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L'an 335.

de 36000 ans, ou felon d'autres de 70000 ans, & que les Indiens regardoient comme le fouverain maître de Avant J.C. toutes chofes. C'eft de là que plufieurs Héréfiarques chrétiens, & en particulier les Manichéens & les Valentiniens ont pris l'idée de leurs Eons dont ils ont fait des divinités.

Che hou.

Lorfque cette religion de l'Inde pénétra dans la Chine, l'an foixante-cinq de J. C. les Samanéens y apporterent avec eux un ouvrage de Fo qu'ils traduifirent en Chinois & qui s'eft confervé jufqu'à préfent (a). Voici en peu de mots ce qu'il y a de plus fingulier dans ce livre.

Celui qui abandonne fon pere, fa mere & tous fes parens pour ne s'occuper que de la connoiffance de foimême & pour embraffer la religion de l'anéantissement eft appellé Samanéen (6). Il doit s'attacher continuellement à observer les deux cens cinquante préceptes (c) & s'avancer tellement dans la perfection, qu'il puiffe parvenir au quatrième degré appellé O-lo-han (d); alors il a la puiffance de voler dans les airs, de faire des miracles, de prolonger ou de diminuer la vie des hommes & de faire mouvoir le ciel & la terre. S'il ne peut parvenir qu'au degré d'O-na-che, ou troisième degré, il eft encore expofé après fa mort, avant que d'atteindre l'O-lo-han, à parcourir les neuf Cieux. S'il ne parvient qu'au fecond degré appellé Su-ta-che,après être monté dans le Ciel, il eft obligé de revenir fur la terre. Enfin celui qui refte dans le premier degré nommé Siu-ta-tan (e), meurt sept fois & re

tius parle de cet Hazarouan, qu'il nomme Zarouam. Il dit qu'il eft le premier principe, fupérieur aux deux principes co-éternels que les anciens Perfans admettoient ce qui eft une preuve qu'il y avoit beaucoup de rapport entre l'ancienne Religion des Perfes & celle des Indiens.

(a) Il eft à la bibliothèque du Roi & ne contient qu'une quarantaine d'articles peu confidérables, que j'ai traduits à l'exception de quelques repétitions.

(b(Les Chinois prononcent Sam-men, Cha-men, ou Cha-men-na. Ils difent que

ce mot fignifie en Indien, qui fait ap-
paifer fes paffions. Ils les appellent encore
Pe - kicou, corrompu de l'Indien Picou
encore ufité à Siam: les Religieufes
portoient le nom de Pe-kieou-ni..

(c) Ces 250 préceptes font des bran-
ches des quatre fuivans. 1. Ne pas tuer.
2. Ne pas voler. 3. Ne pas être impur
ni adultere. 4. Ne pas mentir.

(d) C'eft le degré le plus parfait, je crois que c'eft ce que les Indiens appel

lent Schourcam.

(e) Les Siamois le nomment Sonda.Je n'ai pû reconnoître les autres.

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naît fept fois. Il doit éloigner de lui jufqu'au moindre defir, être entiérement infenfible & reffembler à un homme Che-hou. à qui l'on a coupé les quatre membres; c'est-à-dire qu'il

Après J.C.

L'an 335.

ne doit faire ufage d'aucune partie de fon corps.

Un Samanéen, après avoir abandonné tout & étouffé fes paffions, doit toujours être occupé à méditer fur la fublime doctrine de Fo; alors il n'a plus rien à défirer, fon cœur n'eft plus lié, rien ne le touche & il ne pense à

rien.

Celui qui a coupé fa barbe & fes cheveux pour fe faire Samanéen doit rejetter toutes les richeffes du monde & ne prendre que ce qui eft néceffaire pour conferver fa vie. S'il mange ou s'il fe repofe à l'ombre de quelque arbre il ne doit pas y revenir plufieurs fois dans la crainte qu'il ne paroiffe s'attacher trop à ce lieu.

