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res ; il lui dit que les présages & surtout les apparitions de son fils l'attristoient, que ce qui l'affligeoit le polisi.C. plus dans ces derniers instans, étoit que l'Empire des Han Licoune paroissoit pas encore solidement affermi. Il appellatçung. ausi Lieou - yao qu'il déclara Ministre , & Che - le qui étoit encore à la Cour, à qui il donna la charge de Généralissime, & les exhorta l'un & l'autre à prendre soin du Gouvernement : ce qu'ils refuserent d'accepter. Il diftribua différentes autres charges à plusieurs Officiers, & mourut après avoir regné pendant neuf ans.

Les titres d'honneur qu'on lui donna après fa mort font Lie-tçung-tchao-vou-hoam-ti

. Ce Prince comme on a dû le remarquer fut plus grand par ses Ministres & par fes Généraux qu'il ne le fut par lui-même. Pendant que ses armées s'efforçoient de renverser l'Empire des Tcin , enfermé dans ses palais au milieu de ses femmes, il épuisoit ses trésors par de folles & inutiles dépenses , négligeoit & confioit le Gouvernement à des favoris qui ne cherchoient qu'à profiter de ses foiblesses. Il fit périr sur l'échafaut un grand nombre de Ministres fidéles qui avoient osé lui faire connoître ses défauts : l'exemple de deux Monarques qu'il tint dans les fers & dont il prononça l'arrêt de mort ne fit sur lui aucune impreslion. Son fils Lieou - tçan qui lui succéda étoit un méchant Liou-tçan. Prince , qui avoit quelques talens dont il fit un mauvais usage. Lorsqu'il fut sur le Thrône, il donna aux Impératrices femmes de Lieou-tçung des titres magnifiques ; elles étoient au nombre de quatre qui n'avoient pas vingt ans. Il suivit les traces de son pere , ne fongea qu'à ses plaisirs & vécut dans la débauche. Son épouse fut déclarée Impératrice , & son fils Yuen-kum Prince héritier. Il prit un

nom d'année, comme les Empereurs de la Chine. Ce nouveau regne n'annonçoit rien que

de finiftre. Une pluie de sang, au rapport des Historiens, tomba à Pim-yam : il y eut plusieurs autres phénomenes; mais tous ces évenemens extraordinaires , qui, dans l'Histoire Chinoile , précédent toujours les grands malheurs , n’inf

Avant J.C.
L'an 318.

pirerent que de la frayeur , & ne firent aucun mal. II
n'en fut

pas

de même des mauvais conseils d'un Officier Licou-içan. nonimé Kin-tchun : il faisoit entendre au Prince qu'il de

voit se défaire de ceux de ses Ministres qui s'opposoient
à ses desseins, & qui le fatiguoient par des remontrances
dans lesquelles ils rapportoient toujours les éxemples des
anciens Monarques de la Chine. Lieou-tçan n'ayant pas
écouté d'abord ces avis , Kin-tchun s'adressa aux femmes
de Lieou-tçung , auxquelles il fit accroire qu'il y avoit un
Parti formé pour déposer le Prince , & mettre sur le
Thrône le Roi de Tci-nan. Il ajouta qu'il n'osoit se char-
ger d'annoncer cette nouvelle

au Roi ; qu'il étoit cepen-
dant important qu'il en fût instruit , afin qu'il pût y re-
médier , s'il étoit possible. Une des femmes en fit ausfi-
tôt
part

à Lieou - tçan , qui fit condamner à mort plu-
sieurs grands Officiers que Kin-tchun avoit désignés pour
être les complices de la conjuration. Ceux qui eurent
le tems de se fauver se retirerent à Si-gan-fou.

