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ES Turcs avoient tellement étendu les limites
de leur Empire, que de si vastes Etats, qui com-
prenoient tout le nord de l'Asie, c'est-à-dire la

Tartarie & la Siberie presque entiére , ne pouvoient être long-tems gouvernés par un seul maître. Le Grand Khan qui résidoit aux monts Altai avoit distribué aux Princes de sa famille le gouvernement des Provinces avec le titre de Khan. Mais indépendamment de ces petits Khans subalternes , dispersés en plusieurs endroits de la Tartarie , le Grand Khan fut obligé plus particuliérement d'en placer un du côté de l'occident, tant pour gouverner ces Provinces éloignées du centre de l'Empis

kien-lou.

re, qué pour en imposer aux Nations voisines : c'est-à-di

Après J.C. re aux Perses & aux Romains, maîtres alors du reste de l'Asie. Ce Khan, quoique vassal du Grand Khan, étoit revêtu d'une autorité d'autant plus considérable, qu'il avoit à traiter avec des peuples puissans. Il étoit important qu'il fe fît craindre : cet ancien Empire des Turcs eut donc le même sort que celui des Mogols qui s'établit dans la suite , & qui avoit à peu près la même étendue. Gengiz-khan & ses successeurs regnoient dans le fond de l'Asie pendant que d'autres Khans de sa famille se formerent des Etats dans le Captchaq & dans la Perse, dont à la réferve de quelques hommages qu'ils devoient rendre au Grand Khan, ils étoient en quelque façon maîtres abfolus.

Tou-muen-il-khan fondateur de l'Empire Turc , après Sobum avoir conquis une grande partie de la Tartarie , laissa son Royaume à fon fils nommé Y-sie-ki-khan , auquel succéda Mo-kan-khan , le plus grand Conquérant de l'Asie. Ensuite le thrône fut occupé par To-po-khan , qui partagea l’Empire entre deux Khans qui lui étoient soumis : Ulhfou-khan avoit l'Orient pendant que Pou-li-khan gouver- L'an 572, noit l'Occident; mais Cha-po-lio-khan successeur de To-po Lietni-ké établit quatre Khans. Celui auquel l'Occident échut étoit nommé Tien-kioue, ou Che-tie-mi frere du premier Khan Tou-muen,il prit le titre de Ta-teou-khan; onl'appella aussi Pou-kia-khan. C'est lui qui dans l'histoire Byzantine por- L'angør. te le nom de Tardou : il demeura pendant quelque tems Juftin.

Legm. aux monts Altai , se rendit formidable à tous les autres Khans , & devint dans la suite Grand Khan des Turcs orientaux.

Pendant les troubles dont l'Empire Turc étoit agité , l'an 583. Ta-teou donna du secours à A-po-khan , le même qui A-po-khan l'an 579 étoit venu attaquer le Bofphore alors soumis aux Empereurs de Conftantinople. Ce dernier avoit été fait Khan d'Occident ; & il venoit d'être dépouillé de ses L'an 585. Etats par Cha-po-lio khan ; mais la victoire qui fe tourna de son côté , le rendit ensuite un des plus puissans Prin

Hum-kien ces du Turkestan, le mit en état de fe séparer du reste lou.

fu.

Kam-mo.

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Ven-bientum-kao.

و

de la Nation, de s'établir le long de la rivière d'I-li dans Après J. C. A-po-khan

l'ancien pays des Ou-liun, où il fut le premier Grand Tam-chou. Khan des Turcs occidentaux. Ses Etats bornés à l'Orient

par ceux des Turcs orientaux, & probablement par la riviere d'Irtisch, s'étendoient du côté de l'occident jusqu'à une mer , appellée Lou-tchou-hai, qui ne peut être que les Palus Mæotides , puisque le Bosphore qui venoit d'être enlevé aux Romains lui étoit foumis. Le pays de Kafchgar les bornoit au midi. Pendant l'hyver`il tenoit fa Cour à sept journées de marche au nord-ouest d’Yen-tchi ou Haraschar; c'est ce que l'on appelloit Nan-ting ou Cour du midi : & pendant l'été dans un pays plus au nord de huit jours , qui portoit le nom de Pe-ting ou Cour du nord, situé au nord de Turphan : il avoit pour sujets les Hordes de Tou-ling, de Nou-che-pi, de Ko-lo-lou, de Tchouyoue, de Tchou-mi , d'Igours & autres ; mais la fortune lui devint contraire dans la suite. A-po-khan vaincu par Cha-po-lio-khan , fut fait prisonnier , & les Turcs ses sujets

déférerent l’Empire à un fils de Yam-su qui prit le titre Ni-li-khan. de Ni-li-khan. On ignore ce qui s'est passé pendant le tems Yam chon. que ce Prince fut sur le thrône. Il eut pour successeur Lie-tai-ki- son fils Ta-man qui fut appellé Ni-kioue-tchou-lo-khan.

Sa mere nommée Hiang - chi étoit Chinoise d'origine. Ven hien- Après la mort de son mari & après avoir épousé Po-che

frere de Ni-li-khan , elle se retira à Si-gan-fou, capitale

du Chensi. L'an 600.

Le Grand Khan Ni-kioue-tchou-lo-khan habitoit ordinairement dans l'ancien

pays

des Ou-liun vers la riviere d'Ili. Il avoit partagé le gouvernement de ses Etats entre deux principaux officiers qui portoient le titre de Khan. L'un demeuroit au nord de Schafch', & l'autre au nord d'Aksou. Le huitiéme jour de la cinquiéme lune , tous les officiers de l'Empire tenoient une assemblée générale dans laquelle on faifoit des sacrifices , le Grand Khan envoyoit un de ses principaux officiers: vers la grotte qui avoit' servi de retraite aux ancêtres des Turcs , & là on faisoit encore un sacrifice. Au reste ces Turcs occidentaux avoient la même forme de gouvernement & les mê

Kam-mo.

tum-kao.

