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cours. Mais quelque tems après un de ces rebelles nom avant J. C. mé Liu-van Roi de Yen s'étant retiré en Tartarie avec

Me-té.

Kam-mo. Sfu-ki.

L'an 192.

Sfu-ki.
Kam-mo.

Lie tai-ki

fu.

Sfu-ki. Ven-bientum-kao. Lie-tai-kiSu.

L'an 181.
Kam-mo.

Lie-tai-ki-
Su.

dix mille hommes, les Huns ne firent plus de difficulté de
recommencer leurs courses. Il eft vrai que l'Empereur
Kao-ti venoit de mourir, & quoique fon fils Hiao-hoei-ti lui
eût fuccédé, toute l'autorité étoit entre les mains de l'Im-
pératrice Tai - heou. Le Tanjou avoit beaucoup de mépris
pour cette Princeffe. Dans les lettres qu'il lui écrivit il
s'exprimoit dans des termes fi peu convenables, que l'Im-
pératrice fit affembler fon Confeil, pour délibérer fi elle ne
feroit pas fur le champ couper la tête aux Ambaffadeurs,
& fi elle ne porteroit pas enfuite la guerre dans la Tarta-
rie. Un Miniftre nommé Fan-hoei ofa fe vanter de traver-
fer & de fubjuguer tout l'Empire des Huns avec cent mille
hommes. Un autre Miniftre appellé Li-pou que ce dif-
cours irritoit dit hautement que Fan-hoei méritoit la
mort, puifqu'autrefois avec trois cens mille hommes il
commandoit n'avoit pu débarraffer le feu Empereur Kao-
ti ;
Vous l'avez-vû, dit-il, affiégé par les Huns
fans ofer le fecourir. Aujourd'huï les Peuples ont en-
» core ce défastre préfent à leurs yeux; on » leur entend
dire nous avons été fept jours fans vivres, le bruit de
» leurs plaintes n'eft point encore ceffé, les malades ne
font point encore guéris de leurs bleffures. Prétendez-
» vous, Fan-hoei,
, par des paroles trompeufes, exciter tout
l'Empire à recommencer la guerre, & pouvoir avec cent
mille hommes ravager celui des Huns. Non, c'eft avoir

>>

>>

trop d'orgueil; ne croyez point que ces barbares reffem

blent à des animaux incapables de diftinguer le bien d'a» vec le mal. C'eft avoir trop de mépris pour des hommes.

"

Oui j'ofe le dire,dans l'état d'affoibliffement où nous fommes,la paix eft préferable. Ce difcours fit impreffion : l'Impératrice fe contenta d'exiger que le Tanjou écrivit d'une maniere plus refpectueufe, ce qu'il fit; , ce qu'il fit; s'excufant, pour le paffé, fur ce qu'il n'étoit point affez inftruit des ufages de la Chine. Alors la paix fut conclue. Il paroît qu'elle dura affez long-tems, & qu'elle ne fut interrompue que par deux incurfions que les Huns firent dans le territoire de

Lin-tao-fou

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Lin-toa-fou dans le Chenfy. Il eft vrai que le Tanjou les défavoua & voulut faire paffer ceux qui les avoient faites pour des brigands, fur lefquels il n'avoit aucune autorité; mais fon deffein n'étoit que d'amufer les Chinois avec lefquels il ne vouloit pas rompre une paix, qui lui étoit néceffaire pour rétablir fes affaires, quoique dans le fond elle fut nuifible à fes fujets qui étoient tellement accoutumés à vivre de brigandages, qu'il n'y avoit que la guerre qui pût leur procurer les chofes les plus néceffaires. Comme ces incurfions fourniffoient à leurs fubfiftances le Tanjou étoit forcé de les permettre. Les Grands de la Nation ne faifoient même aucune difficulté de les entreprendre. C'est dans cette vûe, après que l'Impératrice fut morte, & que Hiao-ven-ti lui eut fuccédé, que le Vice-Roi d'Occident Su-ki. vint camper dans le pays d'Ortous avec un corps des Huns; de-là il ofa faire des courfes jufques aux portes de Si-gan-fou Capitale de l'Empire, ce qui obligea l'Empereur d'envoyer contre lui une armée de quatre vingt-cinq mille hommes. Les Huns furent chaffés; mais cette course étoit une infraction aux traités, & il falloit, pour donner quelque fatisfaction aux Chinois, punir, au moins en apparence, le Vice-Roi; c'eft ce que fit le Tanjou en le rappellant, le forçant à quitter les frontieres de la Chine, & l'envoyant commander d'un autre côté où il devint plus utile aux Huns: il foumit de vaftes pays, où probablement ils avoient pénétré auparavant`, mais qui n'étoient point alors fujets du Tanjou.

