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s'enfuit du côté de la mer. Enée qui se ressouvint de l'Ora. cle, la suivit jusqu'à ce qu'elle s'arrêta dans un lieu fort élevé. Comme ce lieu étoit inculte & fterile, ce Prince ne comprenoit pas comment cela pouvoit s'accorder avec les promesses magnifiques de l'Oracle, lorsqu'une voix sortit du bois voisin , & lui fit entendre que c'étoit - là qu'il devoit bâtir une ville, & qu'après y avoir demeuré autant d'années que cette truye feroit de petits, les Destins lui promettoient un établirfement plus considerable. Enée obéit à la voix céleste , & commença à jetter les fondemens d'une ville qui fut appellée Lavinium, comme nous l'avons dit : le jour d'après la truye fit trente petits , ce qui fut un présage que dans trente ans il devoit bâtir une autre ville.

Cette Fable signifie apparemment qu'Enée ne put obtenir d'abord qu’un petit coin de terre stérile & couverte de bois; & que dans la suite après la défaite de Turnus & fon alliance avec Latinus , il fut en état de s'agrandir. Peut-être même que comme il étoit fort superstitieux

, il arriva que le hasard fit échapper la vi&ime, & qu'il la suivit comme un présage que

& les Dieux lui donnoient. Les mêmes Auteurs racontent encore d'autres prodiges ausquels on ne doit pas ajouter plus de foi.

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CHAPITRE VI I.

Histoire de Memnon.

I

L n'est

pas douteux, comme on le verra dans la suite de ce Chapitre, , que Memnon fils de Tithon, comme parent & allié de Priam , lui mena des troupes sur la fin du siége de Troye , & tous les Anciens qui ont fait mention de cette guerre, en conviennent. Il est vrai qu'Homeren'en parle point dans son Iliade , parce que ce Prince n'étant arrivé

que vers le milieu de la dixiéme année du siége, temps auquel étoient arrivés tous les incidens qui composent ce Poëme, il n'a pas

du

du le nommer parmi les autres alliés des Troyens. Cependant comme il a recueilli dans son Odyssée plusieurs traits qui regardent cette même guerre, il dit (1) que le fils de l'Aurore (1) Odys. 1.4. tua Antiloque fils de Nestor; ce que tous les Sçavans entendent de Memnon, par les raisons qu’on verra dans la suite, Ce même Poëte le nomme même dans le onziéme Livre, lorsqu'il fait dire à Ulysse, que de toutes les Ombres la plus belle après Memnom, étoit celle d'Eurypile. Mais il n'est pas trop-aisé de déterminer qui il étoit, & d'où il venoit , les Sçavans étant fort partagés à ce sujet ; les uns suivant les traditions Grecques , le faisant venir de Perse où son pere Tithon s'étoit retiré ; les autres d'Egypte,

soit que ce für Amenophis ou Sethos, ou quelque autre Prince qui regnoit alors : difficultés des deux côtés , moins grandes cependant, en suivant ce qu'en dit l'Histoire Grecque, qu'en s'en rapportant à ce que nous sçavons pour ce temps-là de celle d'Egypte. Pour en être convaincu , il n'y a qu'à voir l'embarras où se sont trouvés Perizonius & M. Fourmond l'aîné, qui ont examiné cet article avec beaucoup de soin.

Le premier en effet ne sçait à quel Roi d'Egypte s'arrêter pour y trouver Memnon; il semble pourtant qu'après bien des discussions, il conclud que ce Prince étoit fils de Protée, qui selon Homere, y regnoit du temps de la guerre de Troye; & que

Protée est le même que Sethos, ou le Tithon des Grecs. Mais en suivant ce sentiment, on se trouve bien-tôt dans un nouvel embarras. Pausanias parlant de la célebre Statue de Memnon, dit que c'étoit celle d'un Roi que les Egygtiens nommoient Phenomphas, ou Amenophis: or vers ce tempslà on trouve deux Princes de ce dernier nom ; sçavoir, le huitiéme & le dix-septiéme de la dix-huitiéme Dynastie des Diospolitains. Duquel des deux étoit la Statue ? Eusebe, & & après luiSyncelle, croyent qu'elle est du premier ; & Perizonius prétend tántôt que c'est du second , quelquefois il héLite , ad alterutrum ego retulerim hunc Memnonem.

