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Après J. C.

le regarder comme un chef de bandis, & les Princes étrangers commencerent à traiter avec lui comme avec 12. un Souverain. Il fit particuliérement alliance avec Hing Roi d'une petite Dynaftie Chinoife, appellée Heou-tfin; mais il prit trop à cœur les intérêts de ce petit Roi qui étoit en guerre avec les Goei. Tou-lun qui voulut lui donner du fecours fut vaincu & forcé de fe retirer au nord du grand défert de Chamo ou de Sable.

de

Ce nouvel échec ne fervit qu'à ranimer le courage Tou-lun, & il devint le Prince le plus puiffant de toute la Tartarie. Il s'empara d'abord du pays des Kao - tche; c'est-à-dire des environs des rivieres d'Onon & de Selinga, où il s'établit; enfuite il foumit un grand nombre de hordes Tartares, & il devint maître en affez peu de tems de toutes les vaftes contrées qui font entre la Corée & la riviere d'Ily à l'occident de l'Irtifch. Dans le nord une partie de la Siberie & toute la Tartarie jufqu'au défert de Chamo reconnoiffoient fa puiffance. Il pouffa même fes Kam-mo: conquêtes jufques fur les frontiéres de l'Europe, & foumit le pays de Yu-pan ou Yue-po; c'est-à-dire le pays des Ven-bien Bafchkirs dans lequel les Huns étoient alors établis. Ce ne fut qu'après avoir fubjugué ces peuples, qu'il prit le titre de Khacan ou de Khan (a), aboliffant celui de Tanjou que les Souverains de la Tartarie avoient porté jufqu'alors.

Su.

tum-kao

Tou-lun devint le légiflateur de fa nation, s'attacha Ven-bienparticuliérement à mettre de l'ordre & de la difcipline tum-ka. parmi fes troupes (b) qu'il divifa en différens corps, defti- Goei-chou. na des récompenfes pour ceux qui fe diftingueroient dans les combats, & voulut que les lâches euffent la tête caffée à coups de pierre. Ses fujets, qui étoient le peuple le plus groffier de la Tartarie, ignoroient l'art d'écrire & celui de compter; ils ne s'étoient fervis jufqu'alors que de crotes de chevres dont l'arrangement & la difpofition défignoient ce qu'on vouloit exprimer. Quoique Tou-lun eût

(a) Ce titre eft devenu depuis, celui de tous les Princes du Turkeftan. Nos Hiftoriens écrivent Kagan. Khan en eft J'abrégé.

Tome I.

(b) Il forma des corps de mille hommes & de cent hommes qui avoient chacun leur Chef.

V.v.

Après J. C.

frequenté les Chinois & qu'il s'efforçât de les imiter, furtout dans les titres d'honneur & dans tout ce qui avoit quelque rapport au fafte, il ne fit aucune attention à leur maniére d'écrire, ou peut-être il ne jugea pas que sa nation fût capable d'une telle application; elle étoit ennemie des arts & ne pouvoit fe refoudre à établir des manufactures ni à cultiver les fciences. Il ne fit donc que fubftituer aux crotes de chevres, des tailles ou incisions que l'on faifoit fur le bois ; c'est à cette maniere d'écrire, encore bien groffiere, que fe borna fon imagination. EnKicou-teou- fuite croyant devoir prendre un titre pompeux, il fe fit appeller Kieou-teou-fa-khan (a), & établit fa Cour dans les environs de Kan-tcheou, à l extrêmité occidentale de la Frovince de Chenfi.

fa-khan.

Une Hiftoire détaillée du regne de ce Prince ferviroit à nous faire connoître un grand nombre d'événemens fort intéreffans, puifqu'il a fait des conquêtes jufques dans le voifinage de l'Europe; nous pourrions appercevoir dans ce récit les caufes de plufieurs migrations de peuples; mais nous n'avons point affez de monumens, & ceux qui nous reftent, nous apprennent feulement que Tou-lun eut Lie-tai-ki le bonheur d'étouffer quelques confpirations que fes pa

L'an 404.

fu.

rens avoient formées contre lui; qu'il obligea ceux qui en étoient les auteurs de fe fauver chez les Goei ; & qu'il fit la guerre pendant deux années de fuite à ces Tartares maîtres d'une partie de la Chine, qu'il fut contraint de fuire devant eux, & enfin qu'il mourut dans cette déroute, ne laiffant qu'un fils en bas âge nommé Tou-tchi. Gnai-teou- Les Geou-gen qui ne vouloient pas être gouvernés par kai-khan. un enfant, jetterent les yeux fur Ho-liu frere du feu Khan, le proclamerent Empereur, & lui donnerent le titre de Gnai-teou-kai-khan. Ce nouveau Monarque, fans trop confulter le gout de fa nation, rechercha l'alliance

L'an 409.
4.0.
Lie-tai-ki-
Ju..
Kam-mo.

