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auffi féroce que carnaffier. Lycaon avoit été d'abord fort cheri de fon peuple, à qui il apprit à mener une vie moins fauvage que celle qu'il menoit auparavant.

Suidas raconte la Fable du repas dont on vient de parler, fuivant une tradition qui paroît elle-même une nouvelle fable. Lycaon, dit cet Auteur, pour porter fes fujets à l'obfervation des loix qu'il venoit d'établir, publioit que Jupiter venoit le vifiter souvent dans fon Palais, fous la figure d'un étranger.Pour s'en éclaircir fes enfans,dans le moment que leur pere alloit offrir un facrifice à ce Dieu, mêlerent parmi les chairs des victimes, celle d'un jeune enfant qu'ils venoient d'égorger, perfuadés que nul autre que Jupiter ne pourroit s'en appercevoir: mais une grande tempête s'étant élevée avec un vent orageux, la foudre réduifit en cendres tous les auteurs de ce crime; & ce fut, dit-on, à cette occafion que Lycaon: inftitua les Lupercales.

Suivant Paufanias (1), les defcendans de Lycaon s'établirent (1) March dans l'Arcadie & dans les Provinces voisines, où ils bâtirent plufieurs villes: mais j'en ai déja parlé dans le commencement de ce Volume,à l'occafion des Colonies de la Grece. L'Auteur que je viens de citer paroît, à mon avis, trop crédule fur l'article de la métamorphofe de Lycaon en loup.

« La chofe, dit-il, n'eft pas incroyable; car outre que le » fait paffe pour conftant parmi les Arcadiens, il n'a rien con»tre la vraisemblance. En effet, les premiers de ce pays étoient » fouvent les Hôtes & les Commenfaux des Dieux : c'étoit la récompenfe de leur juftice & de leur pieté : les bons étoient donc honorés de la vifite des Dieux, pendant que les méchants éprouvoient fur le champ leur colere. De- là vient 50 que les uns furent alors déïfiés par la raifon contraire on peut bien croire que Lycaon prit la figure d'une bête, com» me Niobé celle d'un rocher ».

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Après la mort de Lycaon Nyctimus, l'aîné de fes fils lui fucceda, pendant que fes freres allerent chercher fortune en differens endroits, ainsi que je l'ai dit dans l'endroit que j'ai déja cité.

Comme Arcas fils de Califto monta fur le trône après Nicti

Arcas &

Calitto.

mus & eut plufieurs defcendans, il y a apparence que l'Hiftoire d'Arcadie, ne faifoit aucune mention de la fable racontée par Ovide, qui dir que ce Prince encore fort jeune fut enlevé dans le ciel avec fa mere, que Junon avoit changée en ourse, dans le temps qu'il alloit la percer d'un coup de fléche.

CHAPITRE III

Hiftoire de Narciffe, d'Echo, de Pyrame & de Thisbé.

ARCISSE, né à Thefpie ville de Béotie, comme nous l'apprend Conon (1),étoit un jeune homme d'une grande beauté, & paffoit pour être le fils de Cephife; c'eft à-dire fans doute, du Prince qui donna fon nom à cette riviere. Amoureux de fa figure, qu'il avoit vûe dans une fontaine, il fut fi long-temps à la confiderer, ne comprenant pas que ce qu'il voyoit n'étoit autre chofe que fon ombre, qu'il fe laissa confumer d'amour & de defir: c'eft ainsi qu'Ovide raconte cette (2) In Béot. Fable; mais Paufanias (2), quoique d'ailleurs affez crédule, dit que c'eft un conte fair à plaifir. « Car quelle apparence, » dit-il, qu'un jeune homme foit affez privé de fens, pour » être épris de lui même comme on l'eft d'un autre, & qu'il

