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Voilà quelle fut fans doute la caufe de ce Déluge, & le curieux Woler, qui dans fon voyage de la Grece eut occasion d'examiner ce lac & fes iffues, convient qu'il ne peut être arrivé autrement.

S. Auguftin, qui dans fes Livres de la Cité de Dieu, nous a confervé de précieux morceaux fur l'Antiquité Grecque, dit que le Déluge d'Ogygès arriva, comme nous l'avons dit, fous Phoronée fecond Roy d'Argos; & il ajoute que c'étoit le fentiment d'Eusebe & de S. Jerôme. Órofe met ce Déluge 1040. ans avant la Fondation de Rome, près de 2000. ans avant l'Ere chrétienne; mais felon Scaliger, l'un & l'autre fe font trompés.

Je ne rapporterai point ici l'opinion de M. Newton : on fçait que ce célebre Ecrivain a trop refferré les Antiquités de la Grece, en plaçant l'époque de ce Déluge à l'an 1045. avant notre Ere.

Jule Africain, fondé fur l'autorité d'Hellanicus, de Philochorus, de Castor & de Diodore de Sicile, prétend qu'Ogygès vivoit plus de 1020. ans avant la premiere Olympiade, & par conféquent près de 1800, ans avant Jefus-Chrift; ce qui fe rapporte au fentiment du Pere Petau, qui place le Déluge arrivé fous ce Prince, à l'an 1796. avant cette Ere.

Sinfon dans fes Origines (1) facrées prétend qu'Ogygès (1) L. 1. c.I eft le même que Cadmus ; mais M. Fourmond a prouvé par de folides raisons, qu'on peut voir dans fes Réflexions critiques (2), que ce fçavant Auteur s'étoit mépris. Le même (2) T. 2. M. Fourmond a avancé fur Ogygès, & fur fon Déluge une p. 221, conjecture, laquelle, fi elle étoit vraie, ferviroit beaucoup à entendre la Prophetie de Balaam. Ce Prince, dit-il, étoit le même qu'Og, Agag, ou Ogug, lequel ayant quitté fon pays, vint s'établir dans la Grece, où il périt par une inondation. C'étoit donc un Prince Amalécite, qui fut obligé de quitter fes Etats, étant poursuivi par les autres Princes de la race d'Amalec, qui en effet étoient alors très-puiffans, & ce fut du temps qu'il étoit dans la Grece qu'arriva le Déluge qui le fit perir (3).

(3) Voyer.

S. Jerôme dans fa verfion latine de la Chronique d'Eufe- la p. 231. & Tome III.

fuir.

E

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pas

be, a abandonné fon Auteur, & a prétendu que ce n'étoit dans l'Attique, comme tous les Anciens le difoient, mais dans l'Egypte qu'étoit arrivé le Déluge d'Ogygès; & comme S. Juftin a avancé que ce Prince étoit contemporain de Moyfe, on pourroit conjecturer que ce prétendu Déluge n'étoit autre chofe que l'évenement arrivé dans la Mer rouge à la fortie des Hebreux.

Pour dire maintenant ce que je pense fur ce fujet, il eft für qu'Ogygès n'étoit point originaire de la Grece, fon nom feul prouve affez qu'il étoit étranger; mais venoit-il d'Egypte, ou de Phenicie, ou du pays d'Amalec ? C'eft ce qu'on ne fçauroit affûrer. Il alla s'établir à Thebes dans la Beotie, nommée souvent par les Anciens Thebes Ogygienne, & il regna auffi fur l'Attique. Ce fut fous fon regne qu'arriva l'inondation dont je viens de parler, qui fit beaucoup de ravage dans le pays, & à laquelle on donna le nom de Dé luge. Ce Prince avoit époufé Thebé, fille de Jupiter & de (1) Voyez Jodame (1), dont il eut deux fils, Cadmus, & Eleufinus qui Paufanias. bâtit la ville d'Eleufis, & trois filles, Alacomene, qui nourrit, dit-on, Minerve, laquelle parut en ce temps-là fur les bords du lac Triton; ce qui a fait donner à cette Déeffe par Homere l'épithete d'Alacomenie ; la feconde de ces filles s'appelloit Aulis, qui donna fon nom à un bourg de Beotie, & la troifiéme, Thelfinie. Ces trois Princeffes furent après leur mort honorées comme des Divinités, fous le nom de Déeffes Praxidiciennes (2).

in Att.

