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sentimens , en disant que Moloch étoit une de ces Divinités que les Grecs ont nommées Panthées, & qu'il representoit parmi les Ammonites les sept Planetes. La preuve de mon opinion est tirée des sept Cellules qu’on avoit mênagées dans fa Statue , & des sept sortes de Sacrifices qu'on lui offroit. En effet s'il n'avoit été que le Soleil ou Saturne, à quel delsein auroit-on pratiqué ces sept petites chambres, & pourquoi lui auroit-on offert tant de Tortes de Victimes ? C'étoit donc les fept Planetes qu’on honoroit parmi les Ammonites, dans la seule Idole de Moloch, & on offroit à chacune les victimes que la superstition lui avoit consacrées.

Le culte impie de Moloch se repandit dans plusieurs pays, & les Hebreux mêmes Padopterent dès le temps de Moyse, puisque ce faint Legislateur leur défend de consacrer leurs en

fans à cette Divinité : De femine tuo non dabis ut confecretur Xo) Levit. Idolo Moloch (1); & que Dieu menace d'exterminer toute la (2)Ibid. c. 20. race de ceux qui auroient commis cette abomination (2). Il

falloit que les Israëlites fussent adonnés à cette cruelle superfti(3) Vers 36. tion avant leur sortie d'Egypre, puisque le Prophete Amos (3), (1) A&. 7. 43. & après lui faint Etienne (4) leur reprochent d'avoir porté

dans le desert le tabernacle de ce Dieu , comme nous l'avons déjà dit.

ARTICLE II I.

Beal ou Bel , Baal-pekor oh Baal-phegoro ,

local)

J'ar avancé dans l'Article precedent, que l'Ecriture Sainte femble confondre Bel ou Baal, avec Moloch , & il s'agit maintenant de le prouver. Jeremie reproche à la Tribu de Juda & aux habitans de Jerusalem, d'avoir bâti un Temple à Baal pour y brûler leurs enfans dans le feu ; & ce Prophete ajoute ensuite : C'est pourquoi le temps vient que ce lieu ne fera plus appellé Tophet, ni la Vallée des fils d'Ennon, mais la Vallée du Carnage. C'étoit à Moloch qu'on offroit ces innocentes Victimes , & c'étoit dans la Vallée des fils d'Ennon que se commettoit cette abomination : donc Bel ou Baal, étoit le même Dieu que Moloch. On peut tirer la même conclusion de la ressemblance de leurs noms, qui signifient l'un & l'autre,

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Roi, le Seigneur, comme je l'ai déjà dit ; titres qui conviennent au Soleil, adoré également sous le nom de Baal, ou de Moloch.

Pour bien comprendre cette ancienne Mythologie , il est necessaire d'observer , 10. Que le même Dieu étoit souvent honoré par differens Peuples, mais presque toujours fous des noms differens & avec des ceremonies differentes ; & c'est ce qui a jetté une grande obscurité fur la miatiere que je traite. Il eft für , par exemple, que la grande Divinité des Peuples d'Orient, étoit le Soleil : cependant sous combien de noms ne l'a-t'on

pas

adoré ? 2°. Que comme plusieurs Princes ont porté le nom de Belus , les Mythologues sont embarrassés à déterminer quel a été le premier de tous qui a reçû les honneurs divins. Si on vouloit fuivre le sentiment de Berofe, que le Syncelle, sur l'autorité de Polyhistor, nous a confervé , nous trouverions des Princes & des Dieux de ce nom, même avant le Deluge; mais fans nous 'arrêter à cette opinion, que je crois n'avoir aucun fondement, il eft fûr que la plupart des Peuples de Syrie & de Phenicie reconnurenr one Divinité de ce nom. Les Syriens l'adoroient sous le nom de Baal-Peor ; les Moabites sous celui de Baal-Phegor , c'eft-à-dire, Baal adoré sur le mont Phegor, comme le remarque Theodorer (a); les Affyriens fous celui de Baal-Gad. Le culte de ce Dieu paffa m&me jusqu'en Afrique , apparemment avec la Colonie de Didon, & les Carthaginois le nommoient Bal ou Bel , comme nous l'apprenons de Servius (6) ; c'est de-là sans doute que leur étoit venue la coutume d'ajouter par honneur le titre de Bal aux noms de leurs grands hommes, comme dans ceux d'AnniBal, d'Afdru-Bal, & de quelques autres.

