voir Jupiter pour pere (a);

On ajouta à cette fable qu'au jour de sa naissance le tonnerre s'étoit fait entendre, & qu'on avoit vû plusieurs autres prodiges (b).

C'est pour la même raison qu'on publia que la nuit où Jupiter prit la figure d'Amphitryon , avoit été prolongée. Lycophron dit qu'elle dura le temps de trois nuits , & d'autres s'étendent jusqu'à neuf. Hygin (c) & Seneque décrivent cette fable, ainsi que

Plaute (d) dans son Amphitryon. (a) Virtute nostra pellicem feci, tuam cùm nunciaretur ei conjugem victorem effe., Credi novercam , five nafcente Hercule minimè curavit , quòd putabat se conjugem Nox illa certa est , five mortalis meus fuum vidiffe. Qui cum in Regiam intrajer Pater est ; licer je falfa progenies mihi , da videret negligentius secutam, mirari Materna culpa ceffet & crimen Jovis ; cæpit & queri quòd se advenientem non re

Merui parentem, contuli cælo decus. cepisser. Hygin. Sep. de Herc. Oeteo. A&. 4.

d) Cui lege mundi Jupiter rupta (b) Ibi continuò contonat fonitu maxumo. Roscidæ noctis geminavit horas, Ædes primò ruere rebamur tuas ,

Jufique Phæbuim tardivè celeres Ædes ioto confulgebant tuæ

Agitare currus; tuas lentè Quafi effent auree. Plaut. Amph. At Remeare bigas, candida Phæbe : 3. Sc. I.

Retulitque pedem , alternis nomen (c) Amphitryon cùm abeffet ad oppugnan- Stellæque mutat , feque mirata eft dam Oecaliam, Alcmena existimans Jovem Hefperum dici. Aurora movit conjugem suum efle, euin thalamis suis re- Ad solitas vices caput, & relabens cepit; qui cùm in thalamos veniset , & ei Imposuit jenis humero mariti. Seneq. referret quæ in Oecalia geffiler , ea credens. Amph. Aa. 4. conjugem efle cum eo concubuit.... Pofteà

Quelques Auteurs disent que cette Princesse accoucha de deux jumeaux , dont l'un ( c'étoit Yphicles ) passoit pour être le fils d'Amphitryon , & l'autre , qui étoit Alcide ; reconnoissoit Jupiter pour pere , & quoiqu'ils eussent été conçus à trois mois l'un de l'autre , ils nâquirent pourtant le même jour. C'est ainsi

que Mercure en parle dans Plaute (a). Mais je crois que c'étoit-là encore une fiction, fondée sur ce qu'on a confondu les deux premiers enfans d’Alcmene, dont l'un étoit né pendant la guerre des Teleboens , & l'autre

peu
de

temps après ; si l'on n'aime mieux dire qu'elle accoucha de deux jumeaux.

Je ne crois pas au reste qu'il y ait aucun fondement à la fable qui dit que Jupiter rendit la nuit où il séduisit Alcmene, plus longue que les autres : du moins cela ne dérangea rien dans la nature , puisque le jour qui la suivit fut plus court, comme le remarque le même Plaute .

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Pour ce qui regarde Galanthis , esclave d'Alcmene, qu'Ovide dit avoir été changée en belette , pour en avoir imposé à Junon, qui déguisée en vieille femme

se tenoit près du palais d'Amphitryon , dans une posture qu'elle croyoit propre

à retarder l'accouchement d'Alcmene, en lui disant que sa maîtresse étoit accouchée ; c'est un épisode inventé pour faire éclater davantage le ressentiment de Junon. Sur quoi il est bon d'ajouter cependant que la ressemblance des noms a donné lieu à la métamorphose ; & la prétendue punition qu'on dit que Junon tira de ce nouvel animal, en le condamnant à faire ses petits par la gueule , n'est qu'une

ܪ

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{a) Hodie illa pariet filios geminos duos :
Alter decumo poft mense nascetur puer
Quàm feminatus , alter mense septumo.
Eorum Amphitryonis alter eft , alter Jo-

viso

Alcumenæ hujus honoris gratia
Pater curavit uno ur fætu fieret
Uno ut labore abfolvat ærumnas dnasa

Vell.

allusion à une erreur populaire, fondée sur ce que la belette porte presque toujours dans sa gueule ses petits qu'elle change

continuellement de place. Elien dit que les Thebains ho(1) De anim. noroient ce petit animal (1) , parce qu'il avoit facilité les cou

ches d'Alcmene.

Quoiqu'il en soit, Amphitryon qui étoit de la race de Persée , & seul héritier d'Élecrion par sa femme, devoit suc

fa ceder au royaume de Mycenes, & son fils Hercule après lui ; mais ayant tué son beau-pere,

comme nous venons de le dire, il fut obligé de fe retirer à Thebes , & par ce moyen

& Sthenelus demeura seul Roi de Mycenes , & après lui fon fils Eurythée qui vint au monde en même temps qu'Hercule. Ainsi ce Heros se trouva soumis & comme esclave de ce Roi ; quoique d'autres prétendent qu'il ne lui fut allu

jetri que par l'Oracle de Delphes, à cause du meurtre de ses (2) Sup. de enfans qu'il tua dans sa fureur (2), puisqu'il auroit pû se dif

penser de se soumettre au Roi de Mycenes , étant sous la
protection de Creon dont il avoit épousé la fille.
C'est de-là

que

sont venues les fables de la jalousie de Junon, qui avoit retardé les couches d'Alcmene,

pour

donner le temps à Eurysthée de venir le premier au monde, & &

de commander à l'autre comme par droit d'aîneffe. Home(3) Iliad.

re (3) raconte ce fait avec le merveilleux qu'il sçait si bien joindre à ses narrations. « Un jour Até, la faute, causa du

chagrin à Jupiter lui-même , lui qu’on dit être plus puissant » que les Dieux & les hommes. Junon, quoiqu'elle ne soit » qu’une femme, le trompa par ses artifices, le jour qu'Alc» mene devoit enfanter Hercule à Thebes. Jupiter avoit dit * à tous les Dieux en fe glorifiant : « Ecoutez-moi tous , Dieux » & Déelles , je veux vous découvrir mon dessein. Aujour

d'hui la Déeffe qui préside aux accouchemens , llithie , » mettra au jour un homme qui regnera sur tous ses voifins, » & qui sera issu de mon sang. Junon qui voulut le tromper , » lui dit : Vous nous en imposez, vous n'accomplirez pas » ce que vous dites : jurez nous donc que l'enfant qui naîtra » aujourd'hui, illu de votre sang, regnera sur tous ses voisins, » Jupiter qui ne s'apperçut pas du tour qu'elle youloit lui

119.

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