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tout ce qui paroissoit devoir les embellir , rubans, bandelettes, rameaux; tout étoit employé. On les oignoit avec de l'huile, ou on les frottoit avec de la cire pour les rendre plus luisantes ; & cet usage étoit sur-tout pratiqué à l'égard des Dieux Lares & des Penates. Quoique la maniere de representer les Dieux ne fût pas uniforme, il y avoit cependant des usages assez generalement observés. Ainsi on donnoit à Jupiter un air noble & majestueux, qui annonçoit le Maître du monde, & il paroît toujours avec de la barbe. Apollon qui est peint en jeune homme , n'en porte point; Bacchus en a quelquefois, & alors on l'appelle le Barbu, plus souvent il n'en a point. Junon paroît avec un air digne de l'épouse de Jupiter , & de la Reine des Dieux. Minerve a une beauté mâle & douce, telle qu'il convenoit à la plus sage & à la plus chaste des Déesses. Celle de Venus au contraire presente je ne sçai quoi de mol & d'effeminé , qui annonce la mere d’Amour. Mars a l'air guerrier , Neptune a de la fierté, &c.

Les Dieux portoient ordinairement fur leurs Statues, les fymboles qui leur étoient consacrés. Ainsi paroissent Jupiter avec la foudre, Apollon avec sa lyre , Neptune avec foa trident, Pluton avec le même fceptre, mais seulement à deux fourches. Bacchus y tient à la main des grappes de raisin; Cerès, des épis de bled; Hercule , sa maffue , & Diane porte ses fleches & son carquois. Le chien paroît dans les Statues de Mercure, la chouette dans celles de Minerve, & le ferpent entortillé autour d'un cippe, dans..celles d'Esculape. Le char de Neptune eft attelé à des chevaux marins, celui de Venus à des colombes , celui de Junon à des Paons, & celui de Cybele à des lions. Quelquefois ces symboles sont uniques, quelquefois ils sont multipliés; & quand il paroît qu'ils sont propres à plusieurs Dieux, on nomme Panthées les Statues qui les portent,

telles

que

sont ordinairement celles d'Harpocrate, & quelques autres. Les Statues Egyptiennes étoient plus chargées de ces symboles que celles des Grecs & des Romains, comme on peut le voir dans les Antiquaires. Ces symboles étoient pris ou des arbres, ou des plantes, ou des animaux qui par des raisons particulieres étoient chers aux Dieux , ainsi que nous le dirons en parlant des Sacrifices,

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.

des Offrandes & des Victimes, qu'on prenoit ordinairement parmi les choses qu'on croyoit leur être agréables.

Les raisons de cette prédilection des Dieux étoient quelquefois mysterieuses , & les Anciens n'ont pas osé les rapporter, souvent aussi elles font connuës. Ainly » pour en donner seulement quelques exemples , le laurier" étoit cher à Apollon, à cause de Daphné; le pin à Cybele , à cause d'Atys; & le peuplier à Hercule, parce qu'il en avoit apporté un du Pays

des Hyperboréens, &c. Presque toujours les Statues des Dieux étoient simples & ne presentoient qu'une seule figure , quelquefois elles étoient grouppées, & en contenoient plufieurs. Le Philosophe Albricus qui nous a laissé un petit Traité latin sur la maniere de représenter les Dieux, femble s'être attaché particulierement à ces dernieres figures, comme il est aisé de s'en convaincre en lisant ce petit Ouvrage, & par l'exemple de Saturne què

. Saturne, dit-il, le premier des Dieux, étoit peint fous la figure d'un viellard, les cheveux blancs, la barbe longue , courbé, l'air triste, la tête voilée, & la couleur blême, tenant de la main gauche une faulx , & un serpent qui se mora doit la gueuë, & de la droite un jeune enfant qu'il portoit à la bouche pour le devorer. Il avoit près de lui Jupiter, Neptune, Pluton, Junon & Ops sa femme, dont une main étoir étendue, pour marquer qu'elle étoit prête de secourir tout le monde, pendant que de l'autre elle presentoit du pain à ceux qui pouvoient en avoir besoin.

On rapportera dans l'histoire particuliere de chaque Dieu, la maniere dont on avoit coutume de le representer.

je vais raporter:

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CHAPITRE X.

Des Sacrifices e des Victimes.
E Sacrifice est un acte de Religion, par lequel l'hom-

me reconnoît la Divinité de celui à qui il l'offre, pré-
tend l'honorer de la maniere la plus authentique , le remer-
cier des biens qu'il croit en avoir reçus , & lui en demander
de nouveaux. Dans les premiers temps du Paganisme , le culte

qu'on rendoit aux Dieux étoit très-simple : les Egyptiens, fi (1) Lib. de

nous en croyons Theophraste, cité par Porphyre (1), offroient
Abit. ap. Eur.
Prep. Ev. liv. anciennement à leurs Dieux, non de l'encens & des

fums , mais de l'herbe verte qu'ils cueilloient avec les mains,
& qu'ils leur presentoient comme les premieres productions
de la nature. Ovide peint très-bien la simplicité de ces pre-
niiers Sacrifices : L'encens , dit-il, n'étoit point encore venu des
bords de l'Euphrate , ni le costus de l'extrémité de l'Inde. On ne
connoissoit pas encore le Safran, on se contentoit de metire fur
l'autel de l'herbe ou du laurier.

Thura nec Euphrates, nec miserat India costum,

Nec fuerant rubri cognita fila croci.

par

1. ch. 9.

Liv. I.

Ara dabat fumos herbis contenta Sabinis, (2) Fast.

