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92 trous

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trouver une renaissance spirituelle , & dont le rit & les céremonies étoient differentes des autres Sacrifices. Mais comme le Poëte Prudence fait une description détaillée du Taurobole, nous allons donner, pour mettre nos Lecteurs au fait, une traduction de ses vers.

Pour consacrer le Grand Prêtre, dit-il, c'est-à-dire , pour l'initier au Taurobole, on faisoit une grande fosse, dans la

quelle il entroit , paré d'un habit extraordinaire , & poron tant une couronne d'or, avec une Toge de foye, ceinte à

la maniere des Sabins. Au dessus de la fosse , il y avoit une espece de plancher , dont les planches mal jointes laissoient plusieurs fentes, & outre cela, on les perçoit de plusieurs

On amenoit ensuite un grand Taureau cou» ronné de festons, portant sur les épaules des bandelettes o couvertes de fleurs, & ayant le front doré. On égorgeoit » cette victime, ensorte que le sang tout chaud, & à grands

flots, couloit sur le plancher, lequel étant criblé de trous, laissoit tomber dans la fosse comme une pluye de sang, que le Prêtre recevoit sur sa tête , sur son corps, & fur ses habits. Non content de cela , il renversoit ausli la tête pour rece

voir ce fang sur son visage, il en faisoit tomber sur l'une » & l'autre joue, sur ses oreilles, fur ses lévres, sur ses na

rines : il ouvroit même la bouche, pour en arroser sa langue on & en avaler. Lorsque la victime avoit rendu tout son sang,

on la retiroit, & le Grand Prêtre sortoit de la fosse. C'étoit » un spectacle horrible

que

de le voir ainsi la tête couverte de sang , la barbe chargée de grumeaux, & tous ses habits v souillés. Cependant lorsqu'il paroissoir , tout le monde le sa

luoit , & l'adoroit même fans oser en approcher , le regardant comme un homme purifié & sanctifié ».

Ceux qui avoient ainsi reçu le sang du Taurobole, portoient le plus long-temps qu'ils pouvoient leurs habits ainsi fouillés, comme une marque sensible de leur regeneration.

2°. Ce n'étoit pas toujours pour les particuliers que se faisoit le Taurobole: on en faisoit la ceremonie pour les Corps de Ville , pour des Provinces entieres , pour la prosperité de l'Empereur, &c. Quelquefois ces regenerations étoient pour vingt-ans ; quelquefois enfin l'Archigalle , ou le Grand

Prêtre

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vre,

&

Prêtre de Cybele , l'ordonnoit dans certaines occasions (a).

3°. Ce Sacrifice de regeneration n'exigeoit pas toujours qu’on immolât un Taureau : la victime étoit quelquefois un belier , & alors il se nommoit Criobole. Quelquefois une ché& alors il portoit le nom d'Egibole , ou Ægobole

. Plusieurs Sçavans ne conviennent pas que cette derniere victime ait été employée dans les Tauroboles, mais seulement le taureau, quelquefois le belier, lorsqu'on vouloit honorer Atys , favori de Cybele, à laquelle le Taurobole étoit uniquement consacré ; quoique Duchoul, Cambden, Selden & quelques autres ayent cru qu'il s'offroit ausli à l'honneur de Diane.

Finissons ce Chapitre par quelques observations generales au sujet des formules de prieres qu'on y faifoit. Comme on croyoit que les Dieux eux-mêmes avoient dicté ces formules, on les regardoit comme quelque chose de si essentiel, que G celui qui étoit chargé de les prononcer, en oublioit ou transposoit seulement quelque mot, on étoit persuadé que

le Sacrifice devenoit inutile. Aussi quand le Conful Decius se devoua aux Dieux infernaux, & avec lui les Troupes ennemies, il avertit le Pontife Valere Maxime de

prononcer exactement la formule prescrite en cette occasion. Il y avoit même des hommes préposés pour prendre garde qu'on n'oubliât rien du Formulaire ; & pour qu'ils pussent entendre celui qui le prononçoit, sans en perdre aucune parole, ils imposoient silence aux Asliftans. La plûpart de ces formules , si nous en croyons Jamblique (I), comme celle de la Theurgie , espece de ma- (1) Des Mylt. gie, dont on parlera dans la suite, avoient d'abord été composées en Langue Egyptienne, ou en Langue Chaldaique. Les Grecs & les Romains en les traduisant y avoient laissé beaucoup de mots de ces Langues étrangeres, ce qui les rendit souvent un langage barbare & inintelligible, mais toujours d'autant plus respectable qu'il étoit plus inintelligible & plus barbare. (a) Tout cela eft tiré des Inscriptions, & de la Dissertation de Monsieur de Bose.

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CHAPITRE X I.

A

Des Instrumens dont on se servoit dans les Sacrifices dans

d'autres Čerémonies religieuses. Pre's avoir traité des Sacrifices & des Victimes, je

dois parler des Instrumens facrés ; mais comme il est diincile d'en faire bien entendre la description sans figures , les Lecteurs auront recours aux Antiquaires qui les ont fait graver.

Celui qu'on nommoit Acerra, étoit un coffret dans lequel on mettoit l'encens , à peu près comme nous en avons dans nos Eglises ; car ceux des Anciens, que le temps nous a confervés, & qu'on voit dans les cabinets des curieux, n'étoient pas tous faits fur le même modéle, ni de même metal. Ce coffret ou cette boëte de parfums , se voit souvent sur les Monumens anciens , entre les mains des Camilles, quelquefois entre celles des Vestales.

