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toute la nation: & pour conferver la mémoire de fon Après J. C. origine, il voulut que les lances auxquelles étoient attachés fes drapeaux finiffent en tête de Loup. Un de fes defcendans nommé O-hien-che, se soumit dans la fuite aux Geou-gen.

En mettant à part le merveilleux cette tradition peut fe concilier avec ce que nous fçavons de l'Hiftoire de ces peuples. Les Huns détruits en Europe fe font cantonnés le long du Volga & de la mer Cafpienne, que les Chinois appellent mer d'occident: quelques-uns de ceux qui repafferent probablement dans la Tartarie, auront gagné les monts Altai, où il fe feront établis, & peut-être ont-ils apporté avec eux l'hiftoire de la Louve, dont les enfans enlevent des femmes étrangeres. Cette fable paroît être copiée fur celle de Romulus, élevé par une louve qui après la fondation de Rome ordonne à fes fujets d'enlever les Sabines. La fuite de ce récit ne s'éloigne point de ce qui eft rapporté dans Aboulghazi-khan, & la montagne au-delà de laquelle on trouve une plaine fertile est I'Erkené-kom de cet Hiftorien.

&

Il ne reste plus qu'une troifiéme tradition qui eft encore raportée par les Chinois. Les Turcs font toujours des Huns qui demeuroient dnns un Royaume appellé Su, fitué à l'ouest du pays des anciens Huns proprement dit. Un chef de Horde nommé Ko-pam- pou avoit dix - fept freres, dont un étoit appellé Y-tche-ni-fai-tou. Tous ces Huns extrêmement groffiers & ftupides furent détruits, & il n'échappa qu'Y-tche-ni-fai-tou qui étoit né d'une maniere miraculeufe, & qui, à ce que l'on prétend, commandoit aux vents & aux pluyes. Il époufa deux femmes, filles, l'une du Génie de l'Eté, & l'autre de celui de l'Hiver. Il en eut quatre garçons, dont l'aîné appellé Natou-lou-che fut proclamé Roi, & donna à fes fujets le nom de Turcs. Parmi les enfants qu'il eut de dix femmes différentes, & qui prirent tous pour nom de famille celui de leur mere, on en défigne plus particulierement un, nommé O-hien-che, qui portoit le furnom de Zena, c'estVen-bien- à-dire Louve. Ainfi toutes ces traditions fe rapportent à

tum kao.

dans ces

faire defcendre la nation des Turcs d'une louve, c'eftà-dire d'une femme à qui l'on avoit donné ce nom. (a). Cette différence d'origines que l'on remarque récits, vient fans doute de ce que les Turcs font formés de différentes Hordes ou Tribus, qui s'étant rapprochées les unes des autres, ont rapporté chacune leurs traditions, que l'on a confondues dans la fuite. Quoi qu'il en foit, les Turcs font des Huns qui commencerent à devenir très-puiffans dans la Tartarie vers le fixiéme fiécle. Ils demeuroient alors aux monts Altai ou monts d'or, Kam-mo; que les Chinois appellent Kin; là ils étoient occupés à travailler aux forges pour le fervice des Tartares Geougen, & c'est pour tranfmettre à leurs defcendans la mémoire de cette origine, que les Khans qui font venus dans la fuite ont inftitué la cérémonie de forger tous les ans un morceau de fer.

L'an 545.

Lie-tai-ki

Le chef de ces Turcs qui fe nommoit Tou-muen, commença par foumettre plufieurs petites Hordes voisines. Kam-mo. Quelques avantages qu'il remporta dans la Tartarie le rendirent redoutable, & les Tartares Goei venus du nordeft de l'Afie, & qui s'étoient rendu maîtres d'une partie de la Chine, furent expofés des premiers aux incurfions que les Turcs faifoient fouvent fur les frontieres occidentales

Sil.

