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Capys, qui de l'aveu de tout le monde, étoit

pere

de ce Prince Troyen. Prêtre d'Apollon, le fort lui avoit déferé ce mê. me honneur pour Neptune, comme nous l'apprenons de Virgile (a), & c'étoit en qualité de Prêtre de ce Dieu qu'il immoloit un Taureau sur le bord de la mer, le jour qui préceda la prise de Troye. Pendant que les Troyens étoient attentifs à considerer le cheval de bois que les Grecs avoient laissé dans leur Camp, Laocoon sortit de Troye, & après avoir vainement tenté de leur persuader de se défier d'un pareil present , qu'ils ne devoient regarder que comme une machine dont le vaste fanc cachoit leurs ennemis, ou qui serviroit à battre leurs murailles , il lui lança fon javelor, qui la fic retentir d'un bruit confus.

Cette action fut regardée de tout le monde comme une impieté, & on en fut encore bien plus persuadé , lorsque dans le temps même que ce Prêtre offroit le sacrifice dont je viens de parler , deux affreux Serpens for tis de l'Isle de Tenedos , selon Virgile, ou de celle de Calydne , fi nous nous en rapportons à Bacchilidès cité

par Servius ; après avoir traversé le bras de mer qui separe ces Illes de la Troade , allerent droit à l'Autel où sacrifoit Laocoon , se jetterent sur les deux fils, qu'Hygin nomme Antiphate & Tymbræus (6); & après les avoir déchirés impitoyablement, failirent Laocoon lui-même qui venoit à leur secours , & le firent péris miserablement (c).

C'est cetre avanture qui a donné lieu au chef-d'oeuvre de Sculpture qui la représente. Cet admirable Grouppe , ouvrage, selon Pline de trois célebres Sculpteurs de l'Ile de Rhodes , Agesander , , Polydore, & Athenodore , fait d'un seul bloc de marbre, étoit du temps de cet Auteur dans le Palais de l'Empereur Tite , & est aujourd'hui dans les Jardins du Belveder (d).

(a) Laocoon dultus Neptuno forie Sacer- | par-là de ce que Laocoon s'étoit marić, dos. Æn. lib. 2.

contre la défense expressequ'il lui en avois (6) Theslander dans Servius les appel | faite. le Melanthus & Ethrone.

(d) Leocoon qui efl in Titi Imperatoris (c) Hygio auribue cette triste catastro- domo , opus omnibus & pilluræ satilaphe à la colere d'Apollon, qui le rongea Iriæ artis præferendum. Éx uno lapide, cum

Il n'est pas difficile à ceux qui en ont vû l'original , ou la belle copie , qui est en bronze à Trianon , de s'appercevoir que ce groupe est fait sur la description de Virgile, dont il rend parfaitement l'efprit & l'expression. Mais je dois observer que les Traducteurs de ce Poëte , le dernier même qui est si élegant, n'ont

pas

rendu de même toute la pensée, s'étant contentés de dire que les deux Serpens par leurs replis tortueux, avoient embrassé deux fois le corps de Laocoon , & deux fois son col, & ont laissé ce qu'il ajoute , & ce qui en même temps met le dernier trait à ce beau Tableau , superant capite de cevicibus altis, il falloit donc dire que malgré ces differens replis, ils s'élevoient encore au-desus de Laocoon de toute la tête, er de toute la partie superieure de leur corps. & liberos , draconumque mirabiles nexus , | Agefander, Polydorius & Athenodorus Rhas de consilii sententia fecere summi artifices | dii. Plin. lib. 36.ç. s.

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Histoire de Paris , d'Helene , de Menelas , don d'Oenone,

ECUBE étant grosse, eut un songe funeste : il lui sem-
bloit qu'elle portoit dans son sein

un flambeau qui devoit embraser un jour l’Empire des Troyens. Les Devins consultés sur ce rêve, dirent que le fils que cette Princesse mettroit au monde , seroit la cause de la désolation du Royaume de Priam. Ainsi la Reine étant accouchée, on le fit exposer sur le mont Ida, où quelques Bergers le nourrirent. Alexandre (c'est le nom qu'il porta d'abord (a) ) devenu grand , se rendit fameux parmi ses compagnons , & devint amoureux d'une belle Bergere nommée Enone, fille du feuve Cedre ne; c'est-à-dire d'un petit Roi de cette Contrée , qui donna son nom à ce fleuve, & en eut un fils d'une extrême beauté

