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Après J. C.

khan.

l'Empire. Y-pi-tou-lou-khan qui eut tous les pays fitués à l'Occident du fleuve I-li, établit fa Cour à l'Occident de la Tie-li-chemontagne Tsou-ko vers Taras. Tie-li-che-khan reçut en partage ce qui étoit à l'Orient de l'I-li. Y-pi-tou-lou-khan devint un Prince très-puiffant, il foumit des peuples de la Siberie, appellés Kie-kou qui s'étendoient depuis les environs de l'Angara & du Lac Paikal, jufqu'à l'Obi & l'Irtisch. Il pénétra même plus avant dans le nord & dompta le Royaume de Po-ma, fitué vers l'embouchure de la Jenifea. Il ménagea toujours des intelligences fecrétes avec les Officiers de Tie-li-che-khan.

Jazdejerd (a) regnoit alors en Perfe, il avoit lieu d'ap- Lie-tai kö préhender la puiffance des Turcs: ces peuples fur la fin de f. la Dynastie des Soui avoient foumis les Perfans. Le fort de Khofrou Perwiz & de la Reine Arzumidokht mis à mort par les Turcs comme on l'a vû,devoit lui faire craindre qu'ils ne rentrassent de nouveau dans la Perfe. A l'exemple de tou tes les autres Nations Afiatiques il rechercha l'alliance des Chinois, & leur envoya des ambaffadeurs chargés de préfens; mais cette démarche devenoit inutile, le trouble étoit dans l'intérieur du Turkestan, les Turcs Tchou-yue & Tchou-mi avec les Igours venoient de ruiner cinq villes du pays d'Harafchar, ils y avoient fait un grand nombre de prifonniers & avoient mis le feu par tout. Ce défordre avoit pour origine le commerce que les Chinois avoient établi depuis quelque tems avec les peuples d'Harafchar à travers le défert. Les Igours & les Turcs qui en étoient L'an 61 mécontents, arrêtoient tous ceux qui arrivoient d'Occident : ils s'étoient même approchés de Hami, dans le deffein d'attaquer cette place importante qui appartenoit aux Chinois. L'Empereur de la Chine irrité de la hardieffe des Turcs, refolut de marcher contre eux le Khan des Sieyen-to s'offrit pour fervir de guide. Les troubles n'étoient pas moins confidérables à la Cour du Grand Khan. Un de fes officiers s'étoit réuni à Tou-lou-khan, & Tie-li-chekhan, dans l'impoffibilité de leur réfifter avoit pris le parti

(a) On le nomme Yley

Après J. C.
Cha-po-lo-

khan.

de fe fauver vers Ferghana où il mourut. Les Turcs mirent fur le thrône fon fils Y-kiu-li-che-y-pi-khan qui mourut che-hou- un an après. Alors les Nu-che-pi déférerent l'Empire à Y-pi-cha-po-lo-che-hou-khan, & l'Empereur de la Chine lui envoya le tambour & le drapeau. Ce nouveau Khan établit fa Cour à l'occident de la riviere d'Ili, & au nord de celle de Soui-ho-choui: il poffedoit les pays d'Harafcar, d'Akfou, ceux qui font dans l'intérieur du défert jufqu'au lac de Lop, tout le Maouarennahar, le Tokhareftan & le Captchaq.

Kam mo.

Cependant l'armée Chinoise continuoit toujours fa rou Liki te vers la Tartarie. Ven-tai Roi d'Igour inftruit de fa marche, mourut de crainte & de défefpoir, fon fils Chi-tching qui lui fuccéda,fut défait & obligé de demander pardon aux Chinois, mais le Général ne le lui accorda qu'à condition qu'il fe préfenteroit les mains liées à la porte du camp. Il ne voulut point accepter des conditions fi honteufes, & il fut battu de nouveau : on lui enleva tout fon pays & on le conduifit à la Chine où on lui donna quelques titres. I fut le dernier de fa famille qui regnoit depuis cent trente-. quatre ans dans ce pays. Le Khan avoit envoyé à fon secours fon frere Che-hou, mais ce Turc n'eut pas plûtôt appris ce qui venoit d'arriver, qu'il fe retira d'avantage du côté de l'occident, & l'armée Chinoife entra dans Khan-. fo-tou-tching, où il s'étoit d'abord retranché. On donna à cette place le nom de Tim-tcheou : les Chinois firent rendre à Tou-ki-tchi Roi d'Harafchar tout ce que les Igours lui avoient pris pendant la guerre: par cette conquête les Chinois furent maîtres de tous les pays qui font entre la mer orientale & Harafchar.