Le calce de cette fauffe Divinité a été fouvent défendu au Peuple Juif par les Propheres. L'impie Achab lui fir élever un

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ca. Phegor quidem simulachi locus vocabatur, Beel veră Idolum. Theodoret. Ia

(b) Lingua Punica Bal, Deus dicitur ; apud Affyrios autem Bel dicitur , dit Service Sur ces Vers de Virgile:

I )
Implevitque mero pareram , quam Belus ei omnes
A Belo soliti, &c. Æneid. Lib. I.

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Temple à Samarie, & le Prophete Elie fit mourir quatre cens cinquante de ses Prêtres , ce qui fait voir la magnificence du culte de cette fausse Divinité, devant laquelle presque toute la terre, avoit fléchi le genouil, comme il est dit dans l'Ecriture Sainte. Parmi les Ceremonies du culte de ce Dieu , on remarque celle

de servir tous les jours des viandes devant son Idole,

que

les Prêtres avoient soin d'enlever, en entrant dans le Temple par des chemins soûterrains, comme le Prophete

Daniel le découvrit au Roi de Babylone, à la confusion de (1) Dan. c. 2. ces scelerars (1).

Ceux qui ont voulu rechercher l'origine de cette Divinité, se sont jertés dans differentes opinions. Servius, Eufebe, Theophile d'Antioche, & quelques autres ont cru que c'étoit Saturne. Vollius & Selden, comme on l'a dit, ont pensé que c'étoit le Soleil ; & ce dernier confirme son sentiment par plusieurs raisons très-plausibles , entre lesquelles celle qu'il ure du nom d'Heliogabal, Prêtre du Soleil , n'est pas la moindre, puisque cet Empereur sembloit avoir joint les deux noms que les Grecs & les Syriens donnoient à cer Astre, appellé par les Grecs Enics, & Bel ou Belus par

les Syriens. D'autres se sont imaginé que Baal étoit le même que Jupiter-Stygien, ou Pluton ; & ils appuyent leur sentiment d'un passage de l'Ecriture, où l'Esprit saint appelle les Sacrifices

de Beel-Phegor, des Sacrifices des morts (a). Car, comme (3)Io PC 106. le remarque S. Augustin (2), par les Sacrifices des morts on.

doit entendre ceux qui étoient offerts aux Dieux Manes, ou des Enfers.

On trouve des Auteurs , & Eufebe est de ce nombre , qui confondent Baal avec Belus, premier Roi des Affyriens , qui fut mis au rang des Dieux après sa mort; mais il y a apparence que le culte de cette Divinité étoit plus ancien que ce Prince,

donna aussi par honneus le nom de Belus, qui veut dire , Seigneur ; nom que les Juifs, comme le remarque judicieusement

. Grotius , ne voulurent jamais donner au. Dieu d'Israël, parce qu'il étoit profané par l'application qu'en faisoient les Idolâtres à leurs fausses Divinités.

(a) Es copulati funt Beel-Phegar, comederunt facrificia mortuorum. Praline

206.

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Comme Ś. Jerôme, Rufin , & quelques autres, ont cru que Beel-Phegor veut dire un Dieu nud, ou une Idole de dure pierre, ce qui a un rapport essentiel avec Priape ; ils ont confondu ces deux Divinités ; pour les raisons que je vais rapporter. La fornication, comme on le voit dans le Livre des Nombres, étoit consacrée à Beel-Phegor ; n'est-ce pas le caractere de l'infame Divinité de Lampsaque ? La Vulgate traduit le mot de Mipheletzeth,

qui est le même que celui de Beel-Phegor , par celui de Priape ; & comme ce mot Hebreu signifie, terreur , rien ne convient mieux à ce Dieu, dont la figure étoit mise dans les Jardins pour servir d'épouvantail , comme nous l'apprenons d'Horace & de Tibulle. Ces Auteurs ajoutent plusieurs autres raisons pour confirmer ce sentiment, qu'on peut voir dans Vossius (i); mais il vau- (1) De orig. droit mieux dire , pour parler avec justesse, que le Priape des 1.1.