(a) Ce nom qui est dérivé d'un mot Grec qui veut dire , défendre, secourir, lui fut donné par les Bergers du mont Ida, à cause du courage qu'il avoit fait paroitre à défendre les troupeaux. On croit qu'il avoit porté auparavant celui d'Elacus.

nomme

hommé Corythe. Enone jalouse de Paris qui avoit enlevé Helene , comme je le dirai dans un moment, l'envoya à Troye, lui recommandant de voir assidument fa rivale ; & le jeune homme s'acquitta si bien de cette commission, que Paris en prit de l'ombrage; & étant entré un jour dans l'appartement de sa femme, & le trouvant assis auprès d'elle, le tua dans un transport de colere. Enone outrée de ce nouvel attentat , fit mille imprécations contre son amant ; & comme elle pénétroit dans l'avenir , & qu'elle avoit quelque connoissance des plantes, & de l'usage qu'on en peut faire dans la Medecine, presens qu'on disoit qu'elle avoit reçus d'Apollon qui en avoit été amoureux, elle prédit que l'infidele Paris seroit blessé un jour ; mais que vainement il auroit recours à elle, comme je le dis ailleurs (a).

Pendant ce temps-là il arriva une avanture qui fit connoître Alexandre : un des fils de Priam lui ayant enlevé un taureau, pour le donner à celui qui remporteroit le prix dans les Jeux funebres qu’on devoit célebrer à Troye , il y alla lui-même, combattit contre ses freres, & les vainquit (1). (4) Hygin, Déiphobe, ou selon d'autres , Hector voulut le cuer, mais Alexandre ayant montré les langes avec lesquels il avoit été exposé (2), fút reconnu par Priam qui le reçut avec beaucoup (2) Servius de joye; & croyant que l'Oracle qui avoit prédit que son fils fur le cinquiécauseroit la perte de son Royaume, avant qu'il eût l'âge de

de. trente ans, étoit faux, puisqu'il les avoit accomplis, il fut conduit au Palais, & on lui donna le nom de Paris.

Quelque temps après, son pere l'ayant envoyé en Grece, sous

pretexte de sacrifier à Apollon Daphnéen, mais en effet pour recueillir la succession de sa tante Hesione , il devine amoureux d'Helene , l'enleva, & attira sur sa patrie cette fanglante guerre dont nous venons de parler , dans laquelle il perdit la vie. On dit qu'Enone lui ayoit prédit toutes les circonstances de sa vie , & qu'il viendroit mourir un jour entre ses bras; ce qui arriva : car se voyant blessé, il se fit porter

(a) Coron, narr. 23. raconte ainsi la mort du jeune Corythe, & il n'est pas le seul des Anciens qui parle de ce fils de Paris & d'Oenone. Parthenias, qui cite à ce sujet les Troiques d'Hellanicus , Lycophron & fon Commentateur, Tzetzès en font aus mention. Tome III.

Itt

Fab. 91.

d'ailleurs prompt

sur le mont Ida pour la prier de le guerir; mais tous ses remedes furent inutiles : la playe que lui avoit faite une des fleches empoisonnées d'Hercule , dont Philoctere l'avoit blessé, étoit mortelle. La malheureuse Enone mourut de regret de la perte de cet infidele Amant.

Paris au reste, si nous en croyons Darès Phrygien qui l'avoit vû (a), étoit un fort bel homme; il avoit le teint blanc, les yeux beaux, la voix douce , & la taille belle : il étoit

prompt, hardi, courageux & vaillant, comme Homere le dit en plusieurs endroits. Il blessa Diomede , Machaon, Menelas, Antilochus , Palamede, & tua Achille; & si celui-ci , & quelques autres Chefs de l'armée des Grecs, lui reprochent quelquefois sa beauté , & lui disent qu'il étoit plus propre à faire l'amour que la guerre , c'est un effet de leur emportement. Disons maintenant un mot d'Helene.