L'an 411.

(a) C'est-à-dire qui fçait bien conduire un char; un habile cocher J'ai rapporté la fignification de plufieurs de ces noms que j'ai trouvée dans les livres Chinois, parce qu'on pourroit les retrouver dans quelques mots de l'ancien

ne Langue Turque, & rétablir par ce moyca les noms de ces Princes. Je les ai cherchez inutilement; mais je ne défelpére pas que ceux qui ont une grande connoiffance de la Langue Turque ne les

retrouvent.

Après J. C.

d'un petit Roi de la Chine nommé Ping-po, dont la Dynaftie portoit le nom d'Yen du nord, & lui envoya L'an 411. en préfent de très-beaux chevaux. Ping-po efpéroit par-là parvenir à policer les Geou-gen. Mais ceux-ci étoient, perfuadés qu'il n'étoit pas de leur intérêt d'adopter les coutumes Chinoifes, & qu'ils ne pouvoient le faire fans s'expofer à perdre une liberté dont ils étoient fûrs de jouir dans leurs déferts. Pou - lo- tchin fils de l'ancien Khan Tou-lun le fit fentir à la nation, & s'attacha à rendre fufpecte la conduite du Khan. Les Geou-gen ne tar- L'an 414 derent à fe révolter; ils arrêterent Ho-liu qu'ils enpas voyerent avec sa femme au Roi d'Yen, chez lequel il fut Kam-mo. tué dans la suite,& ils mirent fur le Thrône Pou-lo-tchin qui chin-khan en defcendit presque aufsi-tôt.

Lie-tai-ki

Su.

Pou-lo

guerre Meou-han

ke-chimkai-khan.

Un de fes parens nommé Ta-lan cherchoit à s'attacher les peuples par des careffes dont on fit envisager les fuites au Khan. On lui repréfenta que Ta-lan avoit déja un parti affez puiffant, & qu'il portoit certainement fes vûes jufqu'au Thrône. Pou-lo-tchin fe crut obligé de le prévenir, il fe mit en campagne à la tête de fon armée; mais il fut vaincu & tué dans le combat. Alors Ta-lan se fit reconnoître Empereur de Tartarie, fous le titre de Meou-han-ke-chim-kai khan. Auffi-tôt il déclara la aux Tartares Goei, & vint ravager les frontiéres de la Chine, où il n'eut pas le fuccès qu'il efpéroit. Il fut obligé de fuire devant les Goei, qui le pourfuivirent jufques dans fes Etats, & qui ne furent arrêtés que par la rigueur du froid qui fit périr beaucoup de foldats. Ta-lan ne fe re- L'an 43. buta point de ce malheur, entra de nouveau dans les su. pays que les Goei poffedoient, & y fit quelques rava- Kam-mo. ges. Enfuite il marcha contre les Princes de la petite Dynastie appellée Pe - leam, c'est-à-dire des Leam feptentrionaux (a). L'origine de cette guerre venoit de ce qu'un officier du Roi de ces Leam qui avoit le gouvernement de Hami, s'étant foumis au Khan, avoitété fait, par ce Prince, Roi de Hami. Mum-fun Roi des Leam devoit

Lie tai-ki

(a) On a vû leur Histoire dans le troifiéme Livre de cet ouvrage.

Mcou hanke chimkai-khan. L'an 424.

naturellement être mécontent. Il poffédoit les Provinces Après J.C. Chinoises situées à l'occident du Hoam-ho, où le Khan faifoit alors le ravage. Mum-fun y envoya fon fils Tchimte à la tête de quelques troupes de cavalerie: mais les Geou-gen défirent cette armée & tuerent le Général. L'année fuivante ayant été informé de la mort de Tai-tçong Empereur des Tartares Goei, Ta-lan fe mit à la tête de foixante mille hommes & entra dans le pays d'Yun-tchong (a) dans le Chanfi. Mais il fut obligé de prendre la fuite avec perte des principaux officiers de fon armée. Le nouvel Empereur des Goei le pourfuivit jufqu'au nord du defert de Sable, & la plupart des hordes fe fauverent dans les pays plus feptentrionaux où elles furent difperfées.

