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• Roi d'Assyrie, qui lui donna le gouvernement de la Sulia. w ne. Il s'y maria étant déja vieux : & parce que la femme

étoit d'un pays situé à l'orient de la Grece & de la Troade, les Grecs qui tournoient toute l'Histoire en fi&ions, dirent

qu'il avoit épousé l'Aurore. Memnon & Emathion sortirent » de ce mariage : la guerre étant ensuite survenue , Priam de

manda du secours à Teutame, ou du moins à quelque auo tre Roi d'Affyrie , qui lui accorda vingt mille hommes, » & deux cens chariots de guerre. Diodore dit que ce se> cours éroit composé de dix mille Ethiopiens, & de dix mille

Susiens, revenant à l'erreur vulgaire , & confondant le Chus d'Ethiopie avec le Chus de la Susiane. Pour rendre ce se» cours plus utile , Teutame en donna le commandement à

Memnon, jeune Prince de race Troyenne, & qui par cette » raison s'interessoit à la conservation de Troye. Il retint Ti, * thon auprès de lui, à cause de la prudence qui le lui rendoit nécessaire dans ses conseils , & à cause de son âge trop 2 avancé pour cette expédition. Memnon trouva de la résifso tance dans sa route. Les Solymes , qui depuis ont été nom

més les Pisidiens, voulurent lui disputer le passage; mais il

les défit, & tout ce qui s'opposa à lui. Il nettoya les passa»ges, & repara les chemins, & merita par cette longue &

dangereuse marche, que ce chemin portât son nom , & fut appellé Memnonien. Il foutint devant Troye les efforts des

Grecs avec beaucoup de valeur ; mais enfin il fut tué par Aschille. On parle diversement du lieu de sa sépulture :car fans s rien dire de Philostrate , qui veut qu'il n'ait point eu de fe» pulcre, & qu'il fut changé en cette pierre miraculeuse, la

Troade, la Phenicie & la Sufiane se le disputent, & sur» tout l'Ethiopie , quoiqu'elle n'ait point d'autre droit à fa se* pulture , non plus qu'à sa naissance, que celui que lui donne l'équivoque du mot Chus. Mais malgré l'obfcurité que cette

équivoque a jettée dans cette Histoire , Philoftrate, Geor»ge Syncelle, c'est-à-dire, le Coadjuteur de l'Eglise de Con

stantinople, & Suidas qui avoit lû & copié de bons Auteurs, e quoique souvent peu judicieusement, n'ont pas laissé de rendre témoignage à la verité; le premier en disant

que Memnon

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l'Ethiopien, c'est-à-dire, Amenophis, n'est jamais venu à » Troye, & qu'on l'a confondu mal à propos avec Memnon » le Troyen, ne comprenant pas comment Memnon auv

roit pu amener de si loin du secours aux Troyens, ni même - par quelle avanture Tithon se seroit allé établir en Ethiopie,

& s'en seroit fait Roi : le second , en distinguant exacte» ment Amenophis Roi de Thebes d’Egypte, qui est aussi ap

pellé Memnon, d'avec la pierre parlante de Memnon fils ► de Tithon , qu'il met au nombre des Rois d'Assyrie : & » Suidas, en affûrant que Memnon n'étoit point Ethiopien, a mais Susien. Pausanias , quoique d'un esprit fort pénétrant ,

n'a débrouillé qu'à demi cette confusion; disant que Memo non l'Ethiopien ne vint pas d'Ethiopie à Troye, mais de

Suse. Eustathe & le Scholiaste de Pindare, qui porte le nom » de Triclinius, écrivent que Memnon & Emathion son frere » étoient seuls blancs au milieu de ces Ethiopiens , quoique » Virgile & les autres fassent Memnon noir. Cette remarque » confirme ma pensée:car quoique les Poëtes & les Roman» ciers se soient donné la liberté de feindre qu'Andromede &

Chariclée étoient nées blanches parmi les noirs, néanmoins » cela est si singulier dans le cours ordinaire de la nature, » qu'il y a bien plus de raison de croire

que

Memnon étoir w blanc, parce qu'en effet il n'étoit point Ethiopien.

