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écrivit en même tems, comme son oncle l'en AN. 1953. avoit prié, à Melisende reine de Jerusalem, pour op. 289. l'instruire de ses devoirs de veuve & de reine.

Cependant le peuple de Mets ne pouvant souffrir les insultes des seigneurs voisins, fortit contre eux en grand nombre : mais il fut batcu, & il en perit environ deux mille, tant tucz que noïez dans la Moselle. Cette grande ville se preparoit à la vangeance, & leurs ennemis enrichis par le butin & encouragez par la victoire , vou. loient continuer la guerre qui avoit ruiné coure la province. Alors Hillin archevêque de Treves & metropolitain de Mets, crut que saint Bernard étoit le seul qui pût remedier à ces maux. Il ving à Clairvaux , & se jettant aux pieds du faint abbé & de tous les moines il le conjuroir de venir au secours de ce peuple affligé. Il se trouva par une providence finguliere, que S. Bernard après avoir écé à la mort,

le portoit un peu mieux depuis quelques jours. Il luivit l'archevêque , & quand ils furent arrivez sur les lieux, on tinc une conference au bord de la Moselle; ou comme le laine abbé es hortoit les deux partis à la paix, les scigneurs la refuserent obftinément ; & se levane en furie se retirerent sans lui dire adieu. Ce n'étoit pas par mépris, au contraire c'étoit par respect, n'ayant pas le front de lui refifter en presence.

La conference alloit fe feparer en trouble, & on ne pensoir de part & d'autre qu'à prendre les armes , quand le faint abbé dit aux freres qui l'a. voient suivi : Ne vous troublez point, la paix la fera , quoiqu'avec beaucoup de difficulcé. En effer la nuit étant à moitié passée, il reçûr une des puration des seigneurs, qui se repentoient de leur retraite : on se rassembla & on traita de la paix pendant quelques jours. Les difficultez furent grandes, on desespera souvent de la conclu. fion : mais ce delai fut utile à plafsurs malades,

nufquels le saint homme rendit la santé, & ces Dira les ne contribuerent pas peu à la conclu- AN. 3153. fion de la paix : quoique d'auteurs ils la retardarfent , à cause du grand concours & de l'importư. nité de la multitude. Pour s'en garantir il falut chercher une ise au milieu de la riviere , ou les principaux des deux partis paffuicnt en bateau , & là se terminerent les conferences. Entre les malades gueris en cette occasion, il y eut une femme , qui depuis huit ans étoit tournientée d'un tremblement violent de tous les membres Elle vint se presenter au faint dans le tems ou l'on desesperoit presque de la paix, & la vûë de fa misere attira cous les assistans Ils virent tous, pendant que le servieur de Dieu prioit pour clle, son tremblement cesser peu à peu , & enfin elle fut parfaitement guerie. Les plus durs en furent tellement touchez, qu'ils frapoient leur poitrine ; & leurs acclamations durercnt près d'une demie heure. La fuule du peuple qui s'empressoit à baiser les pieds du saint , obligea à le mettre dans un batteau & l'éloigner de terre ; & comme il exhortoit ensuite les seigneurs à la paix , ils disoient en soupirant : Il faut bien que nous écoutions celui que Dieu exauce fi vigible. ment , & pour qui il fait de si grands miracles à nos yeux. Ce n'est pas pour moi qu'il les fait ; dit saint Bernard , c'est pour vous. Le même jour étant entré dans Mets, pour presser l'évêque & le peuple de consentir à la paix, il gueric unc femme paralytique de la ville, cnforte qu'ayant été apportée sur un lit , elle s'en retourna à pied. Enfin la paix fut concluë., les deux partis se reconcilicrent , se coucherent la main & s'embrasferent.