Su.
L'an 640.

fu.

Jufqu'alors l'Empereur de la Chine avoit fait tous fes efforts pour reconcilier les deux Khans; mais Y-pi-tou lou-khan n'avoit jamais voulu y confentir. Ils fe faifoient Kam-mo. continuellement la guerre, Y-pi-tou-lou-khan qui étoit devenu le plus fort envoya le gouverneur de Schafch contre Cha-po-lo-che-hou-khan; celui-ci fut battu & tué, tous fes fujets à l'exception des Nou-che-pi fe foumirent à Y-pi-toulou-khan, qui après cette conquête entra dans le Tokha

I'an 641.
Tam-chou.
Lie-tai-ki-

479 reftan, & deffit les habitans. De-là revenant du côté de l'orient, il ravagea les environs d'Y-tcheou. Hiao-ko gouverneur des Provinces de la petite Boukharie pour les Chinois à la tête de deux mille cavaliers, tomba fur lui & l'obligea de fe retirer. Le Khan avec les Hordes de Tchouyue & de Tchou-mi revint affiéger Tien-chan vers Igour; il fut encore vaincu, & Hia-ko qui voulut profiter de fa victoire, alla ruiner la ville du Sfe-kin des Tchou-yue; enfuite il foumit les Tchou-mi & revint après avoir péné tré jufqu'à la montagne Ko-fu, & tué deux mille Turcs.

Le Khan Y-pi-tou-lou avoit auprès de lui des ambaffadeurs Chinois qu'il retenoit de force, fous prétexte qu'il vouloit leur faire voir qu'il avoit autant de courage que l'Empereur de la Chine qui paffoit pour un grand guerrier. I Il les obligea de l'accompagner dans une guerre qu'il entreprit dans le pays de Kam-kiu le long du Sihon vers la mer Cafpienne. Dans fa route il ruina entiérement le Royaume de Mi, & fit prifonniers tous les habitans. Un -chef de Horde nommé Ni-cho-che,mécontent de ce qu'il ne les avoit pas diftribués à fes troupes, voulut les lui enlever; mais le Khan le fit mourir. Cette action irrita les chefs de Hordes, Ho-lou-ouo attaqua Y-pi-tou-lou & l'obligea de prendre la fuite: ce Khan fe retira dans le Tokhareftan. Ses officiers l'exhortoient de reprendre le chemin du Turkeftan; il n'en voulut rien faire & paffa vers Schafch où il fut abandonné de prefque tous fes fujets. Il choifit la ville appellée Ko-ho-tun; mais dans le tems qu'il en étoit forti pour arrêter des déferteurs, il fut attaqué tout à coup par un Sekin qui le mit en déroute. Le Khan fugitif alla prendre la ville de Pe-choui-hou où il demeura. Alors les Nou-chepi envoyerent des ambassadeurs vers l'Empereur de la Chine pour lui demander un Khan & la dépofition de Ypi-tou-lou. Tai-tçung leur ordonna de choifir celui d'entre les Princes Turcs qu'ils jugeroient le plus digne. On jetta les yeux fur le fils d'Y-kiu-li-che-y-pi-khan qui fut auffi-tôt proclamé, & reçut avec l'inveftiture le titre d'Ypi-che-kuei-khan.

Le nouveau Khan renvoya auffi- tôt les ambaffadeurs

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Après J. C.
Y-pi-tou-

lou-khan.
L'an 642.

Chinois qui étoient retenus depuis-long-tems dans le TurAprès J.C. kestan; il ordonna aux Hordes des Nou-che-pi d'aller afY-pi-toulou-khan, fiéger la ville de Pe-choui-hou; il fe donna une grande bataille, Y-pi-tou-lou-khan fut victorieux; mais fes anciens fujets n'en furent pas plus portés en fa faveur, aucuns ne voulurent se joindre à lui, & il fut obligé d'aller chercher une retraite dans le Tokhareftan & dans le Khorafan. Après qu'Y-pi-che - kuei - khan fut délivré de ce concurrent, il envoya demander en mariage une princesse de la Chine. Il trouva l'Empereur difpofé à la lui accorder, mais à des conditions fi onéreufes qu'il n'y fallut plus fonger. L'Empereur demandoit pour préfent de nôces les Royaumes d'Acfou, de Kaschgar, de Khoten & les auL'an 645, tres Provinces voifines de l'Inde qui appartenoient au Khan, La Princesse resta à la Chine & le Khan garda fes Provinces.

