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Je ne conçois pas au reste par quelle raison quelques Auteurs ont regardé comme une fable l'avanture de Cacus. Car quand même elle ne seroit pas attestée par deux Anciens, tels que Tite-Live & Denys d'Halicarnasse , & ce qui est encore plus décisif, par une fére établie pour en rappeller le souvenir ; & qu'on la prendroit à la lettre de la maniere que Virgile la raconte dans le huitiéme livre de fon Enéïde ; qu'a-telle donc de si extraordinaire , pour qu'on ne puisse pas la regarder comme une histoire véritable? Ne pouvoit-il pas y avoir en Italie , dans le temps qu'Hercule y arriva , un de ces brigands qui étoient alors si communs, qui ayant trouvé quelques-uns des boufs d'Hercule égarés du reste du troupeau , les ait volés & cachés dans quelque caverne ; qu'un de ces boufs ayant répondu aux mugissemens des autres, ait décelé le vol , & qu'Hercule , qui selon Denys d'Halicarnasse avoit avec lui de bonnes troupes , ait attaqué & delivré l'Italie d'un petit Tyran qui y causoit beaucoup de désordres ? Que fion a dit, comme le raconte Virgile , que ce voleur étoit fils de Vulcain , & qu'en se défendant contre notre Heros il avoit vomi des torrens de flamme & de fumée, ce sont de ces circonstances dont on avoit coutume d'embellir de pareilles avan

tures.

Quelques Anciens nous apprennent que comme notre He. ros cherchoit à s’immortaliser par plus d'une maniere , il époufa la fille d'Evandre, dont il eut Palans. Il avoit amené aulli, suivant'Denys d'Halicarnasse,une esclave qu'il fit épouser à Faunus, d'où nâquit Latinus. On ajoute encore qu'Hercule abolit en Italie la cruelle coutume d'offrir aux Dieux des vi&times humaines , & qu'il établit qu'on n'y immoleroit que

des animaux, ou tout au plus des représentations d'hommes ; car, • pour le dire en passant , quand on n'avoit pas de quoi acheter

des victimes , on se contentoit d'immoler quelque chose qui les représencât.

Comme il vouloit établir une colonie en Afrique pour faciliter le commerce, ( c'étoit une des fins de son voyage ) il d’Aathée. en fut repoussé d'abord par un autre Marchand qui s'étoit établi dans la Libye, & qui étoit déja si puissant , qu'il n'étoit Tome Ill.

Nn

Défaité

pas possible de l’y forcer. Notre Heros l'attira adroitement sur mer; & lui ayant coupé les passages de la terre où il alloit se rafraîchir & reprendre des troupes , il le fit perir. De-là est venue la fable d'Anthée, fameux Geant fils de la Terre qu'il fallut , dit-on , étoufer en l'air , à cause qu'il reprenoit de nouvelles forces toutes les fois qu'il étoit terrasse ; parce qu'effectivement il y trouvoit toujours de nouvelles troupes.

Le temps nous a conservé un beau groupe de marbre qui représente Hercule renant, en l'air Anthée, qu'il serre de toute la force. Cer Anthée avoit bâti la ville de Tingi (a), qui est aujourd'hui un petit bourg sur le Détroit de Gibraltar. On dit que Sertorius fit ouvrir le tombeau de ce Géant, & que ses osemens étoient d'une grandeur extraordinaire (b).

Pendant qu'Hercule étoit en Afrique, Busiris, ce Tyran si connu , avoit envoyé des Pirates pour enlever les niéces d’Atlas, Prince de Mauritanie & d'Hefperie , filles d'Hesperus son frere, & à cause de cela nommées les Hesperides. No

tre Heros les délivra , chassa les Corfaires, & alla même, (1) Tom. comme nous l'avons dit ailleurs (1), tuer Busiris. Atlas , pour Livin. Art. récompenser Hercule d'un service si signalé , lui apprit l'Af

trologie ; & comme il découvrit la voye de lait, qui est un amas prodigieux de petites étoiles, on publia la fáble ridicule, que Junon le conseil de Minerve, ayant donné à teter à Hercule, qu'elle trouva dans un champ où sa mere l'avoit exposé, il tira son lait si rudement , qu'il en fit réjaillir une grande quantité qui forma cette voye de lait.