Tchou-lo-
khan

mes

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mes que

mès mours que les Turcs orientaux. La mauvaise conduite du Grand Khan Tchou-lo fut cause que plusieurs I'chou-lo

Après J C. de ses sujets se révolterent. Les Tie-le furent les premiers khan. & les plus rédoutables : ces peuples étoient de ces anciens L'an 60s. Huns répandus de toutes parts dans la Tartarie ; ils étoient nombreux & gouvernés par plusieurs chefs qui prenoient le titre de Se-kin ou Kikin : leurs mæeurs étoient les mê

celles des Turcs, ils vivoient de brigandages , ils étoient soumis , les uns aux Turcs orientaux & les autres à ceux de l'occident. Tchou-lo-khan mena contre eux ses armées, les battit & les obligea de lui payer de grosses contributions ; il accabla d'impôts plus particuliérement la Horde des Sie-yen-to qu'il redoutoit , &

pour empêcher qu'elle ne se revoltât, il fit assembler tous les chefs qui étoient au nombre de cent , & les fit massacrer , ađion barbare qui ne servit qu'à irriter ces peuples. En effet , il les vit bientôt sous les armes , conduits par un chef nommé Ko-gneng de la Horde de Ki-pi, qu'ils s'é-. toient choisi , & auquel ils venoient de donner le titre d'Ye-tchin-mo-ho-khan : celui-ci se nomma un petit Khan appellé Tce-ye-tou de la Horde des Sie-yen-to. Mo-hokhan avoit du courage, étoit aimé de ses sujets & respeAté de ses voisins; il battit en plusieurs rencontres Tchoulo-khan , & fe rendit maître en assez

peu

de tems des pays de Hami , d'Igour & d'Haraschar, & établit sa Cour à la montagne Tan-han-chan au nord de Turphan. Là devenu très-puissant par le nombre des peuples qui se jettoient dans son parti, & par l'étendue des pays dont il fit la conquête , il se vit en état de faire des courses jusques sur les frontiéres de la Chine. Tel étoit le sort de cet

L'an 607: Empire d'être continuellement exposé aux irruptions & Lio-tai-kiaux ravages de tous les barbares de la Tartarie. La Chis Ju. ne étoit pour eux un objet d'envie , & une source intarissable de richesses : ils obtenoient des présens considérables pendant la paix: pendant la guerre ils y faisoient un butin immense. L'Empereur Yam-ti de la Dynastie des Soui qui regnoit alors , fút obligé d'envoyer des troupes contre ces Turcs ; mais quoiqu'elles n'eussent remporté aucun Tome I.

Non

Tchou-lokhan.

Lie.tai-ki

Kam-mo.

avantage, les Tie-le cesserent les hoftilités, demanderent Après J. c. à faire la paix , & proposerent de se soumettre , ce qui fut

accepté avec joye par le Monarque Chinois : ils le fes

coururent même dans la guerre qu'il faisoit alors aux L'an 60%: Tou-ko-hoen, peuple Tartare qui habitoit aux environs fu.

du lac de Coconor. Le Khan des Tou-ko-hoen fut obli-
de se fauver dans les montagnes de l'Inde & abandonna
tout son pays aux Chinois , qui y établirent des garni-
fons.

Les traités que la Chine avoit faits avec les Tie-le
Lie-tai-ki-
fu

ne l'empêcherent pas de rechercher l'alliance de Tchou-
lo-khan : démarche qu'elle fit beaucoup valoir , quoi-
qu'elle en eut besoin pour ses propres affaires. Poei-
kiu que l’Empereur Yam - ti avoit chargé d'aller en
Tartarie

pour avoir inspection fur les Tie-le , avoit appris
que le Khan aimoit tendrement fa mere qui demeuroit à
la Chine : il crut que cela pouvoit acheminer à la paix ,
& proposa à l'Empereur de lui envoyer à cette occasion
une ambassade. Yam-ti suivit ce conseil, mais le Khan,
foit par mécontentement de tout ce qui s'étoit passé au-
paravant , soit par le mépris qu'il avoit conçu pour les Chi-
nois, voulut recevoir l'ambassadeur avec hauteur & sans
fe lever de dessus fon thrône, suivant l'usage ordinaire.
Poei-kiu s'en plaignit en rapportant l'exemple de Ki-min
Grand Khan des Turcs orientaux, qui s'étoit de lui-mê-
me déclaré sujet de l'Empire , quoiqu'il fût plus puissant
que lui : il ajouta que l'ambassade qu'on lui envoyoit, avoit
été sollicitée par
sa mere ,

ce une
espéce de compassion que l'Empereur lui avoit accordé
cette grace; mais que s'il vouloit encourir le ressentiment
des Chinois , il exposoit fon Empire à être détruit. Tchou-
lo-khan fit par crainte tout ce qu'on exigea de lui , &
envoya ensuite aux Chinois de ces chevaux fameux qui
fuent le sang, & que l'on tiroit du pays de Ta-ouan,
fitué aux environs du Sihon.

Quoique les Chinois fussent ainsi liés par des traités avec les Turcs & avec les Tie-le , ils ne perdoient point de vûe leurs propres intérêts : les circonstances plus ou

&

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