Liqou-tçan avoit remis tout le gouvernement de l'Etat à Kin-tchun, & l'avoit en même-tems nommé pour commander l'armée qui devoit aller contre Che-le. Celui-ci au milieu de tous ces troubles cherchoit à se faire un Parti assez puissant pour se déclarer Roi. Kin-tchun plus ennemi de son maître que des Officiers qu'il n'avoit fait périr que parce qu'ils étoient trop attachés à leur devoir, ne se vit pas plûtôt à la tête des troupes, qu'il vint attaquer Lieou-tçan. Il entra dans le Palais, se faisit de fa personne & le tua. Il fit couper la tête à tous les Princes & Princesses de la Famille Royale , sans égard ni à l'

à l'âge ni au sexe. Il viola le tombeau de Lieou-tçung , en tira son corps auquel il fit couper la tête , & brûla fon Temple. Après toutes ces cruautés il prit le titre de Roi des Han , fe nomma des Officiers , & envoya des Ambassadeurs aux Tcin pour leur faire sçavoir cette grande révolution , & se déclarer leur Sujet. Tous ces changemens ne pouvoient arriver fans prodiges : les Chinois crédules & superstitieux rapportent qu'on entendit de grands cris qu'ils attribuent à des esprits. Kin-tchun ne trouva

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pas tous les Ministres disposés à seconder ses desseins ;

Après J. C. en vain il leur représenta que jamais dans l'Antiquité un L'an 318. Barbare n'avoit possédé l'Empire , & que puisqu'il en Licou-tçan. étoit maître il falloit le rendre à la famille des Tcin : Hou-kao attaché aux Han fut mis à mort pour n'avoir pas voulu suivre ce parti. Un autre Officier nommé Vamyen , à qui il voulut donner une charge la refusa, protestant de perdre plûtôt la vie que de favoriser les ennemis des Han. Kin-tchun le fit aussi mourir.

Lorsque Lieou-yao eut été informé de tous ces trou- Tein choui bles, il partit de Si-gan-fou à la tête de cinquante mille. Kam-mo. hommes d'élite , se faisit de quelques Places , & battit en plusieurs rencontres Kin - tchun : ensuite sur le bord de la riviere Tche-pi (a) il prit le titre de Hoam-ti ou Licou-yao. d'Empereur. Che-le qui étoit venu à son secours fut fait grand Général de la Cavalerie avec le titre de Kum de

I chao. Cet Officier poursuivit Kin - tchun & l’assiégea dans Pim-yam.

Lieou-yao étoit un Prince de la famille des Han, qui avoit été élevé auprès de Lieou-yuen , fondateur de cette Dynastie. Les Chinois racontent beaucoup de prodiges sur son sujet ; il eut le malheur de rester orphelin dès l'enfance ; mais dès l'âge de sept à huit ans il n'avoit plus besoin qu'on veillât sur lui. Les Historiens qui entrent dans des détails peu importans sur tout ce qui concerne les hommes dont ils se forment une grande idée , rapportent que ses sourcils & ses yeux avoient quelque chose de singulier ; ils remarquent jusqu'à la longueur & l'épaisseur de sa barbe dont ils comptent le nombre des poils ; observation plus facile à faire à la Chine qu'en tout autre pays, parce que les hommes n'y ont que quelques poils épars. Au reste , Lieou-yao quoique né dans la pauvreté, montra toujours beaucoup de grandeur d'ame & de fierté, qui le firent distinguer parmi ses égaux ; il s'appliquoit à l'étude & aux exercices Militaires ; il aimoit la

guerre , & lisoit les livres qui en traitoient. Il eut

(a) Proche Pim-yam-fou.

L'an 318.

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beaucoup de crédit sous Lieou - yuen & sous ses sucApres J c.

cesseurs ; il remplit les premieres charges de l'Etat , & Licou-yao. on le vit souvent à la tête des armées. Il avoit la garde

de Si-gan-fou dans le tems que Kin-tchun se révolta , &
lorsqu'il partit de cette ville pour aller contre le Rebelle,
il fut joint par plusieurs Officiers qui s'étoient sauvés de
Pim-yam, & qui lui donnerent le titre d'Empereur.

