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Su.
Kam-me.

La guerre recommença avec les Tcin, Kuo-king gẻnéral des Tchao alla ravager le Kiamfi. Les deux armées fe battirent fur le bord d'une riviere, les troupes des Tchao furent défaites & les Tcin reprirent Siam-yam où ils laifferent une garnifon. Che-le voulut faire la paix Tein-chou. avec l'Empereur, lui envoya des Ambassadeurs;mais ce prinL'an 333. ce fit brûler tous fes préfens. Les Hiftoriens rapportent qu'il parut alors plufieurs phénoménes dans le Ciel, & que l'on vit un ferpent noir dans un puits. Tout cela fuivant la fuperftition des Chinois n'annonçoit que des malheurs ; c'étoit la mort de Che-le.

Après J. C.
L'an 332.
Che-le.

Lie-tai-ki

Che-hum.

Ce Prince étant tombé malade, Che-hou fe rendit auffitôt auprès de lui & fit défendre l'entrée du palais aux Miniftres & aux parens mêmes du Roi. Hong & Kan étoient dehors à la tête des troupes. Les chofes étoient en cet état lorfque la maladie du Roi diminua un peu, Che-le ordonna à Che-hou de s'en retourner promptement fur les frontiéres du Royaume; mais étant venu à mourir prefqu'auffi-tôt, Che-hou rentra dans le palais, s'en rendit maître & intimida tellement le Prince héritier que celui-ci lui remit toute l'autorité. Che-hou fit tuer les principaux Miniftres & enterrer fecrettement pendant la nuit le Roi à la montagne Tfien - y - chan, après quoi il fit faire publiquement fes funerailles à Kao - ping -ling à quinze li à l'Occident de Ing-tai-hien dans le diftrict de Pe-kim, comme fi le corps du Roi y eût été. Ce Prince étoit âgé de foixante ans & en avoit regné quinze. Chehou plaça fur le thrône Che-hum, Prince héritier & fils de Che-le; mais il ne lui laiffa que les apparences de la Royauté & se referva toute l'autorité. Il fe nomma luimême premier Miniftre en fe donnant le titre de Roi de Goei & de grand Tanjou; il distribua les charges à sa volonté. Tous ceux qui avoient eu part aux affaires fous le regne précédent fe retirerent. La Reine femme de Che-le qui vouloit faire de même, fut condamnée à mort. C'étoit une Princeffe qui par fes confeils n'avoit pas peu contribué à illuftrer le regne de Che-le. Che-fem & quelques autres Commandans de troupes qui étoient dans leurs

garnifons, comme à Lo-yam & ailleurs, informés de cette révolution, se révolterent & firent propofer aux Tein L'an 333. Après J. C. de fe rendre à eux. D'autres fe foumirent à Tchang-tfiun Che-hum. Roi de Leam. Che - hou tua les uns & fit rentrer les autres dans le devoir: il plaça enfuite des garnifons dans les environs de Ta-mim-fou & d'Han-yam-fou.

Su.

Che-hum dépouillé de toute l'autorité, avoit deffein L'an 334. d'abdiquer l'Empire, Che-hou affectoit de ne vouloir point Lie-tai-kile recevoir, & ce ne fut qu'après plufieurs_inftances qu'il Kam-mo. l'accepta; mais auffi-tôt qu'il fut reconnu Roi des Tchao Tein-chou. il fit mourir Che-hum avec fa mere. Ce jeune Prince étoit âgé de vingt ans. Il avoit regné un an & trois mois; mais les Hiftoriens Chinois qui attribuent toujours l'année entière au précédent regne, comptent deux ans de regne.

L'an 35.

Kam mo.
Tein-chou.

Le nouveau Roi alla faire la vifite de fes Provinces Che-hou. Méridionales le long du grand fleuve Kiam. L'Empereur Le-ta kiChim-ti qui craignit qu'il n'eût deffein de venir prendre Ju Nan-king fit mettre promptement fur pied toutes les troupes; mais lorsqu'il fut mieux inftruit & qu'il vit que Chehou n'avoit que peu de monde, il eut honte de cette peur & l'Officier qui l'avoit occafionnée fut caffé. Chehou revint dans fa Capitale, & plaça fa Cour dans la ville de Po, où il favorifa beaucoup la religion de Fo qui commençoit à s'introduire dans la Chine (a).

tum-kao.

