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doient aux élémens, & étoient idolâtres comme le peuple de Perfe.

Ven-bien

Dans la fuite, Manès qui forma fa Religion en partie fur le magifme, en partie fur le chriftianifme, porta lui-même tum-kao. fa nouvelle doctrine dans le fond du Turkeftan & dans le pays d'Igour où on lui éleya des temples. Sa Religion pénétra même jufqu'à la Chine, & il pourroit fe faire que ce fut là l'origine de certains traits de conformité que les voyageurs modernes ont trouvés entre quelques cérémonies Chrétiennes & celles des Lamas de Tartarie. Au refte fans recourir encore au Manicheïfme, on les peut rapporter au Chriftianifme qui y avoit pénétré, qui s'y eft corrompu dans la fuite, & s'eft trouvé confondu & identifié avec les autres Religions du pays.

L'an 553.

Lie-tai-ki

Il-khan (a) ne jouit pas long-tems de l'Empire qu'il ve- Kam-mo. noit de fonder, & mourut l'année fuivante. Son fils nom- Soni chou. mé Ko-lo prit le titre d'Y-fie-ki-khan. Ce Prince envoya su. une ambassade à l'Empereur des Goei occidentaux avec des préfens confidérables, & fut enlevé prefque auffi-tôt par la mort. Il laiffoit un fils qu'il exclut du Thrône pour le donner à fon frere appellé Sfe-kin, qui fut connu Mo-kaa fous le titre de Mo-kan-khan. Celui-ci étoit un Prince khan que

fon courage & fon expérience dans l'art de la guerre rendirent redoutable à tous les peuples voisins. Les Chinois

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Après J. C.
Il-khan.

i

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lui donnent une figure finguliere extrêmement large, une Mo-kan- couleur tirant fur le rouge, & des yeux vifs.

Après J.C.

khan..

Il fignala les commencemens de fon regne par la défaite des Geou-gen; ces peuples ne pouvant lui refifter plus long-tems, furent contraints de fui abandonner leur pays & de fe retirer auprès de Ven-fiuen-ti Empereur des Tey, qui regnoit fur une partie de la Chine. Le Monarque Chinois reçut favorablement ces Tartares ; mais fur quelques prétextes qui nous font inconnus, il dépcfa leur Khan appellé Kou-ti, & mit à fa place Gan-lo-chin fils de Teou-pim, qu'il envoya avec fes fujets demeurer dans les environs de Ma-ye. Il lui fournit tout ce qui étoit néceffaire pour ce nouvel établissement, & marcha enfuite contre les Turcs qu'il força de demander la paix, & de lui payer un tribut.

La fupériorité que les Chinois avoient fur les Turcs obligea le Grand Khan de tourner fes armes du côté de l'occident, où il n'avoit à combattre que des Nomades. II alla foumettre dans le Maouarennahar des peuples appellés Ge-ta, ou Getes. Ceux-ci étoient defcendus des Yuechi, dont nous avons parlé dans l'Hiftoire des Huns. Après avoir traverfé toute la Tartarie, ils étoient venus demeurer fur les bords du grand fleuve Gihon ou Oxus. De-là ils s'étoient étendus le long de l'Indus, & même vers le Ganges où on les retrouve encore fous le nom de Getes. Depuis long-tems ils étoient foumis aux Tartares Geou-gen. Ces Getes avoient embraffé le culte de Fo. Ils habitoient fous des tentes qu'ils transportoient, fuivant la variété des faifons, dans les lieux où ils pouvoient en éviter toutes les rigueurs. Ils étoient gouvernés par un Roi qui changeoit de demeure prefque tous les mois. Il y avoit fi peu de femmes parmi eux qu'ils étoient obligés de fe réunir plufieurs pour en pofféder une; mais Fufage étoit que tous les freres formassent entr'eux cette fociété finguliere, autrement on avoit recours à fes amis. Ces femmes portoient une marque qui faifoit connoître le nombre de leurs maris, & elles demeuroient dans des endroits éloignés de cent, de deux cens & même de trois cens li de l'habitation des hommes, ce qui dans cette

Ven-bien{um-kao.

