vivement frappés quand un Auteur fçait ménager une intrigue perte teurs. Enfin on peut dire que les Peintres travaillant d'après les Les Peintres imaginations Poëtiques, ont auffi donné cours à quelques Fa- & les Sculpbles; & c'eft peut-être à eux, du moins en partie, que nous devons l'existence des Centaures, des Sirennes, des Harpyes, des Nymphes, des Satyres & des Faunes, qu'ils ont peints fur les Portraits qu'en faifoient les Poëtes, ou fur quelques Relations de Voyageurs & de Pefcheurs ; ils ont même fouvent donné cours aux Hiftoires fabuleufes, en les reprefentant avec art; ce qui eft fi vrai, comme je le remarquerai dans la fuite, que les Payens devoient l'existence de plufieurs de leurs Dieux, à quelques belles Statuës, ou à des Tableaux bien faits. . Comme il eft fouvent arrivé qu'une même perfonne a eu plusieurs noms, ce qui étoit fort commun parmi les peuples Orientaux, on a crû dans la fuite des temps, en lifant des té Hiftoires mal digerées & des avantures affez incompatibles, qu'il s'agiffoit de differentes perfonnes; delà la multiplication des Heros on a partagé entre plufieurs, les actions & les voyages d'un feul. Mercure, par exemple, s'appelloit Thaut en Egypte, Teutat chez nos anciens Gaulois, Hermès chez les Grecs. Pluton, Dis chez les Celtes, Adès chez les Grecs, Sumanus chez les Latins, Soranus chez les Sabins; & comme on ne connoiffoit quelquefois dans un pays le Heros ou Tome I. F ce. La plura Sixiéme fourlité, ou l'unides noms. Septiéme fource. L'ignorance de La Philofophic. le Dieu que fous un feul nom, & qu'on ne fçavoit pas trop ce qu'il avoit fait hors delà; quand on venoit à lire d'autres avantures que celles dont on avoit oui parler, d'autres noms ou d'autres qualités, on ne doutoit point qu'il ne s'agit de différentes perfonnes; delà ce prodigieux nombre de Jupiters, de Mercures, &c. On a quelquefois fait tout le contraire; & quand il eft artivé que plufieurs perfonnes ont porté le même nom, on a attribué à un feul, ce qui devoit être partagé entre plufieurs, & l'Hiftoire du plus connu, a été chargée des avantures de tous les aurres: Telle est l'Hiftoire d'Hercule de Thebes, dans laquelle on a mêlé les actions & les Voyages d'Hercule Phénicien, & de plufieurs autres Heros du même nom : telle est encore l'Hiftoire de Jupiter fils de Saturne dans laquelle on a raffemblé les avantures. de plufieurs Rois de Crete, qui ont porté le même nom, qui étoit commun parmi les anciens Rois, comme celui de Pharaon ou de Ptolemée l'étoit en Egypte, ou celui de Cefar parmi les Empereurs Romains. L'ignorance de la Philofophie, & fur-tout de la Phyfique, a aussi donné lieu à beaucoup de Fables: la curiofité si naturelle aux hommes, les a toûjours portés à chercher la caufe des évenemens qui furprennent (a); & dans les fiécles barbares, où l'on étoit fi peu avancé dans la connoiffance de la nature, on avoit recours à des chofes fenfibles & groffieres: on animoit tout, les fleuves, les fontaines, les aftres. C'étoit un excellent abregé des recherches ; rien de plus aifé que de rapporter à des causes animées, des effets dont on ignoroit les principes. On donna enfuite de la Divinité aux chofes qu'on n'avoit fait qu'humanifer; le Soleil fut adoré fous le nom d'Apollon, la Lune fous celui de Diane. La crainte de leurs influences, & la part qu'on leur donne à tout ce qui se passe ici-bas, furent fans doute la caufe de leur apothcofe, & du culte qu'on