Fo est le fondateur de cette Religion étrangere, il est regardé comme un Dieu & ceux qui ont embraffé fa do&trine débitent à fon fujet, beaucoup de fables, parmi lefquelles il eft en quelque façon impoffible de démêler la Maffoudi. vérité. Suivant le plus grand nombre des Hiftoriens, Fo, Ven-hiencar je ne l'appellerai déformais que de ce nom, eft né Kam-mo. vers l'an mille vingt- fept avant Jefus Chrift dans le Tu chiKaschmir, royaume confidérable, fitué dans la partie Sep- tum kien. tentrionale de l'Indoftan. On prétend qu'il voyagea dans kien lou. les Provinces de Perfe, voifines des Indes, telles que le Sejeftan & le Zableftan. Ce n'eft qu'après fon retour dans 'Inde qu'il fe dit Envoyé de Dieu, & qu'il prêcha fa nou

(a) On le nomme encore Fo-to, Phutta, Budda, Butta, ou Boudha.

L'an 335.

velle Religion. Les habitans de l'Inde regardent sa naif-Après J.C. fance comme une nouvelle incorporation ou réapparition Che-hou. de leur Dieu Vischnou qui devient par- là. le même que Fo. Le dogme de la métempfycofe reçu dans cette partie de l'Asie eft la bafe de toute fa doârine. Ceux qui fuivirent ce nouveau Législateur furent appellés Samanéens (a), Philofophes qu'il faut diftinguer des Brahmes, & qui forment une branche confidérable de la Religion Indienne.

S. Jerome.

Beidawi

Soui-chu.

Goei-chou.

La naiffance de Fo fut accompagnée de miracles; les Du Halde. Indiens prétendent que fa mere, qui étoit une vierge, Ven-bien- devint groffe à l'apparition d'une lumiere, & qu'elle le tum-kao. mit au monde par le côté droit, que les étoiles s'éclipferent, & que neuf dragons defcendirent du Ciel pour venir le laver dans un baffin. La fuite de fa vie ne fut pas moins merveilleufe. Les Indiens, imbus du fystême de la métempfycofe, croyent qu'il a reparu plufieurs fois dans ce monde fous la figure humaine ou fous celle de plufieurs animaux. Il fe maria à l'âge de dix-fept ans ; mais lorsqu'il eut un fils, fe regardant alors comme inutile parmi les hommes, il fe retira dans les deferts pour ne plus s'occuper que des chofes céleftes. Il y resta juf qu'à l'âge de trente ans, fous la conduite de quelques Philofophes. Enfuite il vint prêcher aux peuples le culte des Idoles & la tranfmigration des ames. Il mourut âgé de foixante-dix-neuf ans, après avoir dit à fes plus chers difciples, que tout ce qu'il leur avoit enfeigné jufqu'alors n'étoit que paraboles, qu'il leur avoit caché la vérité fous des expreffions figurées & métaphoriques ; mais que fon véritable fentiment étoit qu'il n'y avoit point d'autre principe que le vuide & que tout en le néant, étoit forti & que tout y retournoit: expreffions qui ne doivent pas être prifes à la lettre ni dans le fens rigoureux, comme on le verra dans la fuite.

Ces dernieres paroles du Philofophe Indien produifirent deux Sectes différentes dans l'Inde; les uns conferverent

(a) Saint Clément d'Alexandrie & Porphyre parlent de ces Samanéens.

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L'an 335.