Et non exiguo laurus adufta foco (2).
Le même Theophraste ajoute qu'on joignoit la libation à ces
anciens Sacrifices ; c'étoit de l'eau sans doute qu'on répandoic
à l'honneur des Dieux, car les Egyptiens dont il parle, ne se
servoient point d'autre liqueur, comme nous le dirons dans la
suite. Pline, Macrobe, Plutarque , Denys d'Halicarnasse , &
Thucydide, parlent souvent de la simplicité des Fêtes & des
Sacrifices des anciens Egyptiens , des Grecs & des Romains,

comme on peut le voir dans Vossius , qui les a cités pour prou-
(3) De Orig. ver cette verité (3).
& progreff.

Cette premiere simplicité dura très-long-temps , & il y eut

Idol.

1

1

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des lieux où elle sublista toujours. Pausanias (1) parlant d'un au

(1) In Au. .tel d'Athenes, consacré à Jupiter le Grand, dit qu'on n'y offroit rien d'animé, & qu'on le contentoit d'y faire de simples offrandes, sans se servir même de vin dans les libations. Cette coutume venoit de Cecrops , lequel en reglant le culte des Dieux & les ceremonies qu'il avoit apportées d'Egypte dans la Grece, avoit ordonné qu'on ne facrifiât rien qui eût vie, & qu’on se contentât d'offrir de simples Gâteaux , ainsi que nous l'apprenons du même Auteur (2).

(2) In Arc.
Comme l'on facrifioit les mêmes choles dont on se nour-
rissoit , lorsqu'aux herbes on commença à substituer le pain, on
employa dans les Sacrifices de la farine & des gâteaux qu'on
pétriffoit avec'un peu de sel. Horace fait allusion à cette cou;
tume :
Non sumptuofa blandior hostia

Mollibit aversos Penates
Farre pio, & saliente mica (3).

(3) Liv. 3: On joignoit à ces Sacrifices les fruits de la terre, le miel,

Od. 23
l'huile , le vin ; mais lorsqu'on vint dans la suite à se nourrir
de la chair des animaux, on commença aussi à en immoler
en l'honneur des Dieux : car il y a toujours eu un rapport mar-
qué, entre la nourriture des hommes & la matiere des Sa-
crifices , puisque la Loi ordonnoit qu'on en mangeât une par-
tie, & qu'ils étoient toujours suivis du feftin, comme on le
verra dans la suite.

Il seroit difficile de décider en quel temps commença par-
mi les Payens, l'usage des Sacrifices sanglans. On ne prendra
pas pour garant de cette découverte Ovide, qui prétend que
la truye fut la premiere Victime animée qu’on offrit à Cerès,
à cause des ravages que cet animal fait dans les champs. Ce-
rès fur la premiere qui prit plaisir à voir couler le sang d'une truye,
pour venger par la mort de cet animal, les ravages qu'il fait dans

1015E11C, pero
Prima Ceres avida gavifa eft fanguine porcæ ,

It's
Ulta suas meritæ cæde nocentis opes (4)

(4) Faft. I. 2. Homere nous apprendra du moins que l'usage de ces sortes

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les champs:

..

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Arc.

de Sacrifices étoit commun du temps de la guerre de Troye, & je ne crois pas que nous ayons d'exemples plus anciens.

Je sçais que Pausanias parle de la Victime humaine que Ly(1) Voyez caon offrit à Jupiter Lycæus (1); que les Auteurs des ArgoPausanias , in nautiques disent que les Heros de la Toison d'or avoient mis

dans leur Navire une Hecatombe, pour l'offrir à Apollon: qu'ils parlent d'un Sacrifice de bêtes fauves prises à la chasse, que ces mêmes Heros immolerent à la place des autres animaux; mais ces autorités font moins respectables qu’Homere, le plus ancien des Poëtes, & dès-là, plus proche des événeniens qu'il racontoit.

Quoi qu'il en soit, on ne sçauroit douter que l'usage des Sacrifices sanglans ne soit très-ancien dans le Paganisme , s'il est vrai, comme l'ont avancé quelques Peres de l'Eglise , que Dieu n'agréa ces fortes de Sacrifices, & que Moyse ne les ordonna aux Ifraelites que pour les empêcher d'en offrir aux Dieux , comme le pratiquoient les Nations voisines. Mais cette idée n'est nullement exacte , & il est certain que dans la vraie Religion ; ces Sacrifices sont aussi anciens que le monde, puisque pendant que Caïn offroit à Dieu les fruits de la terre, Abel lui facrifioit des Victimes prises dans ses troupeaux : Factum est autem .... ut offerret Cain de fructibus terræ munera Da ' mino. Abel quoque obtulit de primogenitis gregis fui , & de adi

pibus eorum (2). Noé au sortir de l'Arche, offrit à Dieu un Sa(2) Gen.

crifice de tous les animaux purs : Et tollens de cunctis pecori

bus & volantibus mundis obtulit holocauftum fuper altare (3). Or (3) Gen. 8.

comme l'Idolâtrie n'est qu'une corruption de la vraie Religion, il n'est pas douteux qu'elle en ait pris les pratiques , & en particulier l'usage des Sacrifices sanglans ; & cela , dèsles premiers siécles. Cependant il n'en est

pas

moins vrai qu'il y eut des Pays où cet usage ne fut pratiqué que fort tard, & qu'on ne l'y recut qu'avec une repugnance , que le fait que je vais raconter , marquoit assez. Parmi les Atheniens le Victimaire , après avoir frappé l'animal qui devoit être immolé, étoit obligé de s'enfuir de toutes les forces : on le suivoit , & pour n'être

pas

arrêté, il jetroit la hạche dont il s'étoit servi, comme étant seule coupable de la mort de l'animal qu'on aldoit immoler. Ceux qui le suivoient, se faisissoient de cette haché,

4.

V. 3. & 4.

V. 20.

&

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