L'Encensoir, ou Thuribulum , étoit connu des Anciens , mais on n'en voit aucune representation dans les Monumens. Les Grecs nonmoient cet Instrument Thymiaterion , & on voit bien quel en devoit être l'usage.

Le Prefericule étoit un vase qui contenoit la liqueur dont on se servoit dans les Libations. Le Disque, un bassin où l'on mettoit les viandes des victimes. L'Aspersoir , qui étoit à peu près comme les notres, de crin de cheval , ou de quelqu'autre animal, avec un manche, fervoit pour les afpersions d'eau luftrale , qui étoit contenue dans un vase, dont les monumens nous ont conservé quelque representation.

La Patere , étoit un instrument ordinairement rond , un peu creux ,

& avec un manche. Elle servoit à recevoir la liqueur qu'on y versoit du vase, & à la repandre sur la victime ; ce que Virgile explique très-nettement :

Ipfa tenens dextrâ pateram pulcherrima Dido (1) En. L. 4:

Candentis vaccæ media inter cornua fudit (1).

tere,

La belle Didon tenant la patere de la main droite , la versa entre
les cornes de la Genisse blanche. Cet instrument, fait de differens
metaux, avec quelques varietés pour sa forme, est celui que le
temps a le plus respecté, & il y a peu d'Antiquaires qui n'en
ayent plusieurs.
Le Simpulum, qui approchoit assez par sa forme de la Pa-

étoit une espece de cueiller , dont, selon Feftus, on se servoit dans les Sacrifices pour faire les Libations du vin. Pline (1) nomme cet instrument Simpuvium, & dit qu'il y en

(1) L. 35. avoit de terre cuite.

C. 12, Le Bâton augural, qu'on appelloit Lituus , ainsi qu'une forte de trompette, étoit un peu recourbé

par le bout, & les Augures , qui vouloient examiner le vol des oiseaux pour en tirer quelque présage, le tenoient à la main : on le trouve communément sur les Monumens & sur les Medailles.

Le Maillet , malleus , servoit pour assommer la vi&time, ainsi que

la Hache ; car on voit ces deux sortes d'instrumens fur les bas-reliefs indifferemment entre les mains des Victimaires.

Le Secespita , étoit un Coutelas qui servoit à égorger la victime : il y en avoit de differentes formes, & même à guaîne. La definition qu'en donne Feftus est juste : c'étoit , dit-il, un couteau de fer, long, à manche rond & d'yvoire, orné au pommeau de bandes d'or & d'argent, dont les Flamines & les Pontifes se servoient pour sacrifier.

Le Ligula, ou Lingula, étoit une espece d'Espatule dont se servoient les Haruspices pour fouiller dans les entrailles des vi&times.

Le Candelabre étoit un chandelier à plusieurs branches, sur lequel on mettoit les torches qui brûloient pendant le Sacrifice.

Le Dolabre , un grand couteau qui fervoit à découper la victime (a).

L'Enclabrès, dont parle Miffon dans son Voyage d'Italie, étoit la Table sur laquelle on posoit la victime, pour en considerer plus commodément les entrailles , & en tirer les augures.

(a) On en trouve la representation dans le cinquiéme Tome des Memoires de l'Academie des Belles-Lettres.

L'Offa ; étoit la Marmite dans laquelle les Prêtres faisoient cuire la portion de la victime, qui leur avoit été destinée.

La Tronpette étoit une espece de Cor ou de Clairon , dont on sonnoit dans la ceremonie des Hecatombes ; mais: dans tous les Sacrifices c'étoit toujours un joueur de fûte , qui accompagnoit la victime, lorsqu'on la conduisoit dans le lieu où on devoit l'immoler , & qui jouoit de ses deux fûtes pendant le Sacrifice, comme on le voit dans presque tous les monumens qui nous restent sur ce sujet.

L’Urceoius, étoit un petit vase, de bronze, d'argent, de terre, ou de quelque autre matiere, qui avoit un col retresli, & l'ouverture large, à peu près comme nos .burettes, que portoient les Ministres subalternes, pour laver les mains des Prêtres. On en trouve souvent, sur les monumens antiques, entre les mains de ces fortes de Ministres.

Quoiqu'on ne doive pas mettre les Trepieds au nombre des Instrumens dont on fe fervoit dans les Sacrifices, cependant comme il y en avoit souvent dans les Temples , sur-tout dans ceux d'Apollon, & qu'ils servoient quelquefois à foutenir des vases sacrés, il est necessaire d'en dire ici quelque chose. Sans m'arrêter à la distinction d'Athenée qui n'en admet que de deux fortes, qui se reduisent aux grands- & aux petits Trepieds, je les divise en trois especes. Je mets dans la premiere , ceux qui fervoient à la. Pythie lorsqu'elle rendoit les Oracles d'Apollon dans le Temple de Delphes. Comme l'exhalaison qui lui inspiroit l'avenir fortoit d'une caverne,

que nous le dirons dans l'Histoire des Oracles, & qu'on pouvoit y tomber en s'en approchant de trop près, ce qui étoit arrivé quelquefois, on inventa une machine soutenuë sur trois pieds qui pofoient sur le roc , & la Prêtresse s'y asseioit, pour recevoir commodément & fans danger l'exhalaison de la caverne. C'est cette forte de Trepieds dont il est tant parlé dans l'Histoire ancienne. La seconde espece comprend tout ce qui étoit appuyé sur trois pieds , vases, tables, ou quelque autre chose que ce fût ; & de ceux-ci il y en avoit un grand nombre. Je mets dans la troisiéme les Trepieds votifs , que des Princes ou des Particuliers consa;

ainsi

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