Lieou-yao , après avoir observé tout ce qui étoit d'usa-
ge dans ces sortes de cérémonies , envoya des Généraux
pour prendre ou deffendre differents postes. Lieou-ya eut
la garde des Provinces Septentrionales , Lieou-tce cam-
pa au Nord du feuve Fuen avec Che - le. Alors Kin-
tchun qui se trouva investi de tous côtés, & dans l'impof-
sibilité de résister aux armées des Han prit le parti de dé-
puter un Officier nommé Tai vers Che-le pour lui pro-
poser de se rendre, envoyant en même tems tous les or-
nemens Impériaux : Che-le fit conduire Tai à Lieou-yao.
Ce Prince reçut l'Envoyé avec bonté & l'assura que, quoi-
que Kin-tchun eût mis le trouble dans l'Empire sous le
regne précédent, qu'il eût fait mourir les Princesses de
la Famille Royale & les Ministres les plus fidéles
pendant en considération de ses grandes qualités, il lui
permettoit de venir le trouver ; il promit même de lui
donner part dans le Gouvernement , s'il changeoit de con-
duite & restoit dans le devoir. Il y avoit lieu d'esperer q’u-
ne réponse si modérée rameneroit Kin-tchun à la Cour,
mais il n'en fit rien , & qui plus eft , il fit aussi-tót mourir
la mere & plusieurs parens de Lieou - yao , action qui
indisposa tellement contre lui la plûpart des Officiers qui
étoient dans Pim-yam qu'ils se saisirent de sa personne, le
tuerent & envoyérent Tai vers Lieou-yao pour l'assurer de
leur fidélité.

La reddition de cette place servit à faire connoître tous les mauvais desseins que Che-le projettoit. Lor?qu'il apprit que fans sa participation les Officiers de Pim-yam s'étoient soumis à Lieou-yao , il rassembla le plus grand nombre de troupes qu'il put, & il alla faire le siége de cette Ville. Kin-min qui la deffendoit fut battu en plu

ce

fieurs rencontres. Il avoit besoin de secours

pour
évacuer

Après J.C. cette place où il ne pouvoit plus subsister. Lieou-yao l'an 318. envoya au devant de lui les Généraux Lieou-ya & Lieou- Licou-yao. tce. Kin-min sortit alors de Pim-yam avec cent cinquante mille personnes , & vint se rendre auprès de Lieouyao. Ce Prince fit assembler toute la famille de Kin-tchun dont étoit Kin-min , & les fit tous massacrer sans distinction d'âge ni de sexe. Che-le de son côté entra dans Pim-yam, brûla le Palais & fit faire les obseques à ceux de la famille de Lieou-tçan qui avoient été tués. Il y laissa ensuite une garnison & s'en retourna. Lieou-ya fit pareillement rendre les derniers devoirs à la mere de Lieouyao : on donna à cette Princesse le titre de Siuen - mimhoam-tai-heou. Cette maniere d'honorer les morts est ordinaire à la Chine, & un Prince qui monte sur le Thrône & dont es ancêtres n'ont pas regné, a coutume de leur donner le titre d'Empereur : c'est ce que fit Lieour-yao dans cette occasion : son pere & son grand-pere, en remontant ainsi jusqu'à la quatriéme génération, furent tous honorés du titre de Hoam-ti.

Che-le n'étoit point encore assez puissant pour résister L'an 319. à toutes les forces des Han qui alloient fondre sur lui, & il étoit de son intérêt de faire promptement la paix avec Lieou-yao. Il la fit proposer & elle lui fut accordée avec le titre de Roi de Tchao; mais cette union ne subsista pas long-tems entre les deux Princes. L'Ambassadeur de Che-le étoit encore à la Cour de Lieou-yao , lorsqu'on fit entendre à ce Prince que Che-le ne l'avoit envoyé que pour être mieux instruit de la véritable situation des Han & se rendre maître ensuite de l'Empire. Lieou-yao fit aussitôt décapiter l'Ambassadeur dans la place publique , & Che-le justement irrité ne chercha plus qu'à s'en vanger. Il se rendit maître absolu dans le Royaume de Tchao & forma une nouvelle Dynastie qui porta le nom de Tchao.

Pim-yam qui jusqu'alors avoit été la Capitale des Han étant ainsi tombée sous la puissance de Che-le , Lieouyao fut obligé de transporter sa Cour à Si-gan-fou dans

Kam·mo.

و

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