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CHAPITRE VII I.

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Histoire d'Eurypile.
Armi les Alliés des Troyens , Eurypile doit tenir un

rang considerable, autant par fa naissance que par ses belles qualités , qui lui meriterent le nom de Heros de la part même des Grecs ; car Ulysse, qui vit fon Ombre lorsqu'il defcendit aux Enfers, lui donne cette qualité.

Il étoit fils de Telephe , & petit-fils d'Hercule; & du côté de fa mere Astioche, four de Priam, il tiroit fon origine du fang des Rois de Troye.

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Ce Prince étoit un des plus beaux & des mieux faits de son temps ; mais ce n'étoit pas de ces beautés effeminées , puisqu'aux qualités personnelles dont la nature l'avoit favorisé, il joignoit beaucoup de courage & de valeur. Nous apprenons en effet de Quintus Smyrneus, & on le voit sur la Table Iliaque, qu'il ôta la vie à Nireus, fils du Roi Charofi,

& d’Aglaia , qui avoit amené de Synna ses troupes sur trois
(1) II. liv. 2. Vaisseaux, ainsi que le dit Homere (1), & après un rude com-
.

&
bat , il tua aussi Machaon fils d'Esculape , qui vouloit venger
la mort de Nireus.

Comme il n'arriva au siége de Troye qu'à la fin de la di-
xiéme année, il n'est pas étonnant qu'Homere n'en ait point
parlé dans son Iliade; mais il ne l'a pas oublié dans l'Odyf-

sée, comme je l'ai déja remarqué. Voici de quelle maniere (2) Odyfl. parle Ulysse à Alcinoüs (2), à l'occasion de ce que fit Neopliveira viszo. toleme lorsqu'il fut arrivé du siége de Troye , après la more & luivans.

de son

pere. « Ne croyez pas qu'il se tint au milieu des bao taillons ou des escadrons; il dévancoit toujours les troupes * & voloit le premier à l'ennemi.... Il a tué de sa propre » main une infinité de vaillans hommes dans la sanglante mê= v lée. Je ne sçaurois vous nommer ici tous ceux qui sont tomo bés sous ses coups ; je vous dirai seulement que c'est à lui » que nous devons la défaite du Heros Eurypile, & de ses troupes qui se firent toutes tuer autour de son corps. Ces

. belliqueuses bandes de Céréens étoient venues à cette guer- re, attirées par des presens, & par l'espérance d'épouser des „femmes Troyennes ; leur Général devoit être gendre de » Priam. Je n'ai jamais vù un si beau Prince; il n'y avoit que Memnon qui fût plus beau que lui.

Cet endroit d'Homere nous apprend bien des circonstances de l'Histoire de ce Heros que nous ignorerions sans lui. Que ce Prince étoit un des plus beaux de son temps ; qu'il combatit vaillamment au siége de Troye, qu'il fut tué par Pyrrhus ou Neoproleme fils d’Achille ; qu'il avoit conduit à ce siége les Cétéens sur lesquels fans doute il regnoit. Les Cétéens , au reste, habitoient la Mysie , partie de l'Asie mineure qui étoit proche du feuve Caïque. C'est ce que nous

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apprend Quintus Smyrneus (1) lorsque parlant de l'arrivée (1) Liv. a d'Eurypile

au siége de Troye, il dit qu'il étoit suivi des belli- v. 121. queux Céréens qui habitoient sur les rivages du Caique; ou, pour parler plus juste, sur les bords du Cerius , autre feuve voisin du Caique, ainsi que le prouve une Médaille rapportée par Spanheim, & frappée à Pergame, du temps de l'Empereur Adrien. Que si on demande pourquoi les Pergameniens firent cette Médaille, c'est, comme le dit ce sçavane Antiquaire , après Aristide,

parce que ce peuple mettoit au nombre de ses fondateurs Telephe pere d'Eurypile. Les Pergameniens, pour flatter Adrien , avoient représenté sur cette Médaille ce Heros sous la ressemblance , & avec les mêmes traits qu'Antinoüs.