& progr. Idol. Grecs & des Romains étoit une copie de cette ancienne Divinité de Syrie , dont le culte abominable fut adopté par les Grecs. Car je dois avertir une fois pour toures, que lorfque dans la suite on dira que les Auteurs confondent un tel Dieu de Phenicie ou d'Egypte, avec Jupiter ou avec quelqu'autre Divinité Grecque, cela veut dire que ce Dieu des Grecs a été formé sur le modele du Dieu des Egyptiens ou des Pheniciens.

J'ai dit que la Vulgate traduit le mot Mipheletzeth, qui est dans le texte Hebreu , par celui de Priape. C'est au sujet

. de Maaca, mere d’Afa, qui honoroit d'un culte particulier ce Dieu dont elle étoit Prêtresse , & à laquelle ce sage Prince ộta l'autorité dont elle jouissoit. Sed e Maacham matrem: Afa Regis ex augufto imperio deposuit , eo quod fecisset in luco fimulachrum Priapi : quod omne contrivit, & in frusta comminuens, combusfit in torrente Cedron (2). Le même fait est rap- (3) Paral. 11. porté dans les Liyres des Rois..

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ARTICLE I V.

Chamos.

C. II.

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(1) Sur le Ch. SELON faint Jerôme (1) Chamos, dont le nom vient de la 51. d'Ilaie.

racine d'un mot Arabe qui signifie , fe hâter , aller vîte , étoit le même que Beel-Phegor ; & les Moabites l'honoroient

quelquefois sous ce nom, comme on peut le voir dans le (2) Reg. 3. Livre des Rois (2), où cette Idole dont Salomon établit le

culte , eft appellée l'abomination des Moabites, que l'Ecriture nomme le Peuple de Chamos : Malheur à toi , Moab, tu es perdu, peuple de Chamos ; Chamos a mis ses enfans en fuite ; dit le Seigneur par la bouche de Moyse (a).

Je dis que Salomon établit le culte de ce Dieu, Tunc ædi

ficavit Salomon Fanum Chamos Idolo Moab, in monte qui est (3) 3. Reg. contra Jerusalem (3). Ce Temple que ce Prince avoit fait con

struire pour plaire à une de ses femmes, fut détruit dans la fuite.

Les Ammonites adoroient aussi cette Divinité, comme il paroît par les paroles de Jephté au Roi de ce Peuple : ce que votre Dieu Chamos ; dit ce Juge d'Ifraël , vous a donné, vous

appartient : pourquoi ne voulez-vous pas que nous pofidions ce (4) Judic. que notre Dieu nous a donné (4) ?

De sçavoir maintenant quel étoit ce Dieu des Moabites, c'est ce qu'il n'est pas aisé de deviner. La ressemblance de son nom avec celui d'Ammon, a porté plusieurs Sçavans à

croire qu'ils étoient le même; & comme ce dernier, selon (5) Sat. L. 1. Macrobe.is), étoit le Soleil, Chamos doit avoir aussi repre

senté cer Astre, puisque son culte s'étoit répandu de l’Egypte & de la Libye, dans l'Arabie où habitoient les Moabites (6). Certainement le nom de Chamos , qui signifie, comme je viens de le dire, se háter , aller vite, convient parfaitement ad Soleil, duquel l'Écriture dit: Exultavit ut Gigas ad carrendam viam. J'adopte l'opinion de S. Jerôme qui dit,

commeon vient

C. II.

T. 21.

(a) tibi, Moab, peristi popule Chamos ; dedit filios ejus in fugam , & filias in saptivitatem Regi Amorrheorum Sehon. Num. Cap. 21. v. 29.

(b) Quamvis Æthiopum populis , Arabumque beatis
Geeibus, atque Indis unus fit Jupiter Ammon, Pharr. L. 9.

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