Helene étoit fille de Tyndare Roi de Sparte, & de Leda: on sçait ce qu'on doit penser de sa naissance, & de la Fable qui la fait passer pour fille de Jupiter. Comme cette Princesse étoit extrémement belle, Thesée l'enleva à l'âge de sept ans, suivant quelques Auteurs, ou de dix, selon d'autres, & la mit entre les mains de fa mere Æthra , à Aphidnès. Ses freres l'ayant délivrée, elle fut recherchée en mariage par plusieurs Princes qui s'assemblerent à Sparte, c'est-à-dire de toute la Noblesse du pays, dans un temps fi fécond en Heroïsme: Ulysse fils de Laerte, Diomede fils de Tydée, Antiloque fils de Nestor , Agapenor fils d’Ancée , Sthenelus fils de Capanée, Amphiloque, Thalphius , Mnefthée, Ajax fils d'Oilée, Ascalaphe fils de Mars, Elpenor , Eumele fils d'Admete. Polypete fils de Pyrithoüs, Podalire & Machaon fils d'Esculape, Philoctete, Eurypile, Protesilas , Ajax & Teucer fils de

Histoire d'Helene.

(a) Deftruâion de Troye. Corn. Nep. , comme ils le disent. Jamais deux Auteurs & Dion. Chryfoft. disent la même chose.

ne

parurent avec plus de marques de supJ'avertis une fois pour toutes que lorro polition ; mais comme ils sont incontestaque dans cette Histoire de la prise de Troye blement anciens ; c'est-à-dire , du troisié& des circonstances qui accompagnent cet me ou quatriéme fiécle, & qu'ils paroisévénement, je cite Darès Phrygien & Dy- sent avoir lû des ouvrages que nous n'a &ys de Crete, ce n'est pas que je croye vons plus, j'ai cru se devoir pas mépris qu'ils ayeat allisté à la prise de cette ville, I ler leur autorité.

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Telamon, Patrocle fils de Menecée , & Menelas fils d'Atrée;
en un mot, presque tous les Princes qui se trouverent dans la
suite à la guerre de Troye, & qui étoient les enfans de ceux
qui avoient allifté à la conquête de la Toison d'or, ou à la
guerre de Thebes, disputoient , selon Apollodore (1), cette (1) Liv. 3.
belle conquête qui devoit un jour donner la couronne de Spar-
te à son vainqueur.

Tyndare étonné de voir tant de concurrens demander sa
fille, craignit que s'il en preféroit quelqu'un , les autres n'ex-
citassent quelque sedition ; mais Ulysse qui ne se croyoit pas
assez puissant pour être preferé aux autres , & qui étoit venu
à Sparte, plus par politique que par amour, l'affûra qu'il le ti-
reroit d'affaires, s'il vouloit contribuer à lui faire épouser Pe-
nelope: ce Prince le lui ayant promis, Ulysse dit qu'il falloit
faire prêter serment à tous ces rivaux, que quand il auroir
donné fa fille à l'un d'eux, ils se joindroient à celui qu'il auroit
choisi, pour le défendre contre ceux qui voudroient la lui dif-
puter. Lorsque Tyndare eut exécuté le conseil du prudent
Ulysse, il se détermina en faveur de Menelas , frere d’Aga-
memnon qui avoit déja épousé Clytemnestre son autre fille.

Les commencemens de cet Hymen furent très heureux ; & même son avanture avec Paris, que nous avons ci-devant rapportée , n'éteignit pas entierement la passion de Menelas pour elle , puisqu'après la ruine de Troye, cette perfide lui ayant indignement livré Déiphobe qu'elle avoit épousé après la mort de Paris , il fut assez bon pour croire que ce sacrifice étoit une marque de tendresse (a), & se reconcilia avec elle, quoique quelques Auteurs n'en conviennent

Après la mort de ce Prince, ou si nous en croyons Pausanias (2), pendant qu'il erroit encore, Megapenthe & Nico- (2) In Lacond strate ses fils naturels la chasserent , & elle fut obligée, selon

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pas (6).

(a) Egregia interea conjux arma omnia rectis

Amovet, dy fidum capiti fubduxerat ensem.
Intra reita vocat Menelaum, elimina pandit ;
Scilicet id magnum Sperans fore munus amanti ,

Es famam veterum extingui sic polle malorum.
(b) Pausanias , liv. 5. fait mention d'une Statue de Menelas, qui poursuit Helene
l'épée à la main ; & Euripide dans la Troade , la fait fort quereller par son mari.

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