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forme de gouvernement devenoit néceffaire, puifque
n'appartenant aucun en particulier, elles ne pouvoient Mo-kan-
Après J. C.
demeurer chez un feul. Elles devoient par cette raifon khan.
avoir beaucoup d'empire fur les hommes, auffi difoit-on que
ces peuples étoient fous la domination & les efclaves de
leurs femmes. Les Getes fe rafoient la barbe, avoient
des chariots d'une efpéce particuliere & ufoient d'une
grande févérité envers les voleurs. Ceux d'entr'eux qui
étoient riches élévoient aux morts, des tombeaux de pierre.
Les pauvres fe contentoient de les mettre en terre avec
tous les uftenfiles qui avoient fervi à leur ufage. Ils
avoient fubjugué une partie du Kaptchaq avec les pays
de Khoten, d Yerken & de Kafchgar.

Kam-mo.

Ven--bien

Par la conquête que le Grand Khan fit alors de leur pays, il fe vit maître de toutes les grandes contrées qui s'étendent jufqu'à la mer Cafpienne. Du côté de l'orient il foumit les Kitans qui demeuroient au nord de la Corée, & fubjugua tous les Tartares Orientaux jufqu'à Lie tai-kila mer du Leao - tong. Dans le nord, il avoit dom- u. pté les peuples appellés Ki-kou, à l'oueft d'Irkuts- tum-kao. koi; il poffedoit une partie de la Siberie, & peut-être mê- Soui-chu. me la Siberie entiere fi par le terme de Pe-hai qui fignifie mer du nord on doit entendre là mer glaciale. Mais pour ne pas en impofer à cet égard, je dois faire remarquer que les Chinois ont fouvent donné ce nom à de grands fleuves & à des lacs, & que Pe-hai pourroit défigner auffi le lac Pai-kal. Tous ces vaftes Etats étoient bornés au midi par la Chine.

Lie-tai-ki

Mo-kan-khan, parvenu à un fi haut dégré de puiffance, fe vit en etat d'exiger des Chinois qu'ils fiffent périr le Khan de Geou-gen avec tous ses sujets. Malgré l'injustice qu'il y avoit de livrer ainfi un Prince qui étoit venu implorer la protection de la Chine, l'Empereur des Goei fu nommé Kum-ti entre les bras de qui ils venoient de fe jet- Kam-mo raffembla trois mille hommes de cette nation avec leur Khan, & les livra aux Ambassadeurs Turcs qui les firent égorger impitoyablement aux portes de la ville. Après une action auffi barbare, les Turcs & les Goei fe réuni

L'an 555

ter,

L'an 56.
Mo-kan-

khan.

Kam mo.
Lie-tai-ki-

$16.

Après J. C. rent pour marcher ensemble contre d'autres peuples Tar-tares appellés Tou-ko-hoen qui demeuroient à l'occident du Chenfi. Le Grand Khan détruifit les villes qui leur fervoient de retraites, pendant que les armées Chinoifes Lieta marchoient par d'autres endroits où elles ne firent pas un moindre dégât: elles rencontrerent les Turcs fur le bord du lac Coconor, le Général Chinois y reçut beaucoup d'éloges & de riches préfens de la part du Grand Khan & chacun fe retira fur fes terres. Cette expédition ne doit être regardée que comme une fimple courfe & non comme une conquête, puifque le Khan des Tou-ko-hoen ne vit Lie-talk pas plutot les Turcs hors de fon pays, qu'il entra à main armée dans la Chine, & alla ravager les Provinces qui appartenoient aux Tcheou, Princes qui commençoient à s'établir à la Chine, & y jettoient les fondemens d'une nouvelle Dynaftie Impériale.

L'an

fu.