D'ailleurs , & c'est encore pour notre Sçavant un second embarras, on sçait que Strabon (2) rapporte que le Memnon (2) Goog du siége de Troye écoit nommé par les Egyptiens , Ilmandès, Tome III,

Rrr

1.17.

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ou Mandès ; il faut donc qu'il trouve son Memnon dans ce Prince, ce qu'il ne manque pas de faire : mais toujours nouvelles difficultés. Diodore de Sicile nomme Maron ce Man-, dès, & affûre que ce fut lui qui fit construire le Labyrinthe: il faut donc chercher encore une fois le Memnon des Grecs, dans celui qui fit faire pendant son regne cet ouvrage qui a fait l'admiration du monde ; & comment a-t-il eu le temps d'y faire travailler , son pere Tithon étant mort dans une extrême vieillesse , & lui ayant perdu la vie au liége de Troye ? Il falloit au moins un long regne & une paix durable pour faire travailler à cet édifice, que Pline appelle, portentojisimum humani ingenii opus. Le chefdæuvre le plus

surprenant de l'esprit humain. M. Fourmond l'aîné (a), fait assez sentir la foiblesse de l'opinion de Perizonius, & que fes seules incertitudes détruisent d'elles-mêmes. En effet , ce fçavant homme ayant fait Ammemenès fils de Protée, il lui préfere ensuite Amenophis : puis il revient au premier ; & aprés bien des discours , il die la même chose que Manethon, dont il fait profession d'abandonner le sentiment. Le même M. Fourmond

prouve assez bien enfuite sous quel Roi d'Egypte Troye fut prise, persuadé qu'il faut préferer Manethon, Auteur Égyptien, à Herodote & à Diodore de Sicile ; mais trouve-t-il le Tithon des Grecs & son fils Mennon dans celui qui vivoit à Diospolis au temps du siége de cette ville ? C'est ce qu'il ne m'a pas paru prouver. D'ailleurs, & ceci regarde également tous ceux qui cherchent en Egypte le Prince qui vint au secours des Prygiens , sur quel fondement peut-on affùrer que le Roi d'Egypte de ce temps-là étoit parent & allié de Priam, & qu'il envoya du fond de la Thebaïde où il regnoit, son fils avec vingt mille hommes , au secours d'une ville si éloignée , & dont apparemment il n'avoit jamais oui parler ? Les Rois d'Egypte , surtout ceux de Diospolis qui regnoient en ce temps-là, fiers de leur puissance, de leurs forces, & de leurs richesses , méprisoient souverainement les autres Rois, & ne vouloient faire avec eux aucune comparaison. (a) Reflex. sur les Hift. des anciens Peuples, Tom. II. p. 169.

Il faut donc en revenir à la tradition des Grecs, la seule vraisemblable sur cet article. Hesiode est le premier qui l'ait employée ; Pindare la fit valoir dans la suite , & Ovide y a ajouié de nouveaux traits de la façon. Il est vrai qu'elle est accompagnée dans ces Poëtes de plusieurs Fables, mais ces fi&tions ne sont pas des énigmes impénétrables, ainsi qu'on le verra à mesure qu'elles se presenteront.

