Imágenes de páginas
PDF
EPUB

tâcherent dans la suite d'en cacher l'origine au peuple , & inventerent les explications allegoriques que je viens de réfuter.

Je conviens qu'il y a des Auteurs qui prétendent que le .1.4:16.) culte d'Adonis avoit rapport au Soleil ; dont il étoit devenu le symbole; mais conime mon dessein est de remonter à la source de la fable , je n'y trouve que les monumens que. l'amour & la reconnoissance avoient consacrés en l'honneur d'un Prince cheri.

Ovide parle élegantment de cette fête d'Adonis (1) & de (1) Met. l. 104 sa metamorphose en fleur. « Venus desesperée de la mort de V.125. o son Amant, s'adresse au destin & dit : non mon cher Ados nis ne sera pas entierement soumis à ta puissance, & la

pofterité du moins conservera un monument éternel de son » malheur, & de mon affliction. La fête qui sera celebrée » tous les ans en memoire d'un accident si funeste, rappellera

fans cesse le souvenir de la douleur qu'il me cause, & du sang d'un Amant si cheri, naîtra une fleur

Après » ce discours , elle repandit du Nectar sur le sang qui couloit de la playe d'Adonis

En moins d'une heure, il > en sortit une fleur rouge, comme celle de la grenade. » Cette fleur dure peu , puisque les mêmes vents qui la font

éclorre, la font aussi tomber ».

On juge bien que la naissance de cette fleur , est un épisode, inventé pour orner cette histoire. Cette Aeur au reste étoit, selon Pline, l'Anémone, & on la nommoit ainsi, parce que c'est le vent avélicos, qui la fait éclorre : ce que le Poëte Latin exprime heureusement dans ce feul vers :

[ocr errors]

3

Excutiunt iidem , qui præftant nomina venti.

Comme après la mort d'Adonis , Aftarté gouverna fon Royaume avec beaucoup de douceur & d'équité, elle fut, comme lui , mise au rang des Dieux, & honorée d'un culte particulier. Ce culte fut affez pur d'abord ; mais il s'y mêla dans la suite, des infamies que je n'ai pas dessein de décrire. Cette Déesse étoit honorée principalement dans ces Bois sacrés, que l'Ecriture Sainte nomme Aferim , ainsi que nous Tome 1.

Bbbb

perftition

C. 18. & 19.

l'avons dit ; & S. Jerôme traduit toujours ce mot ; par celui de Priape, pour marquer les defordres qui s'y commettoient.

Outre les Bois sacrés, cette Déesse avoit des Temples. He(1) Liv. 1. rodote (1) parle de celui d'Ascalon, qui lui étoit dedié, &

qui , selon cet Auteur , étoit le plus ancien de ses Temples. Elle en avoit aussi dans les Illes de Chypre & de Cythere, & sans doute dans plusieurs autres endroits.

Comme Aftarté étoit devenue le symbole de la Lune, ainsi qu'Adonis celui du Soleil , les Livres Saints joignent toujours le culte de Baal, qui representoit cet Aføre, avec celui d'Astaroth, ou Astarté. Pour faire voir en peu de mots à quel excès étoit portée la su

pour ces deux Idoles , il suffit de dire qu'Achaz avoit quatre cens cinquante Prophetes, ou Prêtres de Baal, & que

Jezabel fon épouse, qui avoit introduit dans Israël le culte (2) 4. Reg. d'Afera, ou d'Aftarté, en avoit quatre cens de cette Déesse (2),

dont Itobal Roi de Tyr fon pere étoit Grand Prêtre, comme (3) Contra nous l'apprenons de Menandre d'Ephese, cité par Joseph (3). App.

Remarquons encore que les Bois consacrés à cette Divinité, étoient toujours proche des Temples de Baal , & que pendant qu'on offroit à celui-ci des Sacrifices sanglans, & même des Victimes humaines, on ne presentoit à celle-là que des gâteaux, des liqueurs & des parfums; mais on s'abandonnoit en fon honneur, aux prostitutions les plus honteuses, dans des tentes faites exprès, ou dans des cavernes qui se trouvoient dans les Bois qui lui étoient consacrés. Les adorateurs de cette fausse Divinité, se faisoient imprimer sur la chair la figure d'un arbre, & on les appelloit pour cela, Dendrophori, porte-arbres; ce qui revient merveilleusement à

dit l'Ecriture Sainte d’Astaroth, dont le nom d'Afera qui lui est donné

par les Prophetes , signifie des arbres, ou un bocage.

