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Empedocle, Democrite , Platon , non-seulement n'en rapa porterent que des connoissances purement naturelles, mais ne témoignerent pas même qu'il y en eût d'autres.

Mais je suis persuadé que les Magiciens d'Egypte employoient les pratiques les plus superstitieuses, & c'est l'idée qu'en donne Moyfe. Je ne nommerai pas même les autres fortes de magie, qui sont fondées sur des usages aussi criminels qu'inutiles, & qui portent ceux qui s'y addonnent , à des excès qui font horreur. Heureusement on abandonne aujourd'hui une science fi funeste : on a ouvert enfin les yeux sur la vanité de ces superstitions , & sur la folie de ses promesses ; & si elle est encore pratiquée par quelques gens grossiers & de la lie du peuple , on peut affùrer qu'elle n'eut jamais moins de vogue, qu'elle en a de nos jours. Venons maintenant à la magie qui faisoit un des principaux dogmes de la 1 heologie payenne, & qui est en même temps celle de toutes , qui a eu les plus illustres partisans, sur-tout parmi les Philosophes qui vivoient dans les premiers siecles du Christianisme. On

peur definir la magie, l'Art de produire dans la nature des choses au-dessus du pouvoir de l'homme, par le secours des Dieux, en employant certaines paroles & certaines ceremonies. Comme les Magiciens invoquoient deux sortes de Divinités, les unes bienfaisantes, & les autres malfaisantes & nuisibles, cette difference constitue deux sortes de magie. L'une, & c'étoit celle qui avoit recours aux Dieux bienfaifans , fut nommée Théurgie ; l'autre , qui n'avoit pour objet que de faire le mal , & qui pour cela n'invoquoit que des Genies malfaisans, fut appellée Goétie. Autant que les plus sages du Paganisme, & les plus grands Philosophes mepriserent la Goérie , autant faisoient-ils de cas de la Théurgie. Elle étoit , selon eux, un art divin qui ne servoit qu'à perfectionner l'efprit, & à rendre l'amne plus pure ; & ceux qui par le moyen de cette magie avoient le bonheur de parvenir à l'Autopsie , état où l'on avoit un commerce intime avec les Dieux, se croyoient revêtus de toute leur puissance, & étoient persuadés que rien ne leur étoit impossible.

C'étoit à cet état de perfe&ion que tendoient ceux qui faisoient profession de cette forte de magie ; mais aufli elle fou

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mettoit à des pratiques difficiles. Il falloit que le Prêtre Théurgique fût irreprochable dans ses moeurs, & que tous ceux qui participoient à ses operations, fussent purs ; qu'ils n'eussent eu aucun commerce avec les femmes ; qu'ils n'eussent poinc mangé de choses qui eussent eu vie; & qu'ils ne se fussent point fouillés

par

l'attouchement d'un cadavre. Les Philosophes & les gens les plus vertueux se faisoient honneur d'être initiés dans les mysteres de cette forte de magie. La Goétie étoit bien differente : tout la rendoit également odieuse & meprifable. Ceux qui en faisoient profession n'avoient coinmerce qu'avec les mauvais Genies, & n'employoient leurs operations que pour nuire. L'appareil de leurs ceremonies redoubloit encore l'horreur qu'avoient de cette magie les honnêtes gens. Les lieux foûterrains étoient choisis preferablement aux autres : la nuit, les victimes noires qu'ils immoloient ; les oflemens des morts , les cadavres dont ils étoient environnés dans les antres; les enfans qu'ils égorgeoient pour chercher l'avenir dans leurs entrailles; tout étoit également funefte & criminel.

