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partout, dans les campagnes, fur les montagnes, dans les
carrefours des villes, & des grands chemins; dans les Cir-
ques, dans les Hippodromes, dans le Stade d'Olympie, &
dans mille autres endroits: en un mot, on en avoit élevé
non-feulement à tous les Dieux, mais à des Villes-même &
à des hommes vivans. Ainfi Augufte, fans parler des autres
Empereurs, avoit fes Autels en plufieurs endroits. On peut
confulter pour tous ces détails le P. Berthaud, que j'ai cité
au commencement de cet article: mais comme parmi ces
Autels il y en avoit de finguliers, il est propos d'en dire

un mot.

Nous trouvons dans l'Antiquité deux Autels, aufquels on avoit donné le nom d'Ara maxima: le premier, dans la Grece, étoit élevé en l'honneur de Jupiter Olympien, comme nous l'apprend Paufanias; le fecond, en Italie, avoit été conftruit pour Hercule, après la défaite de Cacus, ainsi que le raconte élégamment Virgile (1), en faisant parler Evandre de la

forte:

(1) Eneid. liv. 8.

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Sil. Ital. liv.7.
Ovid. Faft. 1.r.

Ex illo celebratur honos, lætique minores Servavere diem; primusque Potitius author Et domus Herculei cuftos Pinaria facri, Hanc aram luco ftatuit, quæ maxima femper Dicetur nobis, & erit que maxima femper. quæ Cet Autel élevé dans la campagne, au lieu même où depuis fut bâtie la ville de Rome, étoit dans le Marché aux bœufs près de la Porte Carmentale; les Potitiens feuls & les Pinariens pouvoient y facrifier. Après l'extinction de ces deux familles, le foin de cet Autel fut donné aux Esclaves, ainfi qu'on l'apprend de Tite-Live (2) & de Valere Maxime (3), (2) Decad. 1. qui dit que ce fut Appius Claudius Cenfeur, qui fit ce chan- liv. 9. gement. Il n'étoit point permis aux femmes d'approcher de sh. 2. cet Autel, ni d'affifter aux facrifices qu'on y offroit, felon Alexander ab Alexandro, lequel ajoute qu'on en éloignoit avec foin les Efclaves, les Affranchis, les chiens & les moûches (4).

(3) Liv. 1

(4) Gen,

Dier. liv. 2;

Il y avoit un autre Autel encore plus fingulier. C'étoit ch. 147 celui qui étoit dans le ciel, fous le nom de la Conftellation.

Tacite, l. 15. l'appelle feulement Ara

magna.j

(1) En. 1, 8.

de l'Autel. Hygin dit que cet Autel étoit celui fur lequel
les Dieux prêts à combattre les Geants, avoient facrifié, &
avoient juré une ligue offenfive & défenfive, contre ces re-
doutables ennemis.

Comme les Payens croyoient que les Dieux habitoient
dans les Temples, dans leurs Statues, & dans les Autels, on
ne doit
pas être furpris du grand refpect qu'ils avoient pour
toutes ces choses; mais parce que leur vengeance éclatoit, à
ce qu'ils s'étoient imaginé, d'une maniere plus fenfible dans
certains endroits que dans d'autres, leur veneration augmen-
toit pour ces lieux-là. Ainfi rien n'étoit plus refpectable, ni
en même-temps plus redouté, que les Autels des Dieux Pa-
lices, où les parjures étoient punis par ces deux Divinités
& précipités dans le Lac près duquel ils avoient juré, comme
nous le dirons dans leur Hiftoire. Tel étoit auffi le célebre
Autel de Lyon, fi redoutable aux Orateurs.

Ce grand refpect pour les Autels avoit fait établir la cou-
tume d'y avoir recours dans toutes les occasions. On y fai-
foit les Alliances, les Traités de paix, les réconciliations, les
mariages, &c. Virgile, fi fçavant dans les ufages de fon
pays, fera notre premier garant, pour ce qui regarde les Trai
tés de paix.