Les bons conseils, au reste, que ce Heros donna à Atlas en le foulageant dans les guerres qu'il avoit , sur-tout dans l'affaire de Busiris, donnerent aussi lieu à la fable qui dit qu'il lui aida à porter le Ciel quelque temps sur ses épaules (c). Atlas avant que de congédier Hercule, lui fit présent des plus belles brebis du pays, & ce sont-là les pommes d'or fi fameuses qu’on dit que ce Prince faisoit garder dans les jardins des Hef

perides par un dragon, & la fable n'est fondée que sur une équi(2) touñdov. voque ; car le mot Grec (2) fignifie également une brebis &

(a) On l'appelle aujourd'hui Tanger. (c) Voyez la Fable d'Atlas dans l'Hi6) V.ce qu'on a dít a ce lujet 1.2.1.1. stoire de Jupiter.

2. d'Atlas.

par

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t.

و

une pomme. Il y a dans le Cabinet du Roy un beau médaillon, sur lequel paroît Hercule cueillant les pommes d'or. Le ferpent qui entortille l'arbre qui les portoit , baiffe la tête , comme s'il avoit reçû un coup morteł. Ce monstre, fils de Typhon, avoit, dit-on, cent têtes & autant de voix ; mais sur le médaillon il n'en a qu’une. Les trois Hesperides , Æglé, Arethufe & Hyperthuse sont près de l'arbre ; & paroissent reprocher à Hercule le vol qu'il leur fait.

M. le Clerc: (1) remarque que cette avanture est arrivée (1) Sur Hel. près de Tingi en Afrique, où, felon Pline (2), on doit pla-Pia:

(2) L. 5.c. 5. cer les jardins des Hesperides , ainfi nommés, non à cause des filles d'Hefperus , mais par leur fituation à l'Occident; ce qui a fait donner le même nom à l'Efpagne (3). Palephate ex- (3) Macrobe plique'autrement cette fable

' (4), & dit qu'il y eut un (4) Livre des Milesien habitant dans la Carie, nommé Hefperus, dont chofes inles filles s'appelloienr Hesperides , qui gardoient des trou- croyables. peaux de brebis qui étoient si belles ; qu'on pouvoir les peller des brebis dorées. Hercule les enleva, ainsi que

leberger nommé Draco. Mais cet Aureur est süjer à forger des explications, & à donner l'existence à des perfonnes qui n'ont jamais éré; cependant Agroelas , ancien Auteur, cité par le fçavant Scholiafte d'Apollonius de Rhodes , penfe de cette fable à peu près comme Palephare , & croit que ces prétendues pommes d'or étoient des - brebis "d'une beauté surprenante, & qu’on appelloit pour cela des brebis d'or , & leur gardien un dragon, à cause de la vigilance & de fa ferocité. La seule différence qui se trouve entre ces deux Ecrivains , est que te premier croit que cette avanture se passa dans la Çàrie, au lieu que

le second en établir la scéne dans la Libye, ce qui est plus conforme à l'opinion des Anciens. Quoiqu'il en soit, • j'aimerois mieux adopter la conjecture de Bochart (5) ; qui (s) Chan.

dit qu'on a voulu signifier par cette fable les richesses d'A- 1. c. 1o.
tlas, le mot Phénicien Melon , dont les Grecs ont fait Ma-
lon, signifiant également des richesses & des pommes (a):

ap.

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(a) Je prie le Léđeyr de fe rappeller cet encore un plus ample éclaircissement, de que j'ai dit fur ce sujet dans le Tom. II. lire la Differtation de M. l'Abbé Massieu , Liv. I. à l'occasion d'Atlas, & s'il souhaite | Mem. de l'Acad. des Bell. Lett. T.3.p.28.

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Hercule ayant penetré pendant cette expédition jusqu'à Cadis, que l'on regardoit comme le bout du monde, où le Soleil alloit se coucher dans l'Ocean, fit élever deux colomnes, pour marquer que c'étoit-là le terme des entreprises de ce Heros, & que personne ne devoit tenter d'aller plus avant. Bacchus , ou plutôt Osiris en avoit fait autant dans les Indes. Il n'y a rien de si fameux dans l'Histoire fabuleuse que ces colomnes d'Hercule; cependant de sçavans Critiques croyent avec Bochart qu'elles ne subsisterent jamais, & que ce qui donna lieu à la fable , c'est la situation de deux montagnes nommées Calpé & Abyla , dont l'une est en Afrique , & l'autre en Europe sur le détroit de Gibraltar , qu’on regarda comme deux especes de colomnes qui marquoient que c'étoit-là le bout de l'univers , & les bornes que la nature avoit plantées pour avertir les hommes d'arrêter là leurs courses & leurs conquêtes; & ce qui confirme la conjecture de ce Sçavant , c'est qu’Abyla, qui est le nom d'une montagne, signifie aussi une colomne.

