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n'y ait eu autrefois des Amazones. Mais sans les aller chercher dans des temps si éloignés, on nous dit (a) qu'il y en a encore aujourd'hui dans une des Illes Marianes. On ajoute que les hommes des Illes voisines les vont voir , & remportent avec eux les enfans mâles, & n'y laissent que les filles; sans parler ici de ce vaste pays des Amazones qui fut découverr il

y a quelques siécles dans le continent de l'Amerique méridionale.

Comme la conquête des Argonautes arriva du temps de Descend dans notre Heros , il ne manqua pas d'être de la partie; cependant prend la villa quelques Auteurs croient , comme nous l'avons dit, qu'il de Troye. n’alla pas jusqu'à Colchos , & qu'il descendit dans la Troade pour aller chercher le jeune Hylas , qui étant allé puiser de l'eau , s'étoit égaré (b). Ce jeune Prince, dit-on, qui étoit fils de Thiodamante Roi de Mysie; ayant été envoyé avec ses Compagnons dans la Phrygie pour chercher de l'eau, fut dévoré par quelque bête féroce, ou noyé dans quelque ruilseau. Hercule qui l'aimoit, descendit pour le chercher , & fit retentir les rivages du nom de son favori.

His adjungit Hylam nautæ quo fonte relictum
Clamassent , ut littus Hyla, Hyla omne fonavit (1). (1) Virgil.

Eclog. 6. Quelque vraisemblance

que soit cette explication, M. le Clerc la rejette , & croit que le mot Hyla veut dire du bois ; &

que ce qui a donné lieu à la Fable, c'est que veritablement Hercule descendit avec Telamon & ses autres compagnons du Vaisseau des Argonautes ; & étant allé couper du bois sur le mont Ida , ils en firent un Vaisseau pour l'expedition de Troye. Le bruit que le bois faisoit en tombant , & dont la forêt retentissoir, donna lieu à la Fable que nous venons d'expliquer. Quoiqu'il en soit , il est vrai que la ville de Troye étant alors fort endommagée par les inondations de la mer, on crut que Neptune qui en avoit bâti les murailles , fe vengeoit du perfide Laomedon. L'Oracle consulté apprit que

(6) Voyez ce que j'en ai dit dans la Liste tres édifiantes.

.

و

و

(a) P. Gobien , lixiéme Recueil des Let- 1 des Argonautes

pour appaiser le Dieu de la mer, il falloit exposer à un monître une fille du sang royal ; & le sort étant tombé sur Helione fille de ce Prince, Hercule s'offrit de la délivrer, moyennant un attelage de chevaux que Laomedon lui pronit , & il fut assez heureux pour y réussir: mais le Roi n'ayant pas tenu sa parole, il saccagea la ville , enleva Hesione qu'il fit épouser à Telamon, tua Laomedon , & donna sa couronne à Podarce son fils, à la priere de la Princesse qui le racheta, & qui pour cela fut appellé Priam. Ce monstre, au reste, qui ravageoit la ville de l'roye, étoit la mer, qui faute de digues inondoit la campagne, & avoit apporté la contagion jusques dans la ville. On obligea le Roi de promettre sa fille à celui qui arrêteroit ces débordemens. Hercule l'entreprit & en vint à bout , & c'est ce qui donna lieu à la Fable. Mais, pour le dire ici en passant, cette convention doit s'entendre de quelques-unes des meilleures Galeres du Prince Phrygien, que ce Heros demandoit pour récompense de ses services; & cette conjecture se prouve non-seulement parce qu'il n'y a nulle apparence qu'il

se fût contenté de six chevaux , pour avoir sauvé la ville de Troye, mais aussi parce que les Poëtes disent que ces chevaux de Laomedon étoient si légers qu'ils marchoient sur les eaux; ce qui ne peut s'entendre que d'un Vaisseau à voile, ou d'une Galere. Tout le

monde convient de cette expedition d'Hercule sur la ville de (1) Liv. 1. Troye; mais Diodore (1) croit que ce Heros la fit avec les

autres Argonautes : il ajoute qu'ils laisserent Hesione entre les mains de Laomedon, jusqu'à leur retour ; qu'Hercule & Telamon l'étant allés redemander, ce Prince leur avoit fait fermer les portes, & qu'ils le punirent de la maniere que nous l'avons dit.