Ce fut le dernier voïage de S. Bernard, & à fon LXVII. retour il se sentir enrierement défaillir, mais avec mort de S. une consolacion seinblable à celle d'un

voyageur qui arrive au port. Come ils vosoit l'affliction &

Bernard.

la desolation extrême de ses freres, il les con los A N. 1153. loit avec beaucoup de tendresse ; & les conjaroit

avec larmes, de conferver la regularité & l'amour de la perfection, qu'il leur avoit enseignée par ses discours & lis exemples. Peu de jours avant

sa mort il écrivit en ces termes à Arnold abbé de Bp. 316. Bonneval, qui lui avoit envoyé quelques cafrai.

chissemes, témoignant être fort en peine de l'état de sa sancé : J'ai reçû vôtre charité avec charité, mais sans plaisir

. C'r quel plaisir peut on gouter quand tout est amertumc? Je n'ai quelque sorte de plaisir qu'à ne point prendre de nourriture J'ai perdu le fon meil , enforte qu'il n'y a point d'intervalle à mes douleurs. Presque toue mon mal est use défaillance d'eliomac. Il a be. foin d'être souvent fortifié jour & nuit de quelque peu de liqueur, car il refuse inexorablement tout ce qui est solide; & cepeu qu'il prend ce n'est pas sans grande peine. Mais pieds & mes jambes son enflez comme ceux d'un hydropique. Cepen. dant pour tour dire à un ami comme vous , I'd prit est degagé quoique la chair soit infirme. Priez le Sauveur de me garder à la sortie de ce monde , sans la differer ; & en ce dernier moment, ou je me trouverai depoüillé de mes merites,mu. nissez-moi de vos prieres,en sorte que le tentateur ne trouve pas ou porter ses coups. Je vous écris moi-même en l'état où je suis , afin qu'en reconnoissant la main , vous reconnoissiez le cæır

Comme on sçut qu'il étoit à l'extremité, Iss évêques voisins avec quantité d'abbez & de muines s'aflemblerent à Clairvaux. Enfin son dernier jour vint , qui fut le vingeiéme d'Août 1153. &i mourut sur les neuf heures du marin. Son corps revêtu des ornemens facerdotaux , fuc porté dans la chapelle de la sainte Vierge. Il y eut un grand concours de la noblesse & du peuple de tous les lieux voisins, & toure la vallée retentit de leurs gemissemens. Mais les femmes arrêtées à la porte

8. 13•

An. 1153•

du monastere, étoient celles qui pleuroient le
plus amerement , parce qu'il ne leur étoit pas
permis d'entrer dans l'églite , suivant l'ancienne
discipline qui s'observe encore à Clairvaux & à
Ciftcaux. Le corps demeura exposé durant deux
jours ; & le peuple venoit en foule lui toucher
les pieds, lui baiser les mains, appliquer sur lui
des pains, des ceintures , des pieces de monnoie,
& d'autres choses, pour les garder comme beni-
tes, & s'en servir au besoin Dès le second jour
la prefle fut telle , que l'on n'avoit presque plus

de respect pour les moines, ni pour les évêques
mêmes : c'est pourquoi le lendeniain matin on ce-
lebra le S. Sacrifice avant l'heure ordinaire, &
on mit le S. corps dans un sepulcre de pierre ,
avec une boëte sur sa poitrine contenant des reli-
ques de l'apôtre S. Thadée : que la même année
on lui avoit apportées de Jerusalem, & qu'il
avoit ordonné qu on mît sur son corps. Il fut
ainsi enterré devant l'autel de la sainte Vierge, à la-
quelle il avoit toûjours eu une grande devotion.

Saint Bernard étoit dans sa soixante & troisié-
me année : il y en avoit quarante qu'il avoit fait

profession à Čisteaux, & trente-huit qu'il étoit
abbé de Clairvaux. Il avoit fondé ou aggregé à Susp. liv.

fon ordre soixante & douze monasteres , trentes cinq en France, onze en Espagne, fix dans le païs

bas, cinq en Angleterre , autant en Irlande , au-
cant en Savoye : quatre en Italie , deux Alle-
magne, deux en Suede, un en Hongrie , un en

Danemarc : mais en comprenant les fondations
This faites par les abbaïes dependantes de Clairvaux,

on cn compre jusques a cent soixante & plus.
L'église honore sa memoire le jour de la mort, &
ja dodrine , le zele , la pieté qui reluisent dans 20. Aug.

Martyr. R,
ses écrits, le font regarder comme le dernier des
peres de l'église.

Fin du Tome quatorziéme.

66. 8. 21

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