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& il eft vrai en effet comme nous le dirons dans la fuite, que les myfteres de Mithras ne furent jamais plus celebres, qu'au temps de ces Heretiques.

gers:

Paniel Jefuite.

L'Auteur d'un Traité fur les Ciftophores (1), après avoir (1) Le P. rapporté les differentes opinions des Sçavans fur ces mots myfterieux, s'en tient à ceux qui ont cru qu'on doit entendre' le mot de Sebefius, comme celui de Sabafius, qui eft une épithete donnée au Soleil; mais il n'explique par-là que la moitié de l'Infcription.

,

Je ne parlerois pas de l'opinion d'Olaus Rudbek, qui eft totalement deftituée de vraisemblance, fi je n'avertiffois en même-temps, qu'il faut toûjours fe défier de ceux qui, ayant embraffé un fyfteme, s'efforcent d'y tout ramener. Ce fçavant Homme qui vouloit rapporter à la Suede fa Patrie, & aux Pays voifins, toutes les Antiquités de la Grece, a cru trouver dans l'ancienne Langue des Scythes, l'explication des mots barbares de l'Infcription, & felon lui ils fignifient, le nom du bauf eft Terre Deeffe (2). Peut-être que ceux qui fe font imaginé que ces deux mots étoient le nom de part. celui qui confacra à Mithras le marbre fur lequel ