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que le corps de bataille s'attache à la gauche, & que les Archers tiennent ses pieds assiégés, le Roi, avec ses plus braves sujets, livre un assaut à la tête. Hercule se reveille , & riant du projet de ces Myrmidons, les enveloppe dans la peau du Lion de Nemée, & les porte à Eurysthée,

Ce qu'il y a de particulier dans cette Fable, c'est que les Historiens en parlent comme les Poëtes, sans adoucissement & fans restriction; & eux qui soulagent li souvent les Mythologues, quand il s'agit de ramener ces anciennes fictions à un sens raisonnable, ne fervent en cette occasion qu'à au. gmenter leur embarras. En effet, Crelias , Nonnosus (1), (1) Phoc. Pline (2), Solin , Pomponius Mela (3), Basilis dans Athe: Narr. 40. née (+), Onésicrite, Ariftée, & Egesias dans Aulugelle. ; les (3) Loc. cia Peres même de l'Eglise , laipt Auguftin (6), saint Jerôme (7); (4) 1.9.c.4. tous sont d'accord sur l'existence des Pygmées , fur leur pe

(5) Liv. 6.

(6) DeCiv. tire taille, & sur leurs combats avec les Grues. Ariftote fur- Dei. tout, en paroît bien persuadé : Ce qu'on raconte des Pygmées, (3) In Ezech. dit-il, n'est point une fable, c'est une verité.

Il n'y a pas tant d'uniformité parmi les Historiens , lorfqu 'ils parlent du pays des Pygmées. Philostrate & Pline les placent dans les Indes , vers les sources du Gange , & ce dernier qui compiloit differentes Relations, les fait habiter tantôt vers les extrémités septentrionales de l'Europe, tantôt vers les bords du Strymon ou de l'Hebre. Etienne de Byfance leur donne.une origine greque; mais les Auteurs plus anciens les placent dans l'Ethiopie ; & c'est-là veritablement qu'il faut les chercher, comme on le verra dans la suite.

Les Auteurs modernes se trouvent encore plus partagés que les Anciens , au sujet de ce petit peuple & du pays qu'ils habitoient. Quelques-uns les font habiter dans la Laponie,d'autres dans la Thuringe , &c. mais je renvoye ceux qui voudront connoître plus en détail leurs opinions, à la Differration que j'ai faite sur ce sujet , & qui est imprimée dans les Mémoires de l'Académie des Belles - Lettres (8). Mais de

(8) Tom. s. toutes les opinions des Sçavants, la plus finguliere est cel- pag. 101 le d'un Professeur d'Allemagne ; nommmé. Wonderare (a). 12) L'Ouvrage où cet Autcur avance cette opicion, porte pour titre : Hermanni

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342 VI.1:10 La Myrhologie unge les rabies i, si mon 1 Selon cet Auteur, la Fable des Pygmées & des Grưes rens ferine l'Histoire de deux peuples qui labiroient la Megaride, les Pagéens & les Geraniens. Après de longues guerres les Geramens demeurerent les maitres, & domierent des loix aux Pagéens. Homère, ajoute-t-il, fondé sur la ressemblance des noms, fait allufion à cette Histoire, en la représentant fous le symbole du combat des Grues & des Pygmées : c'est-là tout le mystere, Les Poëtes, pour donner le change à leurs Lecteurs , fe fervoient souvent de semblables figures; & tout l'artifice de la Poësie consistoit à transporter l'Histoire des peuples voisins & connus', dans des pays éloignés. Si Ovide & Antoninus Liberalis, dit cet Auteur, ont dit que les Pygmées furent gouvernés par une femme, c'est que les Pagéens tom berent sous la domination des Geraniens , qui leur avoient toujours été inférieurs; & li Elien avance que les Pygmées rendirent les honneurs divins à leur nouvelle Reine, c'est que les Pagéens ramperent devant leurs nouveaux maîtres : & fi l'on á publié que cette mêmeReine fur changée en Grue,& qu'elle fut obligée de s'envoler pour éviter le ressentiment de ses sujets , c'est qu'enfin les Pagéens fecouerent le joug , & forcerent les Geraniens à fe retirer dans les montagnes wù leur ville étoit située.