Il n'est pas difficile de comprendre ce qu'a voulu dire Ly1:) Dans la cophron (2), lorsqu'il raconte que le monitre dont nous ve

nons de parler , dévora Hercule , qui demeura trois jours dans son corps, & qu'il en sortit tout épilé. On voit bien que c'est une mauvaise imitation de l'histoire de Jonas : ou plutôt, cette fable n'a d'autre fondement, sinon qu'Hercule

Cal,

20.

employa trois jours à élever des digues; & qu'on dit qu'il se
jetta dans la ventre de ce monftre, parce que lui & ses com-
pagnons se mirent dans l'eau pour y planter les pilotis ; ou
bien, si l'on veut suivre l'idée de Palephate, qui dit qu'He-
sione fut enlevée par un Corsaire, on peut dire qu'Hercule
pour le délivrer se jetta dans son Vaisseau, qui s'appelloit peut-
être la Baleine, & qu'il y fut blessé.
N'oublions

pas

de dire que les Troyens , pour garantir Hercule de la fureur de ce monstre, avoient fait un retranchement où il pouvoit se retirer , quand il fortoit de la mer pour le poursuivre; ouvrage que le Poëte attribue à Minerve, la Déesse des Arts,& qui subsistoit encore au temps du second siége de cette ville. Ce fut là que Junon & Neptune allerent se placer pour être spectateurs du combat qu'Achille donna après sa réconciliation. En finissant ces mots, c’est Neptune qui parle à Junon (1), il marche le premier vers le lieu appellé (1) Iliad. liv. le retranchement d'Hercule, que Pallas & les Troyens avoient fait autrefois , afin qu'il se mit à couvert de la Baleine , quand ce monstre dévorant quitteroit le rivage pour le poursuivre , da se jetter sur lui. Ce retranchement, ou ce fort, avoit été conftruit par les Troyens, pour se garantir des courses de ce Corsaire, & Hercule s'en servit utilement.

Je ne parle pas ici de plusieurs autres exploits dont on charge l'Histoire de notre Heros: les villes prises ; les Tyrans punis ; les Monstres domptés ; les Princes rétablis dans leurs Etats; de nouvelles villes bâties dans plufieurs endrois ; le cours des Rivieres ou détourné, ou remis dans son lit ; de nouveaux chemins faits dans des lieux inaccessibles ; des colonies transportées dans differens pays , étoient , au rapport de Denys d'Halicarnasse (2), les actions les plus ordinaires de (2) Lir. 1: sa vie : mais je ne sçaurois passer sous silence, ce qui lui arriva au siége de Messene, où il fit perir tous les enfans de Ne Tue les en lée; & de douze qu'ils étoient, il ne resta que

Neftor qui étoit absent. L'avanture du dernier qui fut tué est singuliere; il se nommoit Periclymene. Hesiode (3) Apollonius (4), & (3) InScuro. après eux Ovide (5), disent que ce jeune Prince avoit reçu Met.l.11, de Neptune le pouvoir de se métamorphofer en plsiueurs

Giraldi.

figures. Il se changea , selon eux, pour éviter les coups du redoutable Alcide, en fourmi, en moûche, en abeille, en serpent ; & tout cela lui fut inutile: il crut pouvoir s'échaper des mains de son ennemi en prenant la figure d'un Aigle: mais Hercule, selon les Auteurs Latins, le

le tua d'un coup de (1) Lylio Aéche, ou selon les Auteurs Grecs, d'un coup de massue (1);

fable par laquelle nous apprenons les differents tours d'adresse qu'employa le fils de Nelée

pour se garantir d'une mort inévitable, dont fa fuite ne put le fauver.

Hercule, au rapport d'Elien , saccagea la ville de Messene, pour se venger du refus que Nelée & ses enfans avoient fait de l'expier d'un meurtre qu'il avoit commis , & ce même Auteur ajoute qu'il n'épargna le jeune Nestor , & ne lui rendit le Royaume de son pere, que parce qu'il n'avoit pas été du complot de ses autres freres; ce qu'il regarde comme une grande marque de generosité & de reconnoiffance, sans faire attention que cet acte de justice, n'efface pas la cruauté inouie de ce Heros , qui sacrifie un Prince & onze de ses enfans au refus d'une expiation, dont apparemment il n'étoit pas jugé digne.