que

ferverent le culte des Idoles qu'il avoit enfeigné, & formerent une claffe à part que l'on appelle la claffe des Brahmes Après J. C. ou Brakhmanes qui adorent un grand nombre de Dieux. Che-hou Cette Religion fut celle du peuple, & porta le nom de Doctrine extérieure. Elle a beaucoup varié fuivant les les différens pays où elle s'eft établie, ce qui produit une différence affez confidérable entre les Payens de l'Inde & ceux du Tibet & de la Tartarie. Les autres difciples de Fo ne s'attacherent qu'au principe du vuide & du néant, & on les appella les Sectateurs de la Doctrine intérieure ; mais ces deux Sectes fe réuniffent infenfiblement & par degrés. Suppofons une ame qui paroît pour la premiere fois fur la terre, & qui anime le corps d'un Indien, cet homme eft cenfé naître dans la claffe ordinaire des Payens ou Brahmes. Après fa mort fon ame revient animer d'autres corps, d'hommes ou d'animaux, fuivant fes bonnes ou fes mauvaises actions, de forte ces réapparitions deviennent ou récompenfe ou punition. L'ame parcourt ainfi fucceffivement un grand nombre de différens corps jufqu'à ce qu'étant parvenue à un haut degré de pureté elle eft tranfportée dans la claffe des Samanéens, & anime le corps d'un Samanéen. Comme il y a encore différens degrés de perfection parmi ces Samanéens, elle revient plufieurs fois dans ce monde pour achever de fe purifier. Enfin elle paroît pour la derniere fois dans le corps d'un parfait Samanéen. L'homme doué de cette ame, n'ayant plus befoin d'expier des fautes qui ont été lavées par les tranfmigrations antérieures, n'est plus obligé d'aller se profterner dans un temple, ni d'adresser Tes prieres aux Dieux que le peuple adore; Dieux qui ne font que les miniftres de celui de l'univers. Ce Samanéen dégagé de toutes fes paffions, exempt de toute impureté, ne meurt que pour aller rejoindre l'unique Divinité dont fon ame étoit une partie détachée.

il

Cet Etre fuprême eft le principe de toutes chofes eft de toute éternité, invifible, incompréhensible, toutpuiffant, fouverainement fage, bon, jufte, miféricordieux, & ne tire fon origine que de lui-même. Il ne peut être Tome I. Ff

Après J. C.
L'an 335.

repréfenté par aucune image; on ne peut l'adorer parce qu'il eft au-deffus de toute adoration; mais on peut déChe hou. peindre fes attributs & les adorer. C'eft ici où commence le culte idolatrique des peuples de l'Inde; le Samanéen, toujours occupé à méditer fur ce grand Dieu, ne cherche qu'à s'anéantir lui-même pour aller le rejoindre & fe perdre dans le fein de la Divinité qui a tiré toutes chofes du néant, & qui elle-même n'eft point matiere. C'eft-là ce qu'ils veulent entendre par le vuide & *le

néant.

Lorque cet Etre voulut créer la matiere, comme il est un pur efprit, qui n'a aucun rapport avec un être corporel, par un effet de fa toute-puiffance, il fe donna à luimême une forme matérielle, & fit une féparation des vertus mafculine & feminine qui étoient concentrées en lui. Par la réunion de ces deux principes, la création de l'univers devint poffible. Le Lingam fi refpecté dans l'Inde eft le fymbole de ce premier acte de la Divinité; c'est une représentation encore plus indécente que le Phallus des Egyptiens, & que l'on voit partout dans les temples des Indiens.

tcham-kim.

kend.

De ces deux principes émanés de l'Etre fuprême, vien-. nent Brahma, Vischnou & Efwara ou Routren, qui font Su-che-ul- moins des Dieux,que des attributs de la Divinité: c'eft à eux Anbert- que le peuple rapporte tout fon culte.I e fouverain Etre, dans la doctrine des Samanéens ou des Philofophes, porte le nom de Chi en Chinois, c'eft-à-dire Siecle. Un auteur Arabe qui a traduit un des livres de cette Secte (a) le rend par le mot Alem, qui fignifie la même chofe, & ces deux mots repondent à celui d'Hazarouan (6) qui défigne une durée

Maffondi.

(a) Ce livre eft intitulé Anbertkend; il a été traduit de l'Indien en Perfan par I'Ymam Rokneddin Mohammed de Samarcande. Ce Mufulman l'avoit reçu d'un Brahme nommé Beherghir, de la Secte des Joghis. Sous le regne d'Alymirza defcendant du grand Tamerlan, il étoit venu à Canoudge ville fituée à l'Orient du Moultan, entre l'Indus & le Ganges. Dans la fuite Mohieddin

ben-el-arabi, avec le fecours d'un autre
Brahme nommé Anbahoutatah l'a tra-
duit en Langue Arabe; cette traduction
Arabe eft a la Bibliothèque du Roi. J'en
ai fait une traduction Françoife; mais
cet ouvrage eft fi ridicule qu'il ne mé-
rite
>
d'être imprimé. Je me fuis con-
pas
tenté d'en donner une notice étendue
dans les Mémoires de l'Académie.

(b) Théodore de Mopfuefte dans Pho

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