Poft iidem, inter fe pofito certamine, Reges
Armati Jovis ante aras, paterafque tenentes,
Stabant, & cæfa firmabant fœdera porcâ. (1)

Ce même Auteur fait ainfi parler Enée qui fe plaint de l'in
fraction des Rutules:

Multa Jovem, &lafi teftatur fœderis aras:

Silius Italicus reprochant aux Carthaginois leur infidelité, au
fujet des Traités faits avec les Romains, parle du même usage:

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Sed pacis faciem, & pollutas fœderis aras, &c

Dans l'occafion dont je parle, lorsqu'on juroit la paix, on
embraffoit l'Autel, ou on le touchoit feulement; ce que Vir-
gile a très-bien expliqué au fujet du Traité fait entre Enée &
Latinus.

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1

1

Tango aras, mediofque ignes, & numina teftor,
Nulla dies pacem hanc Italis, nec fœdera rumpet,
Quo res cumque cadent (1).

Et Juvenal:

(1) En. 1. 12.

Atque adeo intrepidi quæcumque altaria tangunt (2). Comme les hommes ont toujours cherché à fe tromper les uns les autres, peu raffurés par des Traités de paix & d'alliance faits à la face des Autels, on y ajoutoit encore la religion du ferment, qui fe prêtoit en touchant l'Autel (3), ̧ (3) Voyez comme nous aujourd'hui dans de pareilles occafions, nous employons les Livres facrés de l'Evangile. Les Magiftrats avant que d'entrer dans les charges de la Judicature, prêtoient auffi ferment auprès de l'Autel de Themis. Saint Ambroife nous apprend cet ufage (4) dans cette belle Epitre où il exhorte l'Empereur Valentinien à ne point faire rétablir un des Autels de cette Déeffe qui étoit ruiné.

Lucien, in Jove Tragado.

Tite-Live, liv. 21.Polyb.1.3.

(4) Ep. 34

Pour les mariages qu'on célebroit à la face des Autels, fur-tout de Junon, ou de Lucine, on peut confulter le Pere Berthaud, qui rapporte plufieurs autorités pour le prouver, & quelques exemples qui le confirment. Enfin, c'étoit près des Autels qu'on faifoit des repas publics; ainsi qu'on peut le voir dans plusieurs endroits de Virgile (5) & ailleurs.

CHAPITRE VI I.

Des Bois facrés.

O

UTRE les Temples, les Chapelles, les Laraires, les Autels, le Paganisme avoit encore d'autres lieux deftinés au culte des Dieux. C'étoient les Bois facrés, dont l'établissement est si ancien, qu'on croit qu'il précede même celui des Temples & des Autels. Comme les Romains nommoient ces Bois, Luci, Servius croit qu'ils prirent ce nom, parce qu'on y allumoit du feu pour éclairer les myfteres qu'on y celebroit, Luci, à lucendo. Car foit qu'on eût choili pour

(2) Sat. 134

(s) Georg. liv. 4. Eneid. liv. 8, &c.

cela des Bois que la nature fourniffoit anciennement dans tous les lieux comme il y a bien de l'apparence qu'on le pratiqua d'abord; foit qu'on en plantât exprès, comme on fit dans la fuite; c'étoient toujours des Bois des plus épais, des lieux obfcurs, impénetrables mêmes aux rayons du Soleil.

Ce fut dans ces lieux tenebreux, propres à infpirer je ne fçais quelle horreur, que furent célebrés les premiers myfteres du Paganifme. C'étoit là que s'affembloient nos anciens Druides, qui prirent leurs noms mêmes des chênes de leurs forêts.

Cependant il paroît que les Anciens ont cru que ces Bois d'abord confacrés à Lucine, qui étoit la même que Diane & Hecate, avoient été ainfi appellés du nom de cette Déesse (a).

