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ES Huns qui avoient été chassés en partie

Ap:ės J. CA vers les frontiéres de l'Europe , y furent confondus avec plusieurs nations qui habitoient dans les environs du Volga & à l'ouest de la

mer Caspienne. D'autres bandes resterent au nord de la Chine où elles se font multipliées considérablement, & ont été dispersées en plusieurs endroits de la Tartarie. Dairs la suite ces peuples ont reparu sous plusieurs autres noms différens ; mais celui de Huns s'est en tierement perdu , comme il arrive ordinairement parmi les Tartares chez lesquels la Horde qui parvient à l'Empire, donne son nom à toute la nation. Le nom de Huns,anéanti après la ruine de l'Empire qui avoit été fondé par une

des Tatars.

Horde de ce nom, a été remplacé par celui de Turc (a). Après J.C.

C'étoit , selon le témoignage de tous les auteurs Chinois , une petite branche de ces anciens Huns qui s'étoit cantonnée dans la Tartarie.Ce témoignage est confirmé par les auteurs Orientaux , qui ne connoissent les Huns que

sous le nom de Turcs , & par les Historiens de la Bysantine qui regardent les Huns & les Turcs comme un même peuple.

Je ne crois pas devoir négliger ici ce que les Histo

riens du pays rapportent sur l'origine des Turcs , ou plùHif.genealo tột sur le rétablissement de cette nation. J'ai remarqué

que les deux Empires des Mogols & des Tartares dont parlent les Historiens Perfans , étoient , suivant toutes les apparences , les deux Empires des Huns du nord & des Huns du midi, si connus dans l'Histoire Chinoise. Après la destruction de celui des Mogols ou des Huns du nord , Kaian & Nagos, le premier, fils,& le second, neveu du dernier Empereur avoient échappé au massacre général que les Tartares avoient fait de la nation Mogole , & quoiqu'ils eussent été faits prisonniers , tous les deux à peu près du même âge , ils s'étoient mariés dans la même année, avoient ensuite trouvé le moyen avec leurs femnies de se sauver & de retourner dans leur

pays , s'être emparés des chevaux, des chameaux & de tous les bagages de ceux qui avoient été tués, ils sortirent pour aller chercher une retraite plus sûre au milieu des monpays. Ils découvrirent un petit sentier fait

par de certains animaux appellés en langue Tartare Archara, mais fi étroit qu'il n'y pouvoit pasler qu'un homme à la fois ; il étoit environné des deux côtés de précipices affreux. Les Turcs fugitifs s'y engagerent, & entrerent enfuite dans une plaine fort agréable qui étoit entre-coupée de ruisseaux. Ils se fixerent dans ce lieu inaccessible, où pendant l'hiver ils vêcurent de chair , pendant l'été de laitage & de fruits. Ils donnerent à cette contrée le nom d'Erkene-kom (6).

d'où après

tagnes du

La

(*) Les Chinois qui corrompent tons les noms étrangers , le prononcent TouKiouc ou Tea-koue.

(b) Erkené ou Irgana, dans l'ancienne langue Turque , fignifie un vallon, & Kom une hauteur fort roide.

La postérité de ces deux chefs Turcs se multiplia dans cette vallée. Celle de Kaïan (a), la plus nombreuse, fut

Apies J.C. appellée Kaïath. Celle de Nagos fut divisée en deux branches principales, dont la premiere porta le nom de Nagofler, & la seconde celui de Derlighin. Tous ces peuples demeurerent dans la vallée d'Erkené-kom pendant plus de

quatre cens ans, & s'y partagerent en différentes Tribus ou Hordes. Dans la suite , s'y trouvant trop refserrés , ils convinrent , dans une assemblée générale, de reprendre le chemin de leur ancien pays. Il ne s'agissoit plus que de retrouver ce fameux sentier qui y conduisoit , & dont on avoit perdu la connoissance. Toutes les recherches furent inutiles, & il fallut avoir recours au merveilleux. On rapporte qu’un Maréchal qui avoit examiné avec attention cette montagne , découvrit un endroit moins épais, & d'autant plus favorable pour y faire un passage , qu'il n'étoit composé que de matieres ferrugineuses. Il proposa d'y mettre le feu , on y appliqua foixante - dix® soufflets de cuir , à l'aide desquels on fit fondre ce métal , ce qui ouvrit un chemin par lequel un chameau chargé pouvoit passer. Toute la nation sortit, & pour

conserver la mémoire de cet évenement, les Mogols célébroient tous les ans une fête : elle consistoit à mettre rougir dans un grand feu un morceau de fer sur lequel le Khan venoit donner le premier coup de marteau , & après lui tous les chefs des Hordes, pendant que le peuple faisoit la même cérémonie dans chaque Horde.