(A) Les traditions rapportées par Aboulghazi le rapprochent beaucoup de ce que j'ai dit ici. Voici la fuite. Alancava eut trois fils, le premier Bocum-catagun fondateur de la Horde des Cataguns ; Boskin-zalzi, de celle des Zalzats; & Buzengir-mogak. Ce dernier eut deux enfans, Tumu!, & Tocha qui ficcéda à fon pere. De Tocha eft venu Dutumin pere de neuf enfans, qui furent tués tous par les Dgelairs, à l'exception de Kaidu. Cet événement paroît le même que celui du malacre des Huns, dont il n'échappe que ce jeune homme élevé par une lou ve. Kaidou eut trois fils, Ballicar, Harmalancum & Zapzin : des deux premiers defcend la Horde des Baizutz. Hurmalancum fut pere de Muranck - ducozina pere de Kadun, fui nommé Taifchi, c'est-à-dire qui a une belle voix. De Zap

1

Après J. C.

zin defcendent les Hordes des Zipzuts &
des Irigents. Après la mort de Kaidu-
khan, fon fils Hurmalancum épousa la
veuve de fon pere, dont il eut deux fils
appellés en langue Mogole, Caudu-zena
& Olekzin - zena; en langue Turque,
Irgak bura & Urgazi-bura, c'est-à-dire
un loup & une louve. De ces deux freres
eft iffue une Horde nombreufe qui a
porté le nom de Zenaff: on l'a auffi
appellée Nagos. Mais il ne faut pas la
confondre avec les Nagofler.Baflicar fuc-
céda à fon pere Kaidou; il eut un fils ap-
pellé Tumana qui regna après lui, & qui
devint fi puiffant qu'il réduifit toute la
tribu des Nirons fous fon obéiffance.
C'est le Toumen-il-khan dont nous al-
lons parler, qui fut le fondateur du nou-
vel Empire Turc.

Soni cheu.

Kam-mo.
L'an

des Etats qu'ils poffédoient dans la Tartarie. Pour en arAprès J. C. rêter le cours, & engager ces peuples à vivre en paix, L'Empereur des Goei jugea qu'il étoit à propos de leur envoyer des Ambaffadeurs. Si cette démarche procura pendant quelque tems la paix du côté de la Chine, elle caufa de grandes guerres dans la Tartarie dont les Geougen furent les premieres victimes, & après eux les Chinois. Le chef des Turcs fe crut un des plus puiffans Princes du monde, & il fçut le devenir par fon courage. L'Ambaffade folemnelle d'un Empereur de la Chine ne fervit qu'à le rendre plus orgueilleux. Il étoit cependant toujours foumis & fous la dépendance du Khan des Ven-bien- Geou-gen; mais la révolte des Tartares Tie-le ou Kao-tche tum-kao. lui fournit l'occasion de s'en fouftraire. Ces peuples defcendus des anciens Huns, & qui étoient difperfés dans toute la Tartarie, principalement le long des fleuves Toula & Irtifch, venoient de prendre les armes contre le Khan des Geou-gen. Le chef des Turcs fe mit à la tête de fes fujets, marcha contre eux, & foumit cinquante mille familles de ces Tartares. Enflé de ce fuccès, il ofa demander en mariage une des filles du Khan des Geougen fon maître, appellé Teou - pim - khan. Le Khan de Tartarie, car ces Geou-gen la poffedoient prefque toute, chaffa avec infulte l'Envoyé de Tou-muen. Quoi, dit-il un de mes esclaves, occupé dans mes forges, ofe prétendre à ma fille?

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que

a

Tou-muen qui ne fe trouva pas moins irrité du refus le Khan l'avoit été de la demande, tua les Envoyés de Teou-pim, & déclara la guerre aux Geou-gen. Afin de la pouffer avec plus de vigueur, il s'adreffa à l'Empereur de la Chine de la Dynaftie des Goei, qui moins difficile que le Khan, lui accorda une Princeffe de fon Lie-tai-ki- fang, appellée Tchang-lo. Appuyé de la protection d'un Prince fi puiffant, Tou-muen ne différa pas à tirer vengeance de l'affront qu'il venoit de recevoir. Il remporta fur les Geou-gen de fi grands avantages, que Teou-ping-khan Ven-bien- leur Empereur, dont les armées avoient été entierement défaite, fe tua de défefpoir. Alors Tou-muen prit le titre de

Su.
Kam-mo.
L'an 552.
Kam-mo.

tum-kao.

Soui-chou.

Tam-chou.