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ne fcache pas diftinguer l'ombre d'avec le corps? Auffi y at'il une autre tradition, moins connue à la verité, mais qui a pourtant fes partifans & fes auteurs. On dit que Narciffe avoit » une four jumelle qui lui reffembloit parfaitement : c'étoit ❤même air de vifage, même chevelure, fouvent même ils » s'habilloient l'un comme l'autre, & chaffoient ensemble. Narciffe devint amoureux de fa foeur, mais il eut le malheur de la perdre. Après cette affliction, livré à la mélancolie, il venoit fur le bord d'une fontaine, dont l'eau étoit comme un » miroir, où il prenoit plaifir à fe contempler, non qu'il ne fçût bien que c'étoit fon ombre, mais la voyant il croyoit voir fa foeur, & c'étoit une confolation pour lui.... Quant à ces fleurs qu'on appelle des Narciffes, fi l'on en croit

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Pamplus

(1) Narr. 24.

دو

Pamplus, elles font plus anciennes que cette avanture, car long-temps avant que Narciffe le Thefpien fût né, ce Poëte » a écrit que la fille de Cerès cueilloit des fleurs dans une prairie, lorfqu'elle fut enlevée par Pluton, & felon Pamplus les » fleurs qu'elle cueilloit, & dont Pluton fe fervit pour la trom» per, c'étoient des Narciffes & non des violettes >>. Peut-être, après tout, que le genre de mort de Narciffe, n'eft fondé que fur fon nom même, qui eft dérivé d'un mot grec qui veut dire, être engourdi, fans fentiment, d'où les remedes affoupiffants, font appellés narcotiques. Je dis le genre de mort, car le fond de l'Hiftoire eft vrai. Comme ce jeune homme n'avoit marqué que du mépris pour toutes les perfonnes qui avoient conçu de la tendreffe pour lui, on dit que c'étoit l'Amour lui-même qui s'étoit vengé de fon indifferen

en le rendant amoureux de lui-même; & Ovide toujours porté au merveilleux, a fuivi cette hiftoire du côté qui lui en fourniffoit. Elle eft contée plus naturellement par Conon, de même que par Paufanias. On dit que depuis cette avanture les Thefpiens honorerent l'Amour d'un culte particulier.

Il falloit que ce jeune homme füt deftiné à n'avoir que des Echo. phantômes pour objets de fes paffions, & de celles qu'il inf piroit, puifqu'Ovide ajoute à ce que nous venons de dire, que la Nymphe Echo étoit devenue amoureufe de lui, & que fes mépris l'obligerent à fe retirer dans le fond des antres & des rochers, où elle ne conferva que la voix; fable phyfique, qui ne mérite pas d'attention.

Thisbé.

Celle de Pyrame & de Thisbé, qu'Ovide raconte dans le Pyrame & Livre quatre de fes Métamorphofes, renferme un de ces faits particuliers que les paffions n'amenent que trop fouvent dans le monde. On croit que ces deux Amans, dont les parens ne s'aimoient pas, fe donnerent rendez-vous fous un meurier qui étoit hors de la ville. Thisbé y arriva la premiere, & ayant été obligée de fe cacher à la vûe d'un lion, fon écharpe qu'elle laiffa tomber, fut enfanglantée par cet animal, ce qui ayant fait croire à Pyrame qui arriva un moment après, qu'elle avoit été dévorée, il se tua de regret. Thisbé revenue fur fes pas, & ayant bien jugé en voyant fon écharpe, que Tome III. Yyy

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(1) Fab. 212.

Daphnis changé en rosher.

Hemus & Rhodope changés en Montagnes.

Le même Poëte raconte que la Nymphe de la fontaine Sal macis ayant voulu embraffer Hermaphrodite, fils de Mercure & de Venus (a), qu'elle aimoit, lui fit changer de fexe; fur quoi les Mythologues ont débité bien des rêveries: voici ce qui a donné lieu à cette fable. H y avoir dans la Carie, près de la ville d'Halicarnaffe, ainfi que nous l'apprennons de Vitruve, une fontaine qui fervit à humanifer quelques Barbares, qui ayant été chaffés par la Colonie que les Argiens établirenr dans cette ville, furent obligés d'y venir puifer de l'eau ; & ce commerce avec les Grecs les rendit non-feulement très-polis, mais les fit donner dans le luxe de cette Nation voluptueufe; & c'est ce qui donna à cette fontaine la réputation de faire changer de fexe. L'on pourroit penser encore que l'eau de cette fontaine amolliffoit le courage, & rendoit effeminés ceux qui en bûvoient, comme il y en a d'autres (2) Synt. 5. qui rendent ftupides ou furieux. Lylio Giraldi (2) prétend que cette Fable tire fon origine de ce que cette fontaine étant enfermée de murailles, il s'y paffoit de temps en temps des avantures qui lui donnerent cette réputation; mais comme ce