Ces Empereurs devinrent dans la fuite un objet particulier de l'attention des Turcs & même des autres peu-ples de la Tartarie, & lorfqu'ils furent une fois affermis fur le Thrône de la Chine, le Grand Khan rechercha leur alliance, & leur envoya des Ambaffadeurs. Le Prince qui regnoit alors étoit appellé Mim-ti.Les Getes du Maouarennahar, peut être dans le deffein de fe mettre fous fa protection, & d'implorer fon fecours contre les Turcs députerent vers lui quelques Grands de leur nation & lui envoyerent des préfens confidérables. Le Khan s'en trouva offenfé, & pour prévenir tout ce qui pourroit réfulter de leur intelligence avec la Chine, il rentra dans leur pays à la tête de fes troupes, & acheva de difperfer toutes leurs Hordes. Il refta cependant toujours attaché aux Princes de la Dynastie des Tcheou, & lorfque par la mort de Mim-ti, Vou-ti fut parvenu fur le Thrône, il lui envoya, de même que les Igours & la plupart des peuples jufqu'à Kafchgar de nouveaux Ambaffadeurs; enfuite de concert avec Ti-teou-pou-li chef des Furcs qui prenoit le titre de L'an 563. Khan, il réunit fes troupes à celles de ce Monarque, ils firent ensemble une irruption dans les Etats de Vou-tchim-ti Empereur d'une autre Dynaftie Impériale établie à la Chine fous le nom de Tcy. Celui des Tcheou, étroitement

L'an 561.

L'an 558.

khan

lie comme on le voit avec les Turcs, avoit épousé une Après J. C fille du Khan ;les Tcy qui avoient tout à craindre de cette l'an 563. alliance, effayerent, finon de la rompre, au moins de met- Mo-kantre la méfintelligence entre ces deux Souverains, dans ce deffein ils firent demander une des filles du Khan en mariage. Mo-kan-khan, plus avide des préfens qu'on lui envoyoit dans ces fortes d'occafions, qu'il n'étoit attaché aux traités qu'il avoit faits avec les Tcheou, étoit fur le point de fe décider contre eux, & de faire arrêter leurs Ambaffadeurs pour les livrer aux Tcy, lorfque les Tcheou inftruits de fon deffein lui firent faire de vifs reproches fur fa conduite. Ils lui représenterent que leur Prince avoit toujours été fon ami & fon allié, qu'il leur en avoit donné des preuves en plufieurs occafions, & principalement lorfqu'il lui avoit remis quelques reftes de la nation des Geou-gen qui s'étoient retirés à la Chine ; ils lui reprocherent qu'il oublioit tout ce qu'il devoit à la justice, à la reconnoiffance & aux mânes de fes ancêtres, auteurs des traités qu'il violoit aujourd'hui fi hautement. Le Grand Khan que ce difcours avoit frappé, refta interdit, & après avoir gardé un morne filence pendant un moment, fe déclara publiquement en faveur des Tcheou, & décida la guerre contre les Tcy: alors les Turcs & les Tcheou entrerent de tous côtés dans l'Empire des Tçy; un Général des Tcheou avec dix mille hommes, tant d'infanterie que de cavalerie les vint attaquer du côté du nord ; un autre Général à la tête de trente mille hommes entra par Pimyam dans le Chanfi. Les Turcs au nombre de cent mille cavaliers commandés par le grand Khan & par Ti-teoupou-li pénétrerent par Heng-tcheou. On étoit alors dans l'hyver, & toute la terre étoit couverte de neiges. Les Turcs, accoutumés à fupporter la rigueur du froid ne laifferent pas d'avancer. L'Empereur des Tcy fut obli-gé de fortir de la ville de Po, & pendant qu'un de fes Généraux étoit campé avec trente mille hommes à Pim-yam, il fe fauva dans Tçin-yam où les armées des Turcs & des Chinois le vinrent affiéger. Ce Prince vouloit aban-donner la place & fe retirer plus avant vers l'orient 3

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