On lui dressoit aussi des tables fur les toits des maisons ; auprès des portes, ou dans les vestibules, comme aussi dans les carrefours ; & au premier jour de chaque Lune, on préparoit un souper pour la Déesse ; & c'eft , pour le dire en passant, ce que les Grecs nommoient le souper d'Hecare : on préparoit les mêmes repas pour Adonis.

ce que

[ocr errors]

La maniere de representer ces deux Divinités étoit differente , suivant les lieux qui avoient adopté leur culte; & quelquefois Baal ou le Soleil , étoit vêtu en femme , pendant qu’Aftarté ou la Lune paroissoit armée & avec de la barbe; mais plus souvent sous la figure d'une femme , ayant pour coëffure une tête de boeuf avec ses cornes , ou pour marquer sa Royauté , comme le dit Porphyre dans Eusebe (1) , ou (1) Prep. 1. . pour representer le Croissant de la Lune, comme Ilis, qui étoit en Egypte (2) le Symbole de cette Planete, l'annonçoit par les (2) Herod.

c. ult.

L. 2. C.41.

Cornes.

Macrobe (3) fait la description de la Venus Architis , qu’on (3) Sat. L. adoroit sur le mont Liban. Elle étoit , selon lui , en posture 1. C. 4he d'une femme triste & affligée , ayant la tête couverte & appuyée sur sa main gauche , ensorte qu'on croyoit voir couler les larmes; image vive & parlante de l'affli&tion que

fit paroître Aftarté, à la premiere nouvelle de la blessure d’Adonis. Enfin les Medailles de la ville de Tyr (a), frappées en l'honneur de Demetrius, second Roide Syrie, representent Astarté, ou la Venus Tyrienne , vétue d'un habit long avec un manteau retroussé sur le bras gauche. Elle a une main avancée, comme commandant avec autorité, pendant que de l'autre elle tient un bâton recourbé, & fait en forme de croix. Parmi les fleurs la rose lui étoit consacrée , parce qu'elle avoit été teinte du sang d'Adonis qu’une de ses épines avoit piqué. On ajoutoit que cette fleur, blanche auparavant , étoit devenuë rouge depuis ce moment, ainsi qu'on le voit dans Ovide (4).

(4) Metam, Finissons cet Article

en remarquant , lo que la Déesse Celeste

que

Sanchoniathon , & après lui Porphyre, nomment Baltis (5), la Maitresse ou la Reine ; que la Venus d'Ascalon; (5) Ap: Eus. l’Alilat des Arabes ; l'Isis des Egyptiens, representoient tou- c. 10. tes la Lune , chez les differens Peuples qui adoroient cette Planete dont le culte étoit fort répandu dans l'Orient. 2°. Qu'il se pouvoit faire encore qu'Astarté, ou Venus, la même que les Grecs nommoient. Venus Uranie , ou la Celeste, representoit la Planete de ce nom : mais il est constant Herodote , & par les autres Anciens , qu'elle étoit le plus sou- .

1. 10.

[ocr errors]

par

(a) Voyez Vaillant, Historia Seleucidarum p. 272. & 273. venit Parisiis apud Briefortuna Tome I.

* Bbbb ij

.

[ocr errors]

vent prise pour la Lune, ou ce qui est la même chose, pour la Reine du Ciel. 3o. Que le nom d'Adonis , qui est à peu près le même que celui d'Adonaï ou celui de Kupios, le Seigneur qu'on a donné à ce même Prince , sont tous convenables au Soleil, qui est comme le Maître & le Seigneur du ciel. 4o. Que dans ce qui regarde Adonis & Aftarté , ainsi qu'Isis & Osiris, il faut toujours distinguer deux sortes de Divinités , des Dieux animés , & des Dieux naturels. Dans le premier cas ce sont des Rois d'Egypte & de Phenicie, qui par leurs belles actions ont merite d'être mis au rang des Dieux : dans le second, c'est le Soleil, la Lune & les autres Altres , dont le culte , anterieur à celui des grands Perfonnages , a été confondu avec celui qu'on leur a rendu; soit qu'on crût que leurs ames après leur mort eussent choisi ces Aftres pour leur demeure ; soit pour quelque autre raison, que nous ne connoissons pas. Cette distinction si nécessaire dans la matiere que je traite , fait le fond de la Mythologie , & sans elle il seroit imposlible d'y rien entendre ; car je ne crois pas qu'on puisse nier que les quatre personnes , dont je parle, n'ayent veritablement exifté, puisque l'Histoire parle de leur naissance , de leurs actions , de leur mort , & qu'elle fixe le lieu de leur demeure ; ni qu'ils ayent été mis au rang