Khan; il fe fit appeller Il-khan, donna à fon époufe celui de Après J. C. Khatoun, & tous les Princes de fa famille, c'est-à-dire, Tou-muenfes enfans & fes freres furent nommés Te-le. Les chefs il-khan. des différentes Hordes eurent le titre de Che. Il créa un Lie-tai-kigrand nombre d'Officiers & de Miniftres, tous diftingués su. par des noms différens. Les plus grands &, les premiers de l'Empire étoient au nombre de vingt-huit. Il établit fa Cour à la montagne de Tou-kin vers les fources de la riviere Irtifch. Son thrône qui étoit placé fous une tente, étoit toujours tourné du côté de l'orient; & devant la principale entrée, il y avoit un drapeau dont l'extrémité étoit une tête de loup en or.

Simocat.

A l'égard de la Religion, les Turcs portoient beaucoup Theophilacte de refpect au feu, à l'air, à l'eau & à la terre. Ils adoroient un Dieu qu'ils regardoient comme l'auteur de l'univers, ils lui facrifioient des chameaux des boeufs & des moutons leurs Prêtres prétendoient avoir le don de prophétie. Outre la Religion que les Turcs professoient, & qui probablement avoit pris naiffance dans leur pays, Religon dont nous ne fommes point affez inftruits pour entreprendre de la faire connoître plus en détail, plufieurs autres Religions s'étoient introduites parmi eux. Le Chriftianisme a dû pénétrer de très-bonne heure dans la Tartarie. Toutes les liaifons que ces peuples orientaux avoient avec ceux de l'occident, ne nous permettent pas d'en douter. Mais il fubfiftoit dans le voisinage une Religion célébre dans l'antiquité, je veux dire celle de Zoroastre, qu'une partie des Turcs avoit embraffée, principalement ceux qui demeuroient du côté de la Perfe & dans le Maouarennahar.

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On n'a pas une connoiffance exacte de fes principes. Les ouvrages de Zoroaftre ne font pas venus jufqu'à nous: ceux qui fubfiftent à préfent, & qu'on lui attribue, foutiendroient difficilement un éxamen bien férieux, & ne paroîtront aux yeux d'un Critique que des ouvrages modernes, dans lefquels ies Mages, qui vivoient au milieu des Chrétiens & des Mahométans, forcés de reconnoître l'ab

Après J. C.

il-kan.

furdité de leur culte, ont alteré l'ancien fyftême de ReL'an 55 ligion, en faisant paffer toutes ces Divinités qui avoient Tou-muen- été l'objet de leur adoration, pour autant d'attributs du feul & vrai Dieu. M. Hyde, trop prévenu en faveur des Ecrivains orientaux & du fujet fur lequel il travailloit, nous repréfente ces Mages tout autrement qu'ils font dépeints dans les auteurs Grecs qui avoient voyagé dans la Perfe & vécu longtems avec les Perfans. Il faudroit diftinguer, pour parvenir à concilier deux fentimens fi oppofés, la Religion Perfanne en deux branches, l'une adoptée par les Philofophes, l'autre par le peuple. C'est ainsi que la Religion des Indes a été formée; les Samanéens ou les fages n'adoroient qu'un feul Dieu les peuples avoient une quantité prodigieufe de Divinités. En admettant cette diftinction, les écrivains Grecs nous auront repréfenté la Religion Perfanne telle qu'ils la voyoient parmi le peuple. Les Mages d'aujourd'hui nous montrent celle des Philofophes &'une reforme de celle du peuple.

Les anciens Perfans adoroient le ciel, la terre le foleil, la lune, le feu, l'eau & les vents. Des écrivains Chinois qui parlent de la même Religion fous le regne des Saffanides, difent en termes formels que les Perians facrifioient au ciel, à la terre, au foleil, à la lune, à l'eau & au feu. Ce dernier élément, fuivant les auteurs Grecs, étoit le plus grand objet de l'adoration des Mages. Ils le regardoient comme une portion de la Puiffance Divine, & le foleil en étoit l'image la plus parfaite.

Zoroaftre auteur de cette doctrine, & que je place vers l'an 683 avant Jefus-Christ, avoit établi deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, le premier la lumiere où Oromaze, le fecond les ténébres ou Ahriman; mais il y en avoit un fupérieur qui les avoit engendrés ; quelques auteurs Grecs lui donnent le nom de Zarouam, que les Perfans appellent Hazarouan, c'est-à-dire l'efpace immenfe des fiécles, l'éternité. Mais probablement les Turcs n'avoient pas adopté ces idées fublimes de la Religion Perfanne, & s'en tenoient au culte groffier qu'ils ren

Herodot. Strabon. Ven-bientum-kao.

Theod.

de Mopf

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