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naturelle à la mort & aux tourmens,
qu'il avoit excitée dans la partie infe-
rieure, afin de consoler les foibles d'en-
tre ses membres qui Teroient frappés de
cette même répugnance. Ils admirent en
cela l'huinilité de Jesus-Christ , qui étant
la source de toute la génerosité des Mar-
tyrs, a voulu se revêtir des sentimens &
des paroles des foibles. Et c'est ce qui leur
a fait dire, que ce que fir Jesus-Christ est
d'autant plus génereux qu'il est plus hum.
ble. Quantò humilius, tantò fortius. En un
mot Jesus - Christ nous enieigne parla,
selon ces Peres, que le dernier degré de
foiblesle qui nous eft perinis, est de de.
mander à Dieu la délivrance des maux;
mais qu'il faut néanmoins que l'amour de
la volonté de Dieu foit li fort dans no-
tre cæur, qu'il nous fasse desirer que la
yolonté de Dieu soit plutôt accomplie
que
la notre.

II.
Saint Ambroise veut qu'il ait souffert
cette peine interieure pour ses perfecu-
teurs mêine, parcequ'il savoit que cet
horrible sacrilege leur attireroit de ri-

goureux câtimens : Nec illud diftat à Amb. in vero, si tiftis erat pro tersecutoribus fuis Inc. quos sciebat immanis facrilegii pænas datie

by yos. Ce n'est pas, dit-il encore , que le Fils e de Dieu craignîc la mort; mais c'est qu'i

ne vouloit pas que la mort fût la cause de la perte des méchans. Et c'elt pourquoi. il pria son Pere de n'imputer point ce peché aux Juifs, afin que la passion qui de- « voit être falutaire à tout le monde, ne fût pas la cause du malheur de ce peuple.

On peut donc croire aulli, en suivant la pensée de ce saint Docteur , que JesuisChrist prévoyant en esprit labus qu'une infinité d'hommes, & principalement de Chrétiens, feroient de ce remede falutaire qu'il leur avoit préparé, cette vûe a fait la principale partie de cette terrible agonie. Il a connu l'état où tomberoit çecte Religion si divine qu'il venoit d'é. tablir, les relâchemens & les desordres qui s'y introduiroient; & il a voulu se laisser pénetrer de douleur par cette vue, comme il l'avoit éré autre fois de ce que Jerusalem avoit rendu inutile par sa dureté le tems auquel il lui avoit fait la grace de la visiter par la puistance.

III. De quelque maniere que l'on conçoive cette agonie,il est certain que Jeluis-Christ n'a ressenti aur un mouvement qui ne fût fou nis à sa volonté, & qui put s'élever fans fon ordre. Aici dans les mouvemens involontaires dont nous fomines agités, il faut reconnoître son excellence audellus de nous, & obtenir par cet aveu

le secours dont nous avons besoin pour les surmonter. Qnoique ce combat en lui fût volontaire,

il l'a voulu néanmoins Hebr. s. éprouver, afin de nous donner plus de

confiance de nous adresser à lui, comme étant bien instruit de notre foiblesle, & de la difficulté de furmonter la crainte des objets terribles. Lui seul nous y peut fortifier: & sans lui nous ne ferions

que des roseaux que tout vent seroit capable de briser.

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PRISE DE JESUS-CHRIST.

I.
E'sus qui s'étoit rabaislé dans le jar-

din
que

Dieu fouffre dans ses élus , ne pou. voit mieux faire voir que ce rabaislement étoit volontaire qu'en pratiquant incontinent après la génerofité la plus parfaite, qui est d'aller au-devant de ceux qui le vouloient prendre, & de se livrer à eux. Dieu ne deinande pas ce degré de vertuau commun des hommes. Il veut au-contraire qu'ils fuyent les grans maux autant qu'il leur est possible ; parcequ'ils doivent savoir qu'ils n'ont pas en eux la force de les fonffrir, & que c'est une imprudence de s'y exposer, n'étant pas allu

rés que Dieu le veuille. Mais Jesus-Chritt pleinement assuré de la volonté de Dieu devoit faire cette avance, & témoigner par là qu'il alloit volontairement à la mort : que personne ne lui ravisloit la

vie: & qu'il n'y avoit que sa charité qui le portar a l'abandonner à la fureur de les ennemis.

II. Cette troupe qui vient pour se faisir de Jesus-Christ n'étoit pas seulement composée d'hommes transportés de fureur & de haine. Il y avoir une infinité de démons mêlés qui la faisoient agir & la remuoient. Celtpourquoi Jesus Christ appelle la puissance qu'ils eurent de le prendre, l'heure en la puissance des tenebres. Luc. 270 Cer exemple nous fait voir que la haine 53. opiniâtre des hommes contre les serviteurs de Dieu , & les entreprises qu'ils forment pour les perfecnter & pour leur ôter l'honneur, ou la liberté, ou la vie , ne vienne pas toujours des hommes, & qu'il s'y inèle des impressions des dée mons qui les agirent: que c'est Dieu qui leur donne le pouvoir d'executer leursmauvais desleins : qu'on est obligé de respecter la puissance de Dieu dans la inalice mêine des hommes & des démons: & que nous aurions grand tort de nous plaindre que Dieu leur accorde ce pou

voir sur nous , puilqu'il l'a accordé à l'é gard de fon Fils même.

Il'I. Qui veut avoir quelque idée des indi gnités qui s'exercerent fur Jesus - Christ dans cette prise, doit consideret que cette troupe étoit poussée & agitée non seulement par les démons, mais par les démons posledés d'une rage & d'une fureur infiniment plus grande que celle qu'ils ont contre le commun des hommes. Jamais ils n'ont haï personne comme ils ont haï Jesus Chrift, & quoiqu'ils ne le connuslent pas pour Dieu , ils favoient néanmoins qu'il avoit pouvoir fur eux, & qu'il étoit inébranlable à tou

urs attaques. Quand ils se virent donc en état d'avoir quelque pouvoir sur lui à leur tour par la permission de Dieu, ils l'exercerent avec une rage inconcevable. Cest ce qui ôte aux hommes tout sujet de se plaindre des duretés qu'ils peuvent recevoir de la part des autres hommes. Quelles qu'elles soient, elles ne sont point accompagnées de cette fureur que Jelus-Christ voyoit dans Judas & dars les autres:& ils doivent toujours penser que tout ce qu'ils souffrent n'approche point de ce que Jelus-Christ a voulu Touffrir pour nous

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