(2) Пpaniδικαίο

meura

Les deux fils d'Ogygès regnerent, l'un dans la Beotie, & l'autre à Eleufis; car il ne faut pas ajouter foi à ceux qui difent que l'Attique avoit été tellement inondée par le Déluge (3) Eufebe dont nous parlons, qu'elle fut long-temps fans être habitée (3). dit qu'elle de-On ne fçait pas précisement fi Ogygès périt dans l'inondaans fans habi- tion du Colpias, ou s'il fe fauva. Parmi les trois filles d'Ogygès Alacomene fut la plus célebre, à cause de la qualité de Nourrice de Minerve qu'on lui donnoit, & elle fut honorée après la mort d'un culte particulier. On la regardoit comme la Déeffe qui conduifoit les deffeins à une bonne fin, ce qui eft renfermé dans le mot de Praxidice. On lui immoloit la

tans.

tête des animaux, comme le dit Suidas (1). Paufanias ajou- (1) Au mot te (2) que Menelas de retour chez lui après l'expedition de Praxidice. Troye, lui erigea une statue, come ayant mis fin par fon fe- (2) In Lac. cours à la guerre qu'il avoit entreprise pour ravoir Helene fa femme.

C. 9.

Quelque diverfité d'opinions qu'on trouve fur l'époque du Déluge d'Ogygès, je crois qu'on peut le placer vers l'an 1796. avant Jefus-Chrift. Cette époque eft certaine dans l'Histoire Grecque. En effet Jule Afriquain, cité par Eufebe (3), nous apprend que tous les Chronologues, & entr'au- (3) Prep: tres Hellanicus, Philochorus, Caftor, Tallus & Diodore de Evang. Lio: Sicile, s'accordent à placer cette inondation 1020. ans avant la premiere Olympiade. Cette Olympiade étoit fans doute celle de Corebus, célebrée vers le folftice d'été de l'an 776. avant Jefus-Chrift. Ainfi, par une conféquence néceffaire, ce Déluge étoit de l'an 1796. avant l'Ere chrétienne. Le Pere Petau & Marsham ont fait le même calcul, & nous pouvons nous en rapporter aux lumieres de ces deux fçavans hommes: cependant le temps où regnoit ce Prince eft fi incertain & fi obfcur, qu'on ne fçauroit embraffer aucun fyftéme qui ne foit fujet à de grandes difficultés. Auffi appelloit-on Ogygien tout ce qui étoit ancien.

Dei.

N'oublions pas de dire que le regne d'Ogygès fut remarquable par un phénomene arrivé dans le ciel, comme nous l'apprenons de S. Auguftin (4), d'aprés l'Hiftorien Caftor: (4) De civit, voici comme en parle ce fçavant Pere de l'Eglife. Eft in Marci Varronis libris, quorum infcriptio, de Gente Populi Romani, Caftor fcribit, in ftella Veneris.. tantum portentum extitiffe,+ ut mutaret colorem, magnitudinem,figuram, curfum; quod factum ita neque anteà, neque pofted fit. Hoc factum Ogyge Rege dicebant Adraftus Cyzicenus, & Dion Neapolius, Mathematici nobiles. Je ne m'étendrai pas fur l'hiftoire de ce Phenomene, qui fit, dit-on, changer la Planete de Venus de diametre, de couleur, de figure & de cours, parce que M. Freret, qui l'a pris pour une Comete, & même pour celle qui parut en 1680. a compofé fur ce fujet une Differtation très-étendue qu'on peut confulter (5).

9

E ij

(4) Mem. de l'Acad. des

Bel. Lettr.

T. 10. p. 357.

ARTICLE V.

Le Royaume d'Athenes, fondé par Cecrops.

LA Chronique de Paros commence fa premiere époque à l'arrivée de Cecrops dans la Grece, & dès ce temps-là on voit plus clair dans l'histoire de ce Pays-là. Comme un Ouvrage fait pour tout le monde doit contenir des éclairciffemens dont les Sçavans n'ont pas besoin, je crois être obligé d'expliquer en peu de mots ce que c'eft que cette Chronique, appellée vulgairement les Marbres de Paros : je l'ai déja citée, & je ferai obligé dans la fuite d'en citer souvent les époques. C'eft une fuite de plufieurs morceaux de marbres qui contiennent la chronologie des principaux évenemens de la Grece, en commençant par Cecrops, & qui finiffent à l'Archontat de Diognete ; c'eft-à-dire, treize cent dix-huit ans après. Cette Chronique fut faite par autorité publique pour les Atheniens, foixante ans après la mort d'Alexandre, la quatrième année de la cent vingt-huitiéme Olympiade; & comme dans les dates qu'elle fixe, il n'eft point fait mention d'Olympiades, il y a apparence qu'elles ne fervoient pas encore alors à la Chronologie. Ce ne fut que cinq ou fix ans après que Timée de Sicile en fit ufage dans fon hiftoire. Ces marbres furent déterrés dans l'ifle de Paros & vendus au Comte d'Arondel, qui les fit porter en Angleterre, & qui font aujourd'hui dans la Bibliotheque de l'Univerfité d'Oxford. Malheureusement ils font très-endommagés en plusieurs endroits, & fouvent on ne peut lire que quelques mots fur plufieurs des époques qu'ils contiennent.

Trois Sçavans, Selden, Lydiat & Prideaux, ont travaillé à les éclaircir, & à fuppléer, autant qu'il eft poffible, au texte effacé. Ils ont outre cela conftaté le temps de la derniere épo- : que de ces Marbres; ainfi on voit en remontant, l'éloignement d'une époque à l'autre. Commençons maintenant l'histoire du Royaume d'Athenes.

Ce fut fous le regne de Triopas, feptiéme Roi d'Argos,

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Selden Note

& 95.

que Cecrops, venu d'Egypte, s'établit dans l'Attique. Les
Interpretes des Marbres d'Arondel placent cet évenement à
l'an 1582. avant l'Ere chrétienne, & cette époque fe rapporte
à la Chronologie de Cenforin, & de Denys d'Halicar-
naffe, qui font vivre ce Prince 400. ans après Inachus, &
un peu moins de 400. ans avant la prife de Troye: elle ne
differe
que
de 26. ans de celle d'Eufebe (1). Cet Auteur qui (1) Voyez
s'accorde avec la Chronologie de ces Marbres fur le temps Hift. ad Mar
qui s'est écoulé depuis Cecrops jufqu'à la prife de Troye, a mora. p. 94.
abregé de 26. ans celui qui s'eft écoulé depuis cette guerre
jufqu'à la premiere Olympiade. Mais les uns & les autres re-
culent trop l'arrivée de ce Prince dans la Grece, encore plus
ceux qui le font contemporain d'Inachus ou d'Egialée, car
en joignant les années des regnes des Rois d'Athenes, de-
puis & y compris ce Prince jufqu'à Mnefthée, au temps du-
quel Troye fut prife, on ne trouve qu'onze regnes & dix gé-
nérations, qui évaluées à trois pour cent ans, ne font que 330./
ans depuis Cecrops jufqu'à la prife de Troye; car on ne com-
pte point Mnefthée qui ne venoit que de monter fur le trône.

Cecrops époufa la fille d'Actéus, qui donna fon nom à ce
Pays (a), & fonda avec fa colonie douze villes, ou plutôt
douze bourgs, dont il compofa le Royaume d'Athenes, &
où il établit avec les Loix de fon Pays le culte des Dieux qu'on
y adoroit ; il y porta fur-tout celui de Minerve honorée à Sais
fa patrie, celui de Jupiter & des autres Dieux d'Egypte : ce
fait eft attefté par toute l'Antiquité. Eufebe (2) dit que ce fut
lui qui le premier donna le nom de Dieu à Jupiter, lui éle- Evang. 1. 10.
va un Autel, & érigea une ftatue en l'honneur de Minerve.
S. Epiphane repéte la même chose; & Paufanias l'avoit dit
avant eux (3).

(2) Prep.

9.

(3) In Att.

93

Que fi l'on trouve quelque reffemblance entre les Loix que ce Prince donna aux Atheniens, & celles du Peuple Juif c'eft qu'il pouvoit les avoir apprises des Ifraëlites qui avoient demeuré long-temps en Egypte ; & fi les Poëtes l'appellent

(a) Le Pays où s'établit Cecrops, comme le remarquent les Marbres de Paros, s'ap-
pelloit auparavant l'Actique, du nom d'Actéus, ou Ogygie de celui d'Ogygès: &
ce Prince lui fit porter alors celui de Cecropie.

C.

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