des Dieux , & honorés d'un culte particulier ; encore moins, que dans ce culte il ne se rencontre des choses qui ne peuvent se rapporter qu'au Soleil, à la Lune, & aux autres Planetes.

Aftarté dans la suite des temps fut nommée Junon l'Assy(1) De Dea rienne , comme l'affûre Lucien (1); mais selon cet Auteur, Syr.

ce n'étoit pas son nom , & elle ne le prit qu'au temps où l'on commença de celebrer en son honneur les grands mysteres

. Ce même Auteur affûre que de toutes les Villes de Syrie , Hierapolis , ou la Ville facrée, étoit celle où Aftarté étoit le plus honorée : & comme il étoit Syrien d'origine , & qu'il n'avance rien, comme il le dit lui même au commencement de son curieux & sçavant Traité de la Déesse de Syrie, qu'il n'ait vû, ou appris de ses Prêtres , son autorité doit être ici d'un grand poids, a De tous les Temples de la Syrie, dit-il, » le plus celebre & le plus auguste est celui qui est dans cette Ville: car outre les ouvrages de grand prix , & les offrandes

qui

و

[ocr errors]
[ocr errors]

30

is qui y sont en très grand nombre, il y a des marques d'une » Divinité qui y preside. On y voit les Statues suer, se mouso voir, rendre des Oracles ; & on y entend souvent du bruit, les

portes étant fermées : aussi est-il le plus riche de tous ceux qui sont venus à ma connoissance s.

Après avoir rapporté les differentes opinions au sujet de celui qu'avoit fait bâtir ce superbe Temple, il en fait la defcription Il est tourné, dit-il, vers l'orient , & élevé de » deux toises au dessus du rez de chauffée, & on y monté » par un degré de pierre. D'abord on trouve un grand Portique

d'une structure admirable. Les portes de ce Temple font » d'or, aussi bien

que la couverture , sans parler de l'interieur qui brille partout du mêine metal. Cet Edifice est separé ► en deux parties, dont l'une est comme le Sanctuaire, & os est plus élevée que l'autre ; mais il n'est permis qu'aux Prê» tres d'y entrer, & seulement aux principaux. C'est dans ce

San&uaire que sont deux Statues d'or ; l'une de Jupiter os porrée sur des bæufs , l'autre de Junon, soutenue fur des

lions. Cette derniere est une espece de Panthée, qui porte „ les symboles de plusieurs autres Déesses (1), & tient d'une (1) De Mi» main un Sceptre & de l'autre une Quenouille, & a la tête nerve; de Vemy environnée de rayons , & couronnée de tours. On voit ausli ne, de Rhea,

dans le inême Temple plusieurs autres Statues , d'Apollon, Nemclis ; se d'Atlas, de Mercure, de Lucine ; &e.

des Parques. Tel étoit, selon Lucien , l'interieur du Temple, u Au dez hors étoit un grand Autel d'airain , accompagné de plusieurs

Statues, faites par les meilleurs Maîtres. Il y avoit plus de trois cens Prêtres, employés seulement au foin des Sacri

fices, sans parler d'une infinité d'autres Ministres subalterunes. Les Prêtres étoient vérus de blanc, & le Souverain

Pontife, de pourpre, avec une Tiare d'or. On sacrifioit

dans ce Temple deux fois le jour ; & il y avoit des fêtes s où ces Sacrifices s'offroient avec plus de solemnité qu'aux jours ordinaires ».

A ce que je viens de rapporter d'après Lucien', je dois joindre deux reflexions. La premiere, que le Temple dont il parle , n'étoit pas l'ancien , que le temps avoit ruiné, ainsi qu'il le dit lui-même ; mais celui qui avoit été bâti par Stra

Bbbb iij

[ocr errors]
« AnteriorContinuar »