établit pour les appaiser lorfqu'on les croyoit irrités. Les Prêtres établis pour cela, inventerent des Hiftoires, & publierent des apparitions de leurs prétenduës Divinités, pour perpétuer par là un culte lucratif. Ils dirent, par exemple, que Diane étoit devenuë amoureuse d'Endymion, & (a) Voyez le projet du P. Tournemine. L. cit. que la caufe de fes éclipfes devoit fe rapporter aux vifites qu'elle rendoit à fon Amant, dans les montagnes de la Carie; mais comme fes amours ne durerent pas toûjours, il fal lut chercher une autre caufe de fes éclipfes. On publia que les Sorcieres, fur-tout celles de Theffalie, où les herbes venimeufes étoient plus communes, par l'écume que Cerbere tiré des Enfers y avoit laiffé tomber, fuivant une autre Fable, avoient le pouvoir par leurs enchantemens, d'attirer la Lune fur la terre (a). De même, comme on ne connoiffoit pas la cause des vents, on crut que c'étoient des Divinités fou gueufes, qui caufoient des ravages fur terre & fur mer; & pour reprimer leur audace, on leur donna une Divinité fuperieure; Eole, pour les raifons que nous dirons dans fon Histoire, fut établi leur Roi (1). Chaque Fleuve & chaque (1) Virg. ï¿ Fontaine, eurent auffi leur Divinité tutelaire; & foit qu'on eût donné aux Fleuves les noms des premiers Rois qui avoient habité le Pays où ils couloient, foit que les Rois en euffent pris le leur, comme nous le dirons plus bas ; on les confondit dans la fuite, & on divinifa le Prince en faveur du Fleuve. Fallut-il parler de l'Iris ou de l'Arc-en-ciel, dont ils ignoroient la nature, ils en forgerent une Divinité; fa beauté la fit paffer pour la fille de Thaumas, perfonnage poëtique, dont lenom veut dire merveilleux : & parce que la tradition du Déluge leur avoit apparemment appris que Dieu avoit fait paroître l'Arc-en-ciel comme un figne de reconciliation, ils regarde Eneid. (a) L'Origine de cette Fable venoit d'une certaine Aganice fille d'Hegetor Thef falien, qui ayant appris la caufe & le temps des Eclipfes, quand il en devoit arriver publioit que par fes enchantemens elle alloit attirer la Lune fur la terre, exhortant en même temps les femmes Theffaliennes à faire avec elle un grand bruit, pour la faire remonter à fa place. Lorfqu'on voyoit dans la fuite le commencement d'une Eclipfe, on faifoit un grand bruit de chaudrons & d'autres inftrumens, pour empêcher d'entendre les cris & les prieres des Magiciennes. Cantus & è curru Lunam deducere tentat, Et faceret, fi non ara repulfa forent; Comme dit Tibulle, 1. 1. Eleg. 9. Les peuples des Indes & de la Chine croyent en core aujourd'hui que la caufe des Eclipfes vient de ce qu'un Dragon veut dévorer la Lune, & quelques-uns d'entr'eux font un grand bruit pour lui faite lâcher prife, pendant que les autres fe mettent dans l'eau jufqu'au col, pour le fupplier de ne la pas devorer entiérement. Si l'on vouloit remonter à la fource de cette Coûtume, on trouveroit qu'elle vient d'Egypte, où Ifis, qui étoit le fymbole de la Lune, étoit honorée avec un bruit pareil de chaudrons, de tymbales, de tambours, &c. Voyez Nic. Frischlin, 1. 