L'an 177.

Ven-bientum-kao.

Le Vice-Roi d'Occident fe rendit à la tête d'une puiffante armée dans le pays des Yue-chi. Ces Peuples, qui Sf-ki avoient été battus autrefois par les Huns, furent entiérement foumis dans cette guerre ; ils habitoient dans le pays de Kan-tcheou, de Kua-tcheou & de Cha-tcheou qui n'étoient pas alors de la dépendance des Chinois, comme ils le font aujourd'hui. De-là continuant fa marche vers le Sud-oueft, il alla soumettre les Peuples de Chenchen, qui demeuroient dans le défert de Chamo au Nord du Tibet & dans les environs du Lac de Lop, où ils vivoient, comme les autres Tartares, fous des tentes Tome I.

E

Avant J. C.
Meté.

Me-té.

Avant J.C. avec de nombreux troupeaux. Les Ou-fiun, Peuples fi-
tués à l'Occident du pays des Huns, au Nord d'Igour &
le long des rivieres d'Irtifch & d'Ili, tomberent auffi fous
la domination des Huns; mais ces pays malgré leur éten-
due & leur éloignement du principal campement_du
Tanjou, ne furent pas encore les bornes de fon Em-
pire. Le Vice-Roi avec fes troupes s'avança jusques chez
les Hou-te, Peuples encore plus occidentaux : leur pays
fitué vers le Kaptchaq en tournant un peu au Nord, pro-
duit d'excellens chevaux & beaucoup de Marthes Zibe-
lines. Les Huns fubjuguerent encore plufieurs autres Peu-
ples voifins, de forte qu'il paroît que les Etats de Me-
té s'étendoient depuis la Corée & la mer du Japon juf-
ques aux frontieres Orientales du Kaptchaq, & peut-être
même jufques au Volga; une partie de la Siberie en ti-
rant une ligne parallele à Tobolsk lui étoit foumise.

Pendant que le Vice-Roi étoit occupé à faire la con-
quête de ces vaftes pays, le Tanjou apportoit tous fes
foins à regagner les bonnes graces de la Cour de la
Chine, & à renouveller le Traité de paix. Si les Chi-
nois avoient eu quelque fujet d'être mécontens des ir-
ruptions faites par les Huns, le Tanjou prétendoit avoir
auffi à fe plaindre des Officiers Chinois qui n'avoient
pas moins contribué que les Huns à l'infraction des Trai-
tés faits depuis long-tems entre les deux Nations ; il fou-
tenoit que,
dans ces courfes faites à l'infçu des deux Mo-
narques, le plus grand tort étoit du côté des Chinois
qui lui avoient fouvent porté leurs plaintes à ce sujet,
fans avoir jamais voulu recevoir les excufes qu'il avoit
toujours été prêt de leur faire; qu'ils avoient même ar-
rêté fes Ambaffadeurs & rompu d'eux-mêmes la paix.
Enfuite pour faire voir qu'il avoit défaprouvé la condui-
te du Vice-Roi; il affura l'Empereur, qu'il avoit en-
voyé cet Officier faire la guerre dans l'Occident. Il prit
delà occafion d'annoncer à ce Prince les grandes con-
quêtes que les Huns venoient de faire dans la grande
Boukharie, dans la Tartarie occidentale & dans la Sibe-
rie. Il comptoit vingt-fix Royaumes différens, dont les

Sfu-ki.
Lie-tai-ki-
Su.