Quoiqu'il en soit, il est sûr qu'il y avoit des colomnes magnifiques dans le Temple fameux que les habitans de Cadis firent élever, à quelque distance de leur ville, à l'honneur d'Hercule; & comme elles étoient gravées en caracteres Phéniciens, on crut dans la suite que ce Heros lui-même les avoit fait élever. Les Anciens regardoient ces deux colomnes comme deux talismans propres à arrêter l'impétuosité des Elémens, de

peur que venant à se mêler à l'Océan, reste du ténebreux Chaos, ils ne portaffent par-tout la confusion & le désordre:Terre ego Oceani vinculum funt columnæ , quas in domo Par

carum inscripsit Hercules, ne qua Elementis contentio accedat , nec (1) Apollon. amicitiam disjungant , quâ invicem junguntur (1). C'étoient sans

doute les anciens caracteres Phéniciens qui étoient gravés dessus , & qu'on n'entendoit pas , qui donnerent lieu à cette fable. Ce Temple, au reste , étoit très-fameux ; sa situation en

:; un lieu si éloigné, son ancienneté, le bois incorruptible dont il étoit construit , ses colomnes chargées d'anciennes inscriprions & d'hieroglyphes , les travaux d'Hercule qui y étoient

thée.

représentés (a), les arbres de Geryon, qui selon Philostrate jettoient du sang , les céremonies singulieres qui s'y pratiquoient (b); tout cela le rendoit fort célebre, & la ville de Cadis se croyoit en sûreté sous la protection d'un si grand Heros. Aufli Theron Roi d'Espagne ayant voulu piller ce Temple, une terreur panique dispersa ses vaisseaux, qu’un feu inconnu dislipa tour d'un coup (c).

Les Mythologues disent que l'expedition d'Afrique fut le Hercule dédernier exploit de notre Heros , & qu’Eurysthée satisfait ne livre Promelui ordonna rien davantage. Mais il faut remarquer après Diodore de Sicile , que parmi les travaux de ce Heros , il

у en avoit qui lui avoient été commandés par Eurysthée , d'autres que la seule valeur lui fit entreprendre. Ainsi il pénétra jusques dans le fond de la Scythie , où l'on dit qu'il délivra Promethée que Jupiter y avoit fait attacher , & où un aigle lui dévoroit le foye , pour le punir de la témerité, comme nous l'avons dit plus au long dans son histoire.

Le feuve - Acheloüs par ses inondations ravageoit les Son combat champs de Calydon, & portant de la confusion dans les li- avec Achemites, obligeoit souvent les Ætoliens & les Acarnaniens de se faire la guerre. Ce Prince

y

mit des digues , avec l'aide de ses compagnons , & rendit le cours de ce fleuve si uniforme , qu'il donna pour jamais la paix à ces Peuples. Ceux qui écrivirent cet évenement, le raconterent d'une maniere entierement fabuleuse : ils dirent qu'Hercule avoit combattu contre le Dieu de ce fleuve, qui s'étoit d'abord changé en : serpent, par où l'on marquoit son cours tortueux ; & ensuite en taureau , ce qui nous découvre ses débordemens rapides,

loüs.

(a) Sur quoi il est bon de remarquer Discin&tis mos thura dare, atque è lege que ce ne für que plusieurs fiécles après parentum Hercule le Phenicien qui avoit bâti ce Sacrificam lato vestem diftinguere clavos Temple , que les Grecs y mélerent des Pes nudus , tonfæque comæ , caftumque céremonies, des peintures, &c. qui re- cubile. gardoient leur Hercule.

Inrestincta focis servant altaria flamme, (6) Silius , liv 3. les decrit dans ces Sed nulla effigies , fimulacrave nota vers :

Deorum. Femineos prohibent greffus , ac limite cu- (c) Ce Temple étoit affez loin de la

ville de Cadis, au Levant de l'Ine, près Setigeros arcere fues, aur discolor ulli de la terre ferme. Consultez Bochart, Anse aras cultus ; velantur corpora lino, / Chan. I. 1. C. 34.

rani

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