3. Aftr. p.454. rent depuis leur Iris comme la Meffagere des Dieux, & furtout de Junon, parce qu'elle annonce la difpofition de l'air, representé par cette Deeffe. Le nom même d'Iris lui fut donné fi nous en croyons Platon (a), pour marquer fon employ. Áinfi furent formées plufieurs Divinités Phyfiques, & tant de Fables Aftronomiques, comme nous le dirons dans la fuite. C'étoit-là une pitoyable Philofophie; mais on n'avoit rien de meilleur, & les Poëtes étant venus dans la fuite à embellir ces idées fenfibles, de tous les ornemens que leurs Mufes, fécondes en fictions, purent leur fournir, on fe plut tellement à ne confiderer la nature que fous ces agréables images, qu'on ne fongea pas même pendant un affez longtemps, à pouffer plus loin les découvertes. Le plus grand mal, c'eft que la Religion fe trouva intereffée dans ce systême: elle augmenta fes ceremonies à l'invention de chaque Divinité, & l'on regarda comme des impies, ceux qui voulurent voir un peu plus clair. Ainfi l'infortuné Anaxagore fut puni de mort, pour avoir enfeigné que le Soleil n'étoit point animé, & qu'il n'étoit qu'une lame d'acier de la grandeur du Peloponnefe. On peut conclure de tout ce que nous venons de dire, qu'on a eu raison de croire qu'une partie de la Philofophie des Anciens, étoit renfermée dans leurs Fables, pourvû qu'on veuille avouer que c'étoit une Philofophie fort groffiere, & un fystême fondé fur le rapport des fens, & tel qu'un Payfan pourroit l'imaginer. (a) Il fait venir ce nom de tipe, nunciare. Le Sçavant Voffius le derive de ir ou hir, Ange ou Meffager. Paufanias dit qu'il vient de tes, difcorde, parce que les meffages d'Iris tendoient à la difcorde & à la guerre, comme ceux de Mercure à la paix & au repos. CHAPITRE V. Où l'on continue à rechercher l'origine des Fables. T Huitiéme fource. L'é des Arts. Ous les hommes s'étant trouvés fubmergés par les eaux du Déluge, excepté Noé & fa famille, le monde ne tabliffement put être repeuplé que très long-temps après : on ne peut des Colonies pas douter auffi, comme nous le dirons bien-tôt, que les Pays & l'invention les plus voifins du lieu où l'Arche s'arrêta, n'ayent été peuplés les premiers; ainfi la Syrie, la Palestine, l'Arabie, & l'Egypte, furent habitées long-temps avant les Climats d'Occident. Ceux qui arriverent les premiers dans la Grece, y vêcurent dans une ignorance & dans une groffiereté étonnanfans arts, fans coûtumes, fans loix, fe couvrant de feuilles, & broutant l'herbe des Champs; les Rochers & les Cavernes leur fervoient de demeure, & tout leur foin étoit de fe défendre des bêtes feroces, dont les bois étoient remplis: ils n'avoient gueres d'autre commodités que celles qu'ils fe procuroient par la guerre qu'ils faifoient aux animaux. Pour peu qu'on fçache l'Antiquité & qu'on ait lû les Poëtes, on reconnoit aifément à cette peinture les premiers habitans de la Grece (1). (1) Vovez Diod. de Sicil foir Quand les étrangers, Egyptiens ou Pheniciens, gens po- 12 lis & fçavans eu égard à ces temps-là, y arrivoient, ils tâchoient d'adoucir l'humeur feroce de ce peuple barbare, pour découvrir par ce moyen les richeffes de leur pays, foit pour les obliger à fouffrir qu'ils y laiffaffent quelques Colonies pour entretenir le Commerce. Enfuite ils leur firent part de leurs Coûtumes, de leur maniere de s'habiller & de fe nourrir; ils leur apprirent à manger des châtaignes fauvages & d'autres fruits, au lieu de l'herbe dont ils fe nourriffoient, fouvent avec beaucoup de danger pour leur vie; voilà, pour le dire en paffant, l'origine de la Fable, qui portoit qu'on leur avoit appris manger du gland; ce qui est faux le gland n'étant en aucune maniere propre à nourrir l'homme; cependant cette fiction fe trouve dans toutes les anciennes traditions , |