Reinerus Reinecius, dans son sçavant Ouvrage sur les anciennes familles (1), croit que Tithon étoit fils de Tros, & (2) Tom. III. frere de Laomedon, & il préfere ce sentiment à celui d'Ho de Trojan. mere , suivi en cela par Apollodore, Ovide & Higyn , qui rio. p. 13. prétendent qu'il avoit pour pere Laomedon, & qu'il étoit par conséquent frere de Priam. Tithon peu content de son appanage, & son frere Laomedon qui avoit succédé à Tros fon pere, ne lui donnant pas apparemment beaucoup de part au Gouvernement, il n'avoit d'autre occupation que la chalse qu'il aimoit éperduement. Devançant tous les matins le lever du Soleil pour aller dans les bois tendre ses toiles, on dit par une métaphore assez naturelle qu'il étoit amoureux de l'Aurore ; & comme par quelque chagrin dont nous ignorons la cause, il abandonna la Phrygie pour se retirer à Suse où regnoit alors Teutame, il en fut reçû favorablement, le Royaume de Priam relevant alors du Roi de Perse.Cette retraite donna lieu à une seconde fiction. On publia que l'Aurore avoit enlevé Tithon ; fable à laquelle donnerent lieu sans doute , ce que nous venons de dire de son amour pour la chasse, & sa retraite dans un pays qui étoit à l'orient de la Phrygie.

Teutame procura à Tithon un bon établissement dans ses Etats , & lui fit épouser Ida , dont il eut Memnon; & comme l'exercice du corps, quand il n'est point outré, est trèspropre à fortifier le temperamenr & à faire jouir d'une bonne santé, Tithon ne mourut que dans une extrême vieillesse. Nouvelle fi&tion encore : on publia que son Amante l'avoir changé en Cigale, soit pour nous apprendre qu'il avoit vêcu long-temps; car , suivant l'opinion populaire, on croit que cet insecte, semblable au Serpent , rajeunit tous les ans, en changeant de peau; soit pour nous marquer que

par. Tony

suivant l'usage ordinaire des vieillards , il l'imitoit
cacquet.

Memnon conduisit à Troye dix mille Perfans, & autant
d'Ethiopiens, avec un grand nombre de chariots. Il étoit parti,
selon Pausanias , non du fond de l'Ethiopie, mais de la ville de
Suse en Perse, & des bords du fleuve Choaspes; & son voya-
ge étoit si sûr que les Phrygiens montroient encore du temps
de cet Auteur, la route qu'il avoit tenue , ses marches, &
ses divers campemens. Nous apprenons le même fait de la
plậpart des Anciens , & en particulier de Diodore de Sici-
le, de Quintus Smyrneus , & d’Ausone. Ce Prince se distin-
gua
d'abord

par

sa bravoure, & fit un grand carnage de tous les Grecs qu'il rencontra. Il tua Antiloque qui étoit accouru au secours de son pere Nestor , prêt à succomber fous ses coups , & lui fauva la vie aux dépens de la sienne. Homere qui ne parle point de Memnon dans son Iliade , comme je

l'ai déja remarqué, n'a pas oublié ce trair d'Histoire dans son (1) Odyk. Odyssée (1).Ce Poëte après avoir dit que le discours deMene1. 4. v. 187.

las au sujet d'Ulysse avoit fait répandre des larmes à tous ceux qui étoient presens, ajoute : Le fils du Sage Neftor Pyliftrate ne demeura pas seul insensible;fon frere Antiloque,que le vaillant fils de l'Aurore avor tué dans le combat, lui revini dans l'esprit, & à ce souvenir , le visage baigné de larmes, il dit à Menelas, &c.

Nestor inconsolable de la mort de son fils , qui s'étoit fi généreusement dévoué pour lui, engagea Achille de le venger ; & ce jeune Heros ayant attaqué Memnon, le tua enfin après un rude combat , que Quintus Smyrneus décrit dans un grand détail. On lui fit de superbes funerailles. Selon quelques Anciens, on porta ses cendres en Perse, pour confoler son pere qui vivoit encore (a), quoiqu'il soit plus vraisemblable que

fur brûlé, & ses cendres mises dans un tombeau sur le rivage de Troye; & que le tombeau que Strabon dit qu'il avoit dans le Suliane, n'étoit qu'un simple Cénotaphe qu'on y avoit élevé à fon honneur. Ce combat

son corps

(a) La mort d'Aatiloque & le combat de Memnon avec Achille , sont représentés dans la Table Iliaque , & l'étoient aufli , selon Pausanias, fur un ouvrage de Ba. thycles.

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