Il y a chez les hommes dix mauvaises actions qui deviennent de bonnes œuvres lorfqu'ils s'en abftiennent. Trois dépendent du corps, le meurtre,le larcin & la débauche. Quatre de la bouche, la calomnie, les mauvais difcours, le menfonge & la médifance. Trois de l'intérieur, l'envie, la colere & l'ignorance.

Le peché, dans l'homme qui ne fe repent point & qui ne s'humilie point, reffemble à une eau qui tombant goute à goute, forme infenfiblement un étang confidérable. Le pécheur au contraire qui fe répent eft comme un malade que les fueurs ramenent doucement en fanté.

Ne vous inquiétez point des crimes que font les autres, ils ne retombent que fur eux. Si celui qui m'entend, dit Fo, qui obferve ma loi & qui fait de bonnes œuvres vient à me blamer, je me tais jufqu'à ce qu'il ceffe de parler contre moi. Alors je lui dis, les hommes ne doivent-ils pas agir avec politeffe les uns envers les autres, & celui qui ne fe comporte pas ainfi, ne revient - il pas en enfance? vous me blamez, je ne reçois point d'enfants. Cet homme, dit Fo, reffemble au fon ou à l'ombre qui ne ceffent de s'éloigner. Soyez donc attentifs à ne point

faire le mal.

Le méchant qui fait du mal au fage reffemble à celui

qui crache vers le Ciel ou à ces tourbillons de pouffére qu'un vent impetueux éléve dans l'air, & qui loin de s'y Après J. C. foutenir, font toujours précipités vers la terre. Le Saint ne L'an 335. fçauroit être détruit.

Che-hou.

all

Ne croyez pas que les paroles de celui qui parle fouvent de la loi & qui fe glorifie d'y étre attaché foient fincéres; mais regardez celui qui l'obferve en fiience & dans 1 fecret comme un de fes plus zelés obfervateurs. Je me rejouis, dit Fo, quand je vois un homme qui s'empreffe de faire connoître par tout ma loi, parce que je fçais qu'il jouira d'une grande félicité. A cette occafion un Šamanéen demanda à Fo ce que c'étoit que la félicité, & Fo lui répondit : la félicité reffemble au feu ou à la lumiére d'un flambeau dont tous les hommes fe fervent, les uns pour être éclairés dans leurs actions, pour échauffer ou faire cuire les chofes dont ils se nour

les autres

riffent.

Cent fcélérats, dit Fo, ne peuvent être comparés à un homme de bien, ni mille hommes de bien à celui qui observe les cinq préceptes de ma Loy. Dix mille hommes qui obfervent mes préceptes ne font pas comparables à celui qui eft parvenu au degré de Siu-ta-tan, ni un million de ceux-ci à ceux qui ont atteint le degré d'Ona-che. Cent-millions d'O-na-che font encore au-deffous de celui qui eft au degré d'O-lo-han: un milliard d'O-lo-han au-deffous de celui qui eft au dégré de Pie-tchi-fo (a) : & dix milliards de Pie-tchi-fo au-deffous de celui qui eft parvenu au degré de San-chi-tchu-fo. Enfin cent milliards de Sanchi-tchu-fo ne font pas comparables à celui qui ne penfe point, qui ne fait rien & qui eft dans une entiére infenfibilité de toutes choses.

Les hommes s'accoutument difficilement à donner l'aumône, à étudier la Loy, à parvenir aux degrés de perfection qu'elle prefcrit, à quitter le monde fans regret, à ne pas fe livrer à leurs paffions, à ne pas convoiter le bien d'autrui, fupporter patiemment les injures, détruire leur orgueil & leur ambition, à ne pas avoir du mépris

(4) Ces noms font des degrès de perfection qui me font inconnus.

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pour ce qu'ils ne favent pas, à ne pas mentir, à être touAprès J. C. jours dans une parfaite égalité d'ame, & à suivre les bons L'an 335. exemples.

Che-hou.