Nous apprenons encore du passage d'Homere qu'Eurypile étoit venu au siége de Troye dans l'espérance de devenir gendre de son oncle Priam , qui lui avoit promis sa fille Caffandre en mariage. Enfin, que les Céréens ses sujets, qui se firent tous tuer autour de leur Roi, avoient été attirés au même siége dans l'espérance d'épouser des femmes Troyennes; car c'est ainsi que s'exprime Madame Dacier , quoique le texte d'Homere

porte
seulement : Ses

compagnons Céréens Se firent tuer antour de lui , pour des presens de femmes.

Strabon qui a rapporté dans sa Géographie ce passage d'Homere, en parle ainsi : Homere nous propose plutôt ici une Enigme , qu'il ne nous expose un point d'histoire clair & net. Car nous ne sçavions ni quels peuples c'étoient que ces Céréens, ni ce qu'il faut entendre par ces presens de femmes ; & les Grammairiens en nous débitant leurs fables , nous débitent leurs imaginations bien plus qu'ils ne tranchent la difficulé

. Il y a donc là deux énigmes au lieu d'une. La premiere consiste à sçavoir qui étoient ces Cétéens qu'avoit emmenés Eurypile au fiége de Troye. La seconde, ce qu'on doit entendre par ces presens de femmes. Mais la premiere n'est plus un énigme : on sçait , & je l'ai déja prouvé par l'autorité de Quintus Smyrneus, auquel on peut ajouter Hesychius , que c'étoient des peuples de la Mysie qui habitoient aux environs du Caïque, & que c'étoit-là que Telephe pere d'Eurypile s'étoit établi. Strabon en con

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P. 379,

vient, & dit que c'est le sentiment d'Homere. Ce même Auteur aussi convient qu'un torrent qu'on nommoit le Cérée, se jettoit dans le Caique, pourquoi donc n'a-t'il pas voulu comprendre que les peuples qui habitoient aux environs, pou

voient s'appeller les Céréens ? Madame Dacier dans ses No(1)Tom. II. tes sur l'Odyssée (1), a tâché d'expliquer la seconde difficul

té ; mais pour ne rien dissimuler, elle n'a pour son opinion que Dictys de Crete, dont l'autorité n'est pas généralement reconnue. Cet Auteur croyoit qu'il s'agissoit dans le passage d'Homere des presens que Priam avoit envoyés à la saur Astioche, pour l'engager à faire venir son fils à son secours, en promettant de plus à son neveu de lui faire épouser sa fille. On met parmi ces presens une vigne d'or, qu’on dit que Jupiter avoit donnée autrefois à Tros. Quoiqu'il en soit, il paroît que Priam pressé par ses ennemis, avoit attiré à son

fecours plusieurs Princes en leur promettant sa fille Cassan(2) Æn. 1. 2, dre. Virgile (2) nous apprend que Corebe y étoit venu dans

ce dessein, & Homere dit la même chose du Thrace Othrionée.

CHAPITRE IX.

Histoire de Laocoon.

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par sa naissance, par la dignité , autant que par

la triste avanture qui termina ses jours, avanture que Virgile décrit si bien dans le Livre II. de l’Eneïde, & qui est représentée sur un des plus beaux monumens qui nous restent de l'Antiquité, merite bien un Article feparé. Les Anciens qui ne s'accordent pas au sujer de la famille dont il tiroit

fon origine, conviennent tous cependant qu'elle étoit illuftre. (3) Fab. 135. Hygin (3) dit qu'il étoit fils d'Acotès , & frere d'Anchise.

Les Commentateurs de ce Mythologue ont cru, avec raison, qu'il y avoit faute en cet endroit , & que si Laocoon étoit frere d'Anchise , il falloit substituer au lieu d'Acærès,

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