Son combat à Sparte avec Hippocoon & ses enfans , qu'il

tua pour venger la mort d'Eonus fils de Lycimnius, frere de (2) In Lacon. fa mere, eft encore très-célébre dans Pausanias (2). @onus

étant allé à Sparte, & passant devant la maison d'Hippocoon, son chien voulant le mordre , il lui jetta une pierre, & ses enfans étant accourus , laffommerent à coups de bâton. Hercule vint fondre sur eux; mais ayant été blessé dans la mêlée, il fut obligé de se retirer. Quelque temps après il revint avec main forte, mafsacra Hippocoon & ses enfans ; & n'ayant point trouvé Junon contraire à la vengeance, il lui bâtit un Temple, & lui immola une chévre; d'où eft venu le surnom de Junon Egophore, ou qui mange de la chair de chévre, surnom que lui donnoient les Lacedemoniens.

Son combat à la lutte contre Eryx qu'il vainquit en Sicile, où il avoit fait passer à la nage les bæufs de Geryon par le décroit de Scylla , n'est pas moins célebre. Les conditions étoient que si Hercule étoit terrassé, ses boeufs appartiendroient

à Eryx; & que li c'étoit celui-ci qui fût vaincu , Hercule
feroit maître du pays (1). Les Atheniens envoyerent dans la
suite Dorycus prendre possession de ce canton de la Sicile,
nomme l’Erycie à cause d'Eryx ; mais les Egestéens le maf-
sacrerent.

Enfin Hercule après avoir pris un grand nombre de villes
& executé les travaux qu'Eurysthée lui avoit ordonnés , de-
vint amoureux d'Iolé, fille d'Euryte , & ce Prince la lui ayant
refusée, il subjugal'@chalie, enleva cette Princesse, & tua le
Roi. Etant de retour de cette expedition, il envoya Lychas
pour chercher ses habits de ceremonie , dont il avoit besoin
dans un sacrifice qu'il vouloit faire. Dejanire jalouse de l'a-
mour qu'il avoit pour Iolé , lui envoya ou un Philtre, qui
le fit mourir, ou une tunique enduite d'un certain bitume qui
croissoit près de Babylone, & qui lorsqu'il étoit échauffé se
coloit à la peau: ou, si l'on ne veut pas s'éloigner des An-
ciens, & sur-tout de Diodore, une tunique teinte du sang du
Centaure Neffus , qu'il avoit tué d'un coup de Aéche, lorf-
qu'après avoir passé sur son chevrl sa femme Dejanire au-delà
du fleuve Evene à son retour de Calydon (a), il voulut faire
insulte à cette Princesse : & comme les Aéches d'Hercule
étoient empoisonnées , ainsi que nous l'avons dit, le sang qui
sortit de la playe l'étoit aussi , & ce Cavalier fit croire à De-
janire que cette tunique serviroit pour empêcher son mari
d'aimer d'autres femmes. Quoiqu'il en soit, Hercule ayant
pris cette tunique tomba dans une maladie désesperée, tua
Lychas (b), s'en alla à Trachine, où il s'étoit retiré depuis
son exil de Calydon, obligea Dejanire à se pendre; & ayant
consulté l'Oracle sur sa maladie, il n'en eut d'autre réponse,
sinon qu'il devoit aller avec ses amis sur le monr Eta, & y
élever un bûcher. Il comprit le sens de l'Oracle, & se mit

(a) Il alloit à Trachine pour se faire ex- soit pas au milieu de la ville, comme l'ont
pier du meurtre d'Eucome , parent de son crû quelques Auteurs ; car il l'auroit paffé
beau-pere Oenée, qu'il avoit tué dans là , ou sur un pont ou dans un bateau,
un feltin, ce qui l'avoit obligé de se ban- sans avoir besoin du Cavalier Nessus.
nir volontairement de Calydon, comme (6) Qui fut jetté dans la mer ; ce qui a
nous l'apprennent Apollodore & Diodo- donné lieu à le changer en un rocher, qui
re. Pour aller de Calydon à Trachine il fal. porta son nom depuis ce temps-là. Ovid.
loit traverser le fleuve Evene, qui ne paf- Met. I. 11.

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