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3

:

Dans ce tems quoique tous ces pays fuffent fi éloignés les uns des autres, ils avoient des intérêts qui les obligeoient de fe réunir, La Chine, les Turcs & les Tibetans formoient trois grands Empires_qui faifoient trembler toute l'Afie. Les autres petits Etats prenoient parti & fe réuniffoient à l'un des trois, mais principalement aux Chinois qui étant les plus puiffans, étoient par là plus en état de mettre un frein à l'ambition des autres : ceux-ci ne cherchoient en même tems qu'à s'étendre aux dépens de tous, & profitoient de ce que les peuples les plus éloignés avoient recours à eux. Samarcande venoit de leur envoyer des ambassadeurs. Jazdejerd Roi de Perfe, quelque tems auparavant, avoit fuivi cet exemple : le Roi du Tibet venoit d'époufer à Laffa une Princeffe Chinoife, & envoyoit à la Chine les enfans des principaux de fa nation pour y prendre les mœurs des Chinois & étudier leurs livres : les peuples du Tien-tço ou de l'Inde, preffés d'un côté par les Turcs, de l'autre par les Tibetans recherchoient auffi la protection des Chinois,

Ce pays de Tien-tço que l'on appelle encore le pays des Brahmes étoit divifé en cinq grands Royaumes, l'un au midi qui confinoit à la mer des Indes, où eft aujour

L'an 642.

d'hui le cap Comorin, & comprenoit la côte de Malabar & les autres pays voifins. Le fecond fitué au nord s'é- Apies J. C. tendoit le long des montagnes qui feparent l'Inde du Ti- lou-khan. bet. Le troisième fitué à l'orient étoit borné la mer; par il étoit formé des pays qui font fur la côte de Coromandel : le quatriéme confinoit à la Perfe & renfermoit les pays voilins de l'Indus. Il y en avoit un cinquiéme au milieu de tous, vers Agra & Benarès. Le Roi de ce dernier nommé Hou-lo-mien-to avoit foumis les quatre autres. Il fe faifoit appeller Roide Mo-kia-to ou de Mevat. Ce fut lui qui envoya des ambassadeurs à la Chine. Quelques autres petits Royaumes voisins, les uns dans l'Inde, les autres dans la Bactriane firent de même : l'an 643 il en arriva du pays appellé Fou-lin ; c'eft l'Empire Grec. On donne au Roile nom de Po-to-li: on ajoute que fes Etats furent attaqués dans la fuite par les Arabes. Mais pour revenir à ce qui regarde plus particuliérement les Turcs, pendant que Che-kuei-khan étoit occupé à faire la guerre à Tou-lou-khan, c'est-à-dire vers l'an 644, Tou-ki-tchi Roi d'Harafchar s'étoit lié avec les Turcs occidentaux,'& un des principaux officiers Turcs nommé Kiu-li-tcho avoit époufé la fille de Tou-ki-tchi, ce qui avoit refroidi beaucoup ce Prince à l'égard des Chinois. Ceux-ci jaloux de l'hommage de ces petits Souverains ordonnerent auffi-tôt au Gouverneur d'occident d'aller affiéger Harafchar: Hiao-ko s'en approcha avec les troupes, la prit, & fit prifonnier le Roi qu'il envoya à la Chine. Il laiffa un des parens de Tou-ki-tchi pour la gouverner; mais le Turc Kiu-li-tcho vint au fecours de cette place, en chaffa les Chinois & les poursuivit : le fuccès cependant ne répondit pas à fon courage, les Chinois revinrent fur leurs pas & le battirent. Les Turcs mirent alors dans Harafchar un officier; celui-ci dans la crainte que les Chinois ne reparuffent, abandonna tout ce pays, & les peuples d'Haraschar choisirent pour Roi Sie-fo-o-na-tchi qui refta foumis aux Turcs. C'eft après cette expédition que le Khan fit demander en mariage une Princeffe Chinoife. Dans les pays que l'Empereur exigeoit pour préfent de nôces. étoit PPP

Tome I.

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