L'an 427.

ou 478. Goei-chou.

Su.

Tant de difgraces auroient dû forcer ce Khan à refter Lietai-ki- tranquille dans fes Etats, & à ne plus inquiéter les provinces Chinoifes. Cependant il ne laiffa pas d'envoyer des troupes ou de marcher en perfonne à la tête de fes armées du côté de la Chine pendant deux années de fuite, fans y remporter de grands avantages. L'Empereur des Tartares Goei, ennuyé de voir fes provinces expofées continuellement aux courfes des Geou - gen, réfolut d'aller lui-même les combattre. La plupart de fes Miniftres, fondés fur des fuperftitions imaginaires dont ce Prince se mocqua, s'oppofoient à cette expédition. Il leva une armée de cent mille hommes, avec laquelle il vint fe rendre à l'entrée du grand defert de Sable, où laiffant fes gros bagages, il continua fa marche, entra dans les Etats des Geou-gen, & s'avança jufqu'au fleuve Li-choui. Il rencontra la fortereffe que le Général Teou - hien, en poursuivant autrefois les Huns, avoit fait élever dans ces pays, & il parvint jufqu'à la riviere de Tou-yuen-choui, qui eft éloignée de 3700 li de la ville de Pim-tchim dans le Chanfi. Le Grand Khan qui n'avoit pas prévu cette attaque mit le feu à toutes fes tentes & fe fauva à la hâte du côté de l'occident; fes fujets firent de même, & allerent fe cacher dans les deferts. L'Empereur dans le defsein de

(a) Proche Ta-tum-fou.

L'an 425. Lie-tai-kiSu.

Kam-mo. Ven-bientum-kao.

L'an 429.

1

Meou-han

détruire cet Empire divifa fon armée en plufieurs corps qui s'enfoncerent dans la Tartarie, où ils firent environ Après J. C. cinq mille li d'orient en occident, & trois mille du nord au ke - chimfud, fe faififfant d'un grand nombre de prifonniers. Pour kai-khan. comble de difgrace, les Tartares Kao-tche, voyant la déroute des Geou-gen, les attaquerent, en tuerent un grand nombre & ravagerent tout leur pays. Cette expédition, outre les prifonniers, procura plus d'un million de chevaux aux Goei qui avoient fuivi la riviere Jo-choui (a), & s'étoient avancés du côté de l'occident jufqu'aux montagnes Cho-fie-chan (6) & He-chan, qui font fituées dans le défert. Le Khan mourut de chagrin, & fon fils Ou-ti lui fuccéda fous le titre de So-lien-khan (c).

L'an 431

Lie-tai-ki

Ce Prince dans le deffein de fe vanger des défordres Kam-mo. les Goei venoient de faire dans fes Etats, avoit en- u. que voyé quelques efpions fur les frontiéres de la Chine So-lienpour s'informer de la fituation du pays; mais l'Empereur khan. des Goei les ayant fait arrêter, les lui renvoya, après, les avoir bien traités & leur avoir donné des habits : générofité qui toucha tellement le Khan qu'il ne fongea plus à faire la guerre, & fit auffi-tôt partir des ambaffadeurs pour propofer la paix. Elle fut conclue : So-lien-khan épou- L'an 434. fa une Princeffe des Goei, & l'Empereur des Goei une Lie-tai-ki

Su.

Kam-mo.

fœur du Khan.

Cet Empereur nommé Tai-vou-ti poffedoit alors toutes les provinces feptentrionales de la Chine, & il s'étoit acquis une puiffance fi grande dans toute la Tartarie que les Igours, les peuples d'Harafchar, d'Akfou, de Kafchgar, les Ou-fiun, les Kaptchaq, les Huns du pays des Bafchkirs, les habitans d'Yen-tçai ou de la Sarmatie Afiatique dans laquelle regnoit alors Attila, lui étoient tributaires ou en rélation avec lui. Ce Prince venoit L'an 435. d'envoyer des ambaffadeurs dans toutes ces contrées si éloignées. So-lien-khan en conçut de la jaloufie & craignit

(a) Cette riviere eft proche Kantcheou & va fe jetter dans le Lac Sopou

nor.

(b) Dans l'ancien pays des Huns à

l'oueft de la riviere Jo choui dans le dé-
fert.

(c) C'eft-à-dire dans la langue de ces peuples, très-faint.

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