Lorsqu'on est une fois entré dans le pays des conjectures; les conquêres n'y sont pas bien difficiles. Dans le temps de leur prospérité, ajoute le Professeur Allemand, les Geraniens étoient devenus fi fiers qu'ils méprisoient leurs voisins : les villes de Corinthe, d'Athenes, de Thermus , & d'Orope, leur parurent des rivales ausquelles ils pourroient disputer l'Empire des la Grece. Voilà ce qui fait dire à Elien, que Gerané avoit préfere fa beauté à celle de Junon, de Minerve-, de Diane & de Venus , qui représentoient les quatre villes qu'on vient de nommer; & fi Ovide ajoute que Junon l'avoit changée en Grue, c'est que les Corinthiens , avec le se cours des autres villes , ayant vaincu les Geraniens, composerent contre eux une Satyre sanglante, dans laquelle CoVVonderart deretta Mythologia Græcorum, in decantato Pygmæorum, Gruum Perdicum bello. Lipsia 1714.

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pays éloi

Corinthe, ou Ephire , fut représentée sous le nom de Junon ; Hpx; Athenes sous celui de Minerve , Agrivn; Thermus sous celui de Diane, a pre pues ; & Orope sous celui de Venus , s'opositu. Les Pagéens & les Geraniens ne parurent dans çet ingénieux Ecrit, que comme des hommes méprisables, dont la vanité méritoit d'être le jouer de leurs voisins ; & suiyant l'analogie de leurs noms, on les appella des Grues & des Pygmées.

Mais quelles preuves peut-on donner d'une opinion li finguliere ? On trouve bien à la verité dans la Grece les villes dont parle ce sçavant Professeur; mais il n'est nulle part fait mention de leurs guerres, encore moins de cette Satyre Corinthienne , qui ne pallera jamais que pour une pure imagination de l'Auteur. Où voit-on Corinthe représentée sous le nom de Junon, Thermus fous celui de Diane, &, Orope sous celui de Venus ? Mais, dit-il, les Poëtes pour déguiser leurs sujets , en transportoient souvent la scene dans des gnés: C'est là son grand principe, qu'il repéte à chaque page; cependant rien n'eft plus contraire à la verité. Homere a été li exact à ne point changer les lieux que les Heros avoient parcourus , qu'il a toujours été regardé comme un excellent Géographe , & Strabon fixe fouvent la position de ces lieux fur ses descriptions ; Virgile & les autres Poëtes ont suivi la niême méthode. Qu'on lise les Méramorphofes d'Ovide, celles sur-tout qui ont un rapport marqué avec l'Histoire , on verra, qu'il a scrupuleusement conservé le nom des pays où les événemens qui y donneren: lieu, le sont passés.

Mais, fans m'arrêter à réfuter une opinion qui tombe d'elle-même, je demande s'il y auroit de la témérité à suivre fur les Pygmées, une tradition qui se trouve appuyée sur un fi grand nombre de témoignages ? Ne pourroit-on pas, à l'abri de l'autorité de tant d'Aureurs, adopter tout ce qu'on a débité sur leur sujet ? Peut être que dans un liecle moins éclairé, & où la critique prescriroit des bornes moins feveres on pourroit suivre une opinion qui paroît d'abord si bien établie; mais le nombre des suffrages n'est pas toujours une preuye de la verité: les Auteurs le copienç souvent les uns les

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autres; & on est étonné qu'après une longue liste , l'autorité da premier est souvent la seule qu'il faille examiner. Or Homere, qui est à la tête du Catalogue que je viens de donner, est un Poëte qui mêle à tout propos d'ingénieuses fiệtions à des traditions peu certaines. Ariftote , aureur plus grave, prend à la verité le ton affirmatif ; & parce que les relations les plus autentiques ne nous apprennent rien des prétendus combats des Grues & des Pygmées, Pomponius Mela est obligé de dire que ce qui fait qu'on ne trouve pas aujourd'hui ce petit peuple,c'est qu'il a été détruit par les Grues : Contra Grues dimicando defecit

. dénouenient plus digne d'un Poëte tragique,que d'anHistorien.