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pas

Peuples étoient devenus fes Sujets. Il finit par demander que, comme la paix étoit rétablie dans fes Provinces Occidentales, il lui fût permis de renouveller les anciens Traités avec les Chinois, afin de procurer du côté de l'Orient le repòs aux troupes', la tranquilité aux vieillards & la fécurité dans toutes les familles des deux Empires. L'Empereur de la Chine n'étoit dans l'intention Su-ki de faire la paix; des intérêts d'Etat l'en détournoient; les Huns lui paroiffoient trop voifins de la Chine, & fon deffein étoit de les en éloigner d'avantage. Ceux-ci envoyerent de nouveau des Ambaffadeurs vers l'Empereur, en même-tems les Miniftres Chinois repréfenterent que le Tanjou, devenu plus puiffant depuis les grandes conquêtes que fes troupes avoient faites du côté de l'Occident, ne pouvoit plus être regardé comme un de ces petits Princes de Tartarie qu'il étoit aifé de foumettre; que d'ailleurs, dans la fuppofition qu'on pût fe rendre maître de fes Etats, tout le pays n'étoit qu'une terre ftérile & inhabitable pour les Chinois; qu'ainfi,puisque tout le fang que l'on répandoit pour une conquête de cette espéce ne pouvoit produire à l'Empire aucun avantage, on ne devoit point, par entêtement & par caprice, recommencer une guerre, dans laquelle les Chinois, malgré les fuccès dont leurs entreprises pourroient être fuivies, n'avoient que des pertes réelles à attendre, foit en hommes, foit en argent. Entrainé par ce difcours l'Empereur fe décida pour la paix; il fit fçavoir fes intentions au Tanjou, combla même d'éloges ce Prince, en le félicitant fur fon empreffement à foulager les Peuples, & fur ce qu'il fuivoit les traces de ces anciens Rois qui s'étoient rendus fi recommandables par leurs vertus. Ces fentimens, qui n'étoient dictés de part & d'autre que par l'intérêt, firent bien moins d'impreffion fur les Huns que les riches préfents dont les lettres furent accompagnées.

Le Tanjou fit publier de fon côté dans tous fes Etats le Traité de paix qu'il venoit de conclure avec la Chine, & ordonna qu'il fut obfervé. Cette paix fit beaucoup de plaifir aux Chinois qui en avoient befoin.

Avant J. G
Me-té.

Avant J. C. (a). Depuis long-tems leurs frontieres étoient expofées aux Me- té. fréquentes irruptions des Huns. Un grand nombre de Chinois avoient perdu la viedans les combats. L'Empereur publia à cette occafion un Manifefte dans lequel il fe plaignoit amerement de tous ces ravages, il s'accufoit d'en être l'auteur. » Si j'avois eu plus de fageffe & de vertu, dit-il, ils » ne feroient pas arrivés. Dans cette continuelle amertume, je n'ai ceffe de chercher les moyens de procurer une

paix heureufe au-dedans & au dehors; j'ai envoyé fou» vent des Ambaffadeurs dans la Tartarie, & je fuis par» venu à infpirer au Tanjou mes véritables intentions, qui » tendent également au bien des deux Nations. Il les a comprifes, il en a reconnu la droiture, & il veut contribuer de fon côté au bien commun. Nous oublions

D)

Duhalde tome 2.

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L'an 174.

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de part & d'autre le paffé, & nous nous réuniffons pour » le bien de nos fujets. Etablir l'union dans fa famille, eft » un des premiers points des devoirs d'un Prince, c'est » cette année que je puis dire enfin m'en être acquitté. Cette Déclaration ne paroît pas s'accorder avec l'averfion que ce Prince avoit marquée d'abord,& elle fembleroit être mieux placée dans la bouche du Tanjou. Quoiqu'il en foit, ce dernier ne jouit pas long-tems de la paix. A peine futelle publiée qu'il mourut, laiffant l'Empire de Tartarie à fon fils Ki-yo, qui prit le titre de Lao-cham Tanjou.

Lao-cham.
Sfu-ki.

Lie--tai-ki
Ju.

Auffi-tôt que le nouveau Tanjou fut monté fur le Thrône, Kam-mo. L'Empereur de la Chine lui envoya une Princeffe de fa famille. Son deffein étoit que le Tanjou l'épousât, & la fit déclarer Impératrice de Tartarie. La jeune Princeffe eut beaucoup de répugnance à aller demeurer chez les Huns, mais il fallut obéir, & Tchong - hang-yue fut chargé de la conduire. Cette alliance paroiffoit devoir entretenir la paix entre les deux Nations, mais le perfide Miniftre qui en avoit été l'inftrument, après s'être acquité de sa commission, abandonna le parti de l'Empereur de la Chine & s'attacha au Tanjou. Il lui donna des confeils

(a) Ce difcours eft rapporté dans le Recueil du Pere du Halde, le Texte fe trouve dans un livre Chinois de la Bi

bliothèque du Roi, qui eft intitulé Kouven-yuen-kien.

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