Salmacis.

2.7

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fon Amant ne s'étoit tué que parce qu'il l'avoit crue morte, fe perça le sein du même glaive. Cet évenement, au reste, ne se trouve que dans Ovide & dans Hygin (1).

Ovide parcourt quelquefois en paffant, plufieurs traits femblables, qui paroiffent ifolés. Celui d'un certain, Daphnis qu'il ne défigne point autrement, changé en rocher pour avoir été infenfible aux charmes d'une jeune Bergere, eft cependant fondé, dit-on, fur ce que fa femme, pour s'en faire aimer, lui donna quelque breuvage qui le rendit ftupide.

La Métamorphofe d'Hemus, Roi de Thrace, & de fa femme changés en montagnes, pour avoir voulu fe faire adorer fous les noms de Jupiter & de Junon, nous apprend que Fimpieté de ce Prince & de fa femme fut punie, & qu'ils périrent peut-être l'un & l'autre dans les montagnes, où le peuple indigné de les voir s'égaler aux Dieux, les avoit obligés, de fe retirer.

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(a) Hermaphrodite eft un mot compofé d'Hermes, qui en grec veut dire Mercure; de Aphrodite, qui eft le nom de Verus...

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Mythologue ne prouve point fa conjecture, il vaut mieux
rapporter la réflexion de Strabon, qui dir qu'il ne fçait pas
pourquoi cette fontaine étoit en fi mauvaise réputation, puif-
que la moleffe vient moins de l'air ou de l'eau, que des richef-
fes & du luxe. Cette Fable eft écrite par notre Poëte d'une ma-
niere qui n'expofe que trop clairement les effets de la volupté,

liv. 4.

A ces métamorphofes le même Poëte joint celle de Celme, Celme. lequel, dit-on, (1), fidele à Jupiter pendant fon enfance, de- (1) Metam. vint à la fin fi indifcret, qu'il mérita d'être changé en diamant. Pline qui a regardé cette Fable comme un trait d'Hiftoire, dit que Calme étoit un jeune homme fort moderé & fort fage, & fur lequel les paffions ne faifoient aucune impreffion; & que c'eft pour cela qu'on l'a changé en diamant. Il y a des Anciens qui prétendent que Celme, pour avoir revelé que Jupiter dont il étoit le pere nourriffier, étoit mortel, fut enfermé dans une tour impénétrable, & que pour cela il fut appellé le Diamant. D'autres enfin prétendent qu'il fut toujours fidele à Jupiter, & que ce Dieu, pour le récompenfer, le combla de biens & de richeffes.

CHAPITRE

IV.

Hiftoire des Pygmées, & de Pygas, leur Reine; de leurs
combats avec les Grues & les Perdrix; & où l'on exa-
mine ce que c'étoient que les Pygmées dont parle le Pro-
phete Ezechiel.

I

L y a peu de Fables dans l'Antiquité, plus célebre que Les Pyg celle des Pygmées. Homere, le premier qui en ait parlé, mées. n'employe cette fiction que dans une comparaifon; mais cette comparaifon - là même en renferme la partie la plus confidérable. « Lorfque, dit-il, toutes ces nations différentes furent » en bataille, les Troyens s'armerent avec un bruit confus & des cris perçans, comme des oifeaux, tels que les Grues fous

»

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la voûte du Ciel, lorfque fuyant l'hyver & les pluyes du Sep

Y y y ij

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