Dans le tems que ces Turcs Mogols fortirent de leur vallée d'Erkené-kom, ils étoient gouvernés par un Khan nommé Berté-zena, de la Horde de Kurlaff ( 6). Il envoya des Ambassadeurs à tous les peuples voisins, offrant sa protection à ceux qui viendroient se soumettre. Les Tartares, informés de cette irruption, attaquerent les Mogols ; mais ils furent battus & dispersés dans toutes les Hordes. Cet événement arriva,suivant Aboulghazi-Bahadour-Khan,

( 6 ) Cette Horde étoit descendue de Kaian.

(a) Ce nom signifie un torrent qui se précipite avec rapidité du haut d'un rocher.

Tome I.

Ааа

quatre cens cinquante ans après la défaite d'Il-kan, derAprès J. C.

nier Empereur des anciens Turcs Mogols. En comparant cette époque avec celle que l'Histoire Chinoise nous donne de la destruction de l'Empire des anciens Huns & du rétablissement des Turcs , il est facile de reconnoître ce qu'il y a de vrai dans l'origine de ces peuples. Les Turcs ont commencé à reparoître l'an 545 de JesusChrist. Si l'on retrograde de 450 ans, on remonte jusqu'à l'an 95 de Jesus-Christ. Or suivant l'Histoire Chinoise, la grande destruction des Huns septentrionaux , qui sont évidemment les anciens Mogols, arriva l'an 93 de JesusChrift. Ils se sauverent alors en différents endroits. Une grande partie passa les monts Altai , où est située l'Erkenékom. Ainsi la destruction des Huns septentrionaux, & celle des anciens Mogols ne sont qu'un même évenement. Les successeurs de Berte-zena-khan, sont :

Kaw-idill, fils de Berté-zena.
Bizin-kaïan , fils de Kaw.
Kipzi-mergan , fils de Bizin.
Menkoazin-borell, fils de Kipzi.
Bukbendoun, fils de Menkoazin.
Simsauzi , fils de Bukbendoun.
Kaimazu , fils de Simsausi.
Temir-tasch, fils de Kaimazu.
Mengli-khodja, fils de Temir-tasch.

Julduz-khan, fils de Mengli. Ce Prince eut deux enfants qui moururent avant lui ; l'ainé laissa un fils appellé Dejun-bajan , & le second une fille nommée Alan-kaya : Julduz-kan les maria ensemble. C'est de cette Princesse que Genghz-khan est descendu. Nous abandonnons ici les traditions qu’Aboulghazi & les auteurs Persans nous ont conservées, pour passer à celles qui se trouvent dans les annales des Chinois , elles ont un fond de ressemblance entre elles, quoiqu'elles différent les unes des autres par quelques circonstances.

Quelques Historiens font descendre ces Turcs de plusieurs Hordes de Huns qui étoient dispersées dans les ens

Ven-biene tum-kao. Soni-chou. Tom-chou.

ils

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virons de Ping-leang-fou , ville du Chensi. Le nom de famille de ces Turcs étoit Asena ou Zena. Lorsque Tai- Après J. C. vou-ti Empereur des Tartares Goei , eut détruit la famille de T cie-kiu-chi , qui possedoit les environs de Pimleang , où elle regnoit sous le nom de Dynastie de Peleang, cinq cens familles des Zena se fauverent du côté du nord-ouest, & se soumirent aux Tartares Geou-gen, qui les envoyerent habiter dans les monts Altai. Une de ces montagnes fameuses avoit la figure d'un casque , que l'on appelle dans la langue du pays Turc (a). La nouvelle colonie de Huns qui habitoit au pied en prit le nom , & fut occupée à fabriquer des instrumens de fer, art dans lequel elle excelloit.

Suivant une autre tradition, les ancêtres des Turcs demeuroient au-dessus de la mer d’occident appellée Si-hai: ils furent détruits

par des peuples voisins qui n'éparni l'âge ni le sexe. Il n'échappa qu’un enfant âgé de dix ans , à qui on coupa les pieds & les mains , & que l'on jetta dans un grand lac. De même qu'une louve vint alaiter Remus & Romulus qui étoient abandonnés dans les bois, de même ce Fondateur de l’Empire Turc fut rencontré heureusement par une louve qui veilla à sa conservation & lui apporta ce qui étoit nécessaire pour fa nourriture. Quoique les Historiens ne nous donnent aucune explication de cette fable, on ne peut douter que cette louve ne fût une femme ainsi appellée , qui se chargea du soin de nourrir ce jeune homme. Elle l'époula dans la suite , & le transporta à l'orient de la mer occidentale vers une montagne située au nord-ouest du pays d'Igour , où elle trouva une caverne qu'elle traversa : elle entra ensuite dans une belle plaine très - fertile qui avoit deux cens li de circuit. Elle y eut dix enfants qui se marierent à des femmes qu'ils enleverent chez des peuples voisins , & prirent chacun un nom de famille. Un d'eux porta celui de Zena , c'est-à-dire Louve , qui passa à sa postérité. Le chef de cette famille devint le Roi de

(a) Aboulghazi-Bahadur-kan, dit que Turkak signifie en langue Turque une garde.

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