Celui qui a un coeur pur & qui fçait fe poffeder, parvient à la Loy: il reffemble à un miroir très-poli que la pouffiére n'a point terni. Une vie tranquille ne s'acquiert qu'en détruifant toutes fes paffions. C'est ce que répond Fo à un Samanéen qui lui demandoit pourquoi cette tranquilité de la vie & cette infenfibilité conduifoient à la Loi. Un autre Samanéen lui ayant demandé ce que c'étoit que d'être vertueux & grand : l'homme vertueux, dit Fo, eft celui qui obferve tout ce que la Loy prefcrit, & le grand homme celui qui s'unit & s'ydentifie en quelque façon avec la Loy. Il répondit encore à un Samanéen qui lui demandoit en quoi confiftoient la force & l'intelligence; fouffrir avec patience les injures, c'eft avoir beaucoup de force; celui qui n'a point de haine contre fon prochain & qui oublie les injures eft tranquille & refpe&té de tout le monde. Celui dont le cœur eft pur & fans tache, eft doué d'une intelligence parfaite, il voit & il connoît tout ce qui fe paffe dans les dix regions. Celui au contraire qui lache la bride à fes paffions ne voit point la Loy. Il reffemble à une eau bourbeufe qui ne repréfente plus l'image de ceux qui la regardent. Samanéens, abandonnez donc vos paffions afin que vous puiffiez voir la Loy.

Celui qui embraffe & obferve ma Loy ressemble à un homme qui prend un flambeau pour entrer dans une maifon remplie de ténébre : l'obscurité fe diffipe & il ne reste plus que la lumiere.

Ma Loi, dit Fo, eft de penfer fans paroître penfer, d'agir fans paroître égir, de parler fans paroître parler. Celui qui eft dans cet état approche de ma Loi.

Le ciel, la terre & l'univers entier feront anéantis ; que toute votre attention fe tourne donc vers votre ame intelligente. Méprifez votre corps qui n'eft compofé que des quatre élémens, parce qu'ils feront auffi détruits.

Celui qui eft parvenu à fe délivrer de fes paffions, mais qui cherche à fe faire une réputation parmi les hommes,

Après J. C.

perd fon tems. Son corps n'existe plus, que fa réputation eft à peine commencée. Cette réputation reffemble à des Aro- L'an 325. mates que l'on brule & dont l'odeur ne fe fait fentir- que Che-hou. lorfqu'elles font confumées. La véritable réputation ne confifte que dans la Loy.

Les biens & les plaifirs du monde reffemblent à un coûteau enduit de miel.

Les hommes, dit Fo, qui font attachés à leurs femmes & à leurs maifons font comme dans une étroite prifon. Lorfque le tems de la délivrance approche ils ne peuvent quitter ces chofes fans regret. Pourquoi craindre ainfi de fe fauver, fi vous aviez à appréhender la gueule d'un tigre, feriez-vous tranquilles?

La paffion pour les femmes eft plus forte que toutes les autres paffions, & celui qui eft parvenu à pouvoir la dompter a déja remporté une grande victoire; mais que feroit-ce s'il pouvoit achever de détruire toutes les autres paffions dont il eft environné?

Celui qui fe livre entiérement à fes paffions eft comme un homme qui tient un flambeau & qui marche contre le vent, il eft fans ceffe expofé à se brûler.

Un Génie offrit à Fo de belles femmes pour le corrompre retirez-vous de moi, dit Fo, je ne veux pas être fouillé d'un tel crime. Le Génie rempli dè refpect se

convertit.

Celui qui obferve ma Loy, dit Fo, n'a aucun defir qui puiffe le troubler; tous les méchans enfemble ne peuvent le détourner; il marche fans obstacle, & ressemble à un morceau de bois qui eft au milieu des eaux & qui fuit le fil fans fe heurter contre les bords. Les hommes ne peuvent le prendre, les Génies ne peuvent le cacher, les courants contraires ne peuvent l'arrêter, la pourriture même ne peut le détruire; il fuit tranquilement le courant de l'eau & va fe rendre dans le fein des

mers.

Ne fuivez point vos inclinations, & n'écoutez pas la chair, car vous ne parviendriez point à la félicité. Ne voyez point les femmes ; quand même vous feriez Samanéen, vous pourriez ne pas réfifter. Le rigide obferva

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