Jamblique, dans fon Traité des Myfteres s'étend beaucoup sur cette matiere, & fon Ouvrage suppose partout la distinction de la Théurgie & de la Goérie, & c'est de la premiere qu'il paroît faire grand cas. Ce que l'une & l'autre avoient de commun, c'est qu'elles employoient également des paroles ausquelles on croyoit être attachée une certaine vertu. Quel-quefois le charme feul de ces paroles mysterieuses operoittout l'effet qu'on attendoit, souvent il falloit y ajoûter des compositions d'herbes ; toujours il étoit necessaire d'observer exactement le temps des Sacrifices, les jours, les heures , l'aspect des Aftres, le nombre & la qualité des Vi&times. Le plus grand embarras étoit de sçavoir quelles Divinités on devoit invoquer, quelles offrandes on devoit leur presenter , quelles plantes , quels parfums leur étoient les plus agréables.En effet, la dose plus ou moins forte rendoit inutile l'operation magique, ausli-bien que

l'oubli d'une seule Divinité. Comme une corde rompue derange l'harmonie d'un Instrument, de même , remarque Jamblique, un Dieu dont on avoit oublié le nom, ou en l'honneur duquel on n'avoit pas fait entrer dans la composition des choses qu’on offroit, le

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C. 4.

parfum, l'herbe , ou roure autre chose qui lui étoit specialement consacrée, empêchoit l'effet du Sacrifice.

Pline se mocque agréablement de cette forte de superfi(1) Liv. 26. tion (1), lorsqu'après avoir parlé d'une herbe qu'il fuftifoit ;

diluit:on, de jetter au milieu d'une armée pour la mettre en derouté, il dit: » Où étoit cette herbe lorsque Rome étoit > pressée par les Teutons & par les Cimbres ? Pourquoi les » Perses ne s'en servirent-ils pas lorsque Lucullus tailloit en pieces leurs Troupes » ? Puis reprenant son serieux , il

querelle Scipion d'avoir fait un amas fi considerable d'armes & de machines de guerre, puisqu'une seule plante lui suffisoit pour lui ouvrir les portes de Carthage.

Conime le Paganisme admettoit un grand nombre de Dieux, dont les uns étoient bienfaisants, les autres malfaisants ; que chacun avoit son culte particulier & ses ceremonies marquées; si on vouloit obtenir d'eux quelque grace , réuffit dans quelqu'entreprise, il falloit être attentif à la maniere dont la Reli gion enseignoit qu'ils vouloient être honorés. Ce principe posé , il-est aisé de voir que la Théurgie & la Goétie avoient un rapport marqué avec la Theologie, & que ceux qui faisoient profession de l'une & de l'autre de ces deux magies y devoient être d'excellens Theologiens. Voila ce qui fait dire à Pline que la magie, née de la Medecine, après s'êtte fortifiée du fecours de l'Astrologie, avoit emprunté de la Religion ce qu'elle avoit de splendeur & d'autorité.

Les Théurgiques n'arrivoient pas tout d'un coup à cet état de perfection où ils tendoient & il falloit passer d'abord par les Expiations ; on se faisoit ensuite initier aux perits mysteres, qui étoient comme une préparation à un état plus relevé : il falloir jeûner', prier, vivre dans une exacte continence, fe purifier : ensuite venoient les grands myfteres , où il n'étoir plus question que de mediter , & de contempler toute la nature, qui n'avoit plus alors rien de caché pour ceux qui avoient

par ces épreuves. Neron, dont la folie étoit de vouloir

commander aux Dieux, & qui croyoit ne pouvoir y parvenir (2) Pline que par la magie, faifoit si grand cas des Magiciens (2), qu'il L. 30. C. 12, en faifoit venir de tous côtés, & les combloir de bienfaits. Le soin de lui en annener valut à Tiridare la Couronne d'Armenie.

paffe

On étoit li persuadé du pouvoir de la magie, sur-tout de la Théurgique, & de l'efficacité des mysteres, qu'on croyoit que les prodiges de valeur d'Hercule, de Jafon, de Castor & de Pollux, & des autres Heroș, étoient dûs à leur initiation à ces mysteres. Varron, le plus sçavant des Romains , étoit si convaincu de la force & du pouvoir de cette magie, qu'il ne doutoit point que ce que raconte Homere de la metamorphose des Compagnons d'Ulysle en pourceaux , ne fùf l'effet des enchantemens de Circé. Il jugeoit de même de ce qu'on débitoit des Arcadiens, qui, disoit on, traversant un étang à la nage, étoient changés en loups , & reprenoient au bout des neuf ans leur premiere figure , si après s'être abstenus pendant ce temps-là de manger de la chair humaine, ils repalJoient le même étang.