Avanr que d'expofermou sentiment, je dois faire remarquer d'abord, que les Grecs charmés du merveilleux, l'employoient à tout propos j'exagérant toujours ce qui leur venoit des

pays étrangers. Ils avoient oui parler de quelques hommes d'une taille extraordinaire ; & il ne leur en fallur pas davantage pour former des Geants capables de déraciner les plus hautes montagnes. Ils avoient appris de même qu'il y avoit 'en Ethiopie un peuple extraordinairement petit par rapport aux autres hommes: charmés d'en faire un contraste avec les Géants, ils imaginerent leurs Pyginées, c'est-à-dire, fuivant l'étymologie de ce mot, des hommes qui n'avoient qu'une coudée de hauteur: 'comme si la nature s'éloignoit avec tant d'excès de l'ordre qu'elle fuir dans ses ouvrages, Je crois donc, pour moi, que les Péchiniens sont les veritables Pygmées d'Homere: en effet, il y a toute sorte d'apparence que c'est la ressemblance du nom & la petite taille de ce peuple, qui ont donné lieu aux Grecs de les appeller des Pygmées'; du mot truy fusi, le poing, ou plutôr de celui de auga, qui signifie une coudée, & qui a tant de conformité au nom des Péchiniens , que l'analogie en paroît parfaite. Les Poëtes n'ont pas toujours cherché des rapports fi marqués, pour en faire le fondement de leurs fables. Ils avoient appris par le récit de quelques Voyageurs, que les Péchiniens étoient d'une petite taille'; que les Grues se retiroient en hyver dans leur pays, & que ces peuples s'assembloient pour les détruire; quel fond à un Poëte Grec pour une Fable aulli jolie que celle que j'explique!

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Bib. n. 3.

Mais ce n'est pas sur une simple conjecture que je prétends établir mon opinion: je vais faire voir que tout ce qu'on a publié des Pygmées , convient aux Péchiniens. Premierement, les Anciens affûrent qu'il y avoit dans l'Ethiopie des hommes d'une très-petite taille, & Herodote (1) raconte que quelques (1) Liv. 2; jeunes Nasamones ayant voulu , par un esprit de curiosité, pénétrer dans les déserts de l'Afrique, ils avoient rencontré des hommes extrémement petics , qui habitoient une ville dans laquelle il passoit un fleuve , qu'Etéarque. Roi du

pays qui racontoir cette Histoire , croyoit être le Nil. Diodo. re de Sicile & Strabon, sans parler des autres , conviennent aussi qu'il y avoit de ces petits hommes dans divers pays de l'Afrique; & Aristote ajoute que cette petitesse s'y trouvoit aussi dans les animaux.

De même, Nonnosus , au rapport de Photius , trouva dans le même pays des hommes d'une petite taille ; & Ctesias l'avoit dit long-temps avant lui (2). Les Voyageurs modernes, 2) Phot.

( dont l'autorité est ici d'un grand poids, sont d'accord avec les Anciens, sur la petite taille des Ethiopiens. Bergier & Alvarès (3) le disent formellement des Nubiens : Job Ludol- (3) Voyez phe (4) ajoute que ces peuples sont generalement très petits, les Voyages & c'est parmi eux, si on en croit Thevenot (5), qu'on prend (4) Com. presque tous les petits hommes qu'on envoye dans les Cours fur l'Histoire des Princes du Levant. Toutes ces Relations sont conformes

d'Ethiopie.

(5) Recueil à Hesychius, qui confond les Pygmées avec les Nubiens, de Voyages. Naba Huguaios. Mais , ce qui confirme encore davantage mon opinion, c'est qu'il faut chercher les Pygmées dans le pays où se retirent les Grues à l'approche de l'hyver Or il est certain

que c'est dans l'Ethiopie, comme le dit Aristote (6), (6) Hift. & fi Homere & Nonnus disent que c'est près de l'Ocean, Anim. 1. 8. c'est

que veritablement le Nil, anciennement appellé Ocean, y coule. Or c'est-là précisément qu'habitoient les Péchiniens, & que M. Delisle, dans la Carte d'Afrique, place les Bakkes, qui suivant l'analogie de leur nom; ne sçauroient être que les Péchiniens de Prolomée.

Pour les fables que j'en ai rapportées, on doit les regarder comme des imaginations poëtiques, entre autres celle de la Tome III.

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de cetAuteur.

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