Quoi qu'il en foit, l'ufage des Bois facrés pour y célebrer les myfteres, eft très-ancien, & peut-être celui de tous qui fut le plus univerfel. D'abord il n'y avoit dans ces Bois ni Temples, ni Autels: c'étoient de fimples retraites impénétrables aux profanes ; c'est-à-dire, à ceux qui n'étoient pas deftinés au culte des Dieux. Dans la fuite on y bâtit des Chapelles & des Temples ; & pour conferver même un ufage fi ancien, on ne manquoit pas, lorfqu'on le pouvoit, de planter des Bois autour des Temples & des Autels, de les environner de murailles, de hayes, ou de foffés; & ces Bois étoient non-feulement confacrés aux Dieux en l'honneur defquels avoient été conftruits les Temples, qui étoient au milieu de ces Rois, mais ils étoient eux-mêmes un lieu d'asyle pour les coupables qui s'y retiroient.

Moyfe pour empêcher les Hebreux, trop enclins aux pratiques idolâtres des peuples qui les environnoient, de fuivre ce pernicieux ufage, leur défend de planter des Bois autour des Autels du vrai Dieu: Ne conferito tibi lucum ullis arboribus (1) Deut. Secundum altare Jehova Dei tui, quod feceris tibi (1). Toutes les

16.21.

fois même que ce faint Légiflateur prefcrit aux Juifs de détruire les Idoles, il leur ordonne en même-temps de couper les Bois facrés: Aras eorum deftrue, & confringe ftatuas, lu& ailleurs. cofque fuccide (2), & ailleurs: Lucos igne comburite (3) Ge mê

(2) Exod. 34.

(3) Deut.

12.

(a) Voyez le Schol. de Stace, fur le qnatriéme Livre de la Thebaïde. Horace, art Poët. Virgile, En. liv. 6. & Servius fon Commentateur.

me

me ordre fut renouvellé à Gedeon, & les Prophetes parlent toujours avec indignation des Rois de Juda & d'Ifraël, qui avoient coûtume de facrifier dans les Bois facrés. Les Juifs étoient fi portés à imiter en cela les peuples idolâtres, qu'un de leurs Rois pouffa l'impieté jufqu'à faire planter à Jerufalem un de ces Bois, que Jolias fit couper & brûler dans la vallée de Cedron (1). Les Rabbins ajoutent qu'il n'étoit pas permis (1) 4. Reg. aux Juifs de paffer dans ces Bois, d'en couper aucun arbre c. 23. pour leur ufage, de s'y repofer à l'ombre, de manger les eufs ou les petits des oifeaux qui y nichoient, ni de prendre le bois mort, ni de manger même du pain qui auroit été cuit au feu de ce bois; furquoi les curieux pourront confulter Selden (2).

Les Bois facrés devinrent dans la fuire extrêmement frẻquentés: on s'y affembloit aux jours de fêtes, & après la célebration des myfteres, on y faifoit des repas publics accompagnés de danfes, & de toutes les autres marques de la joye la plus vive. Tibulle décrit ces Fêtes & ces repas, d'une maniere très-fpirituelle.

Rufticus è lucoque vehit, male fobrius ipfe,
Uxorem plauftro, progeniemque domum (3).

On ornoit ces bois avec foin, de fleurs, de couronnes, de guirlandes & de bouquets; & on y fufpendoit les dons & les offrandes, avec tant de profufion, que quand ils auroient été moins épais & touffus, ils en auroient été totalement obfcurcis, & impenetrables à la lumiere du jour ; ce qui fait dire à Stace:

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Equidem pendentia vidi

Serta fuper ramos (5).

Couper des Bois facrés, ou les dégrader, étoit un facrilege,
Tome I.

Ff

(2) de Jure Nat. & Gent.

L. 2. c. 6.

(3) L. 1. El. 11. V. 51.

(4) Theb. L.

9. n. 588.

(5) Met. L. 8.

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