J'ai dit que pour réussir dans les operations de la Théurgie, il falloit ne rien oublier des pratiques & des ceremonies qui avoient été prescrites à ce sujet : il en étoit de même des formules de prieres & des autres paroles qu'il falloit prononçer ; & quoique ces formules fussent souvent composées de mots d'une langue étrangere qu'on n'entendoit pas, il étoit necessaire cependant de les reciter telles qu'elles étoient, sans en omettre une syllabe ; ainsi que nous l'avons dit en parlant des Evocations & des Devouemens (1). On étoit même si (1) Liv. 3. persuadé de la necessité de suivre entierement le ceremonial, qu'on disoit

que

fi Tullus Hoftilius avoit consulté le Pontise préposé aux pratiques de la Religion , lorsqu'il entreprit de faire descendre Jupiter du ciel selon les pratiques prescrites dans le Rituel de Numa Pompilius, il n'auroit pas été frappé de la foudre, pour avoir manqué à quelque chose dans le Şacrifice qu'il offrit pour cela. Ce traiç d'Histoire, pour le dire en passant, nous apprend que Numa, parmi les ceremonies religieuses qu'il avoit enseignées, en avoit prescrit pour les Evocations , qui étoient une suite de la magie Théurgique.

Entre ces Evocations, la plus folemnelle, & celle en même temps qui étoit le plus souvent pratiquée, étoit celle des ames des morts. L'usage d'évoquer les manes étoit fi ancien, que son origine remonte aux temps les plus reculés ; & tous

Evocations des manca.

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C. 28. y. 11.&

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les anathémes lancés par les Auteurs sacrés, contre ceux qui consultoient l'esprit de Python , sont des preuves de l'ancienneté de cette pratique. Parmi les differentes sortes de magie que Moyse défend, celle d'évoquer les manes y est marquée expressément: Nec fit:

qui quærat à mortuis veritatem. Personne n'ignore l'histoire de Saül, qui alla consulter la Py(9) Reg. 1, 2, thonisse d'Endor pour évoquer l'ame de Samuel (1). Je n'en

trerai point dans l'effet qu'eut cette Evocation , & je n’examinerai point si veritablement Samuel apparut à ce Prince, ou si ce fut le Demon qui le trompa fous une apparence empruntée, ou enfin si la Pythonisse elle-même le feduilit par quelque illusion. On sçait que les sentimens des Peres & des Ecrivains Ecclesiastiques sont fort partagés là-dessus , & que la Religion n'a rien établi qui puisse nous engager à suivre aucune opinion, préferablement à une autre. Je ne parle que de l'usage, & il est certain qu'il étoit aussi ancien, qu'il étoit universellement pratiqué.

Les Auteurs profanes regardent Orphée comme l'inventeur de cet art funeste, & il est vrai en effet que les Hymnes qu'on lui attribue , sont la plậpart de veritables Evocations : mais il y a apparence que cette pratique étoit venue des Peuples de l'Orient, & qu'elle fut portée dans la Grece avec les autres Ceremonies religieuses par les Colonies qui vinrent s'y établir. Quoiqu'il en soit, il est sûr qu'au temps d'Homere on pratiquoit l'usage de cette sorte d'évocation, comme il paroît par quelques endroits de l’Iliade , où il en est fait mention. Ce n'étoit

pas

même alors une chose odieuse & criminelle, puisqu'il y avoit des personnes qui faisoient publiquement profession d'évoquer les ames , & des Temples pour y faire la ceremonie

de l'Evocation. Pausanias parle de celui qui étoit dans la Thesprotie, où Orphée alla pour évoquer l'ame (2) In Beot. de sa femme Euridice (2). C'est ce voyage même, & le motif

qui l'y amena , qui ont fait croire qu'il étoit descendu aux Enfers. Le voyage d'Ulysse au pays des Cimmeriens, où il alla,

pour consulter l'ombre de Tiresias, qu'Homere decrit si bien (3) Liv. 11. dans l'Odyssée (3), a tout l'air d'une semblable Evocation ; &

on pourroit en dire autant de tous les autres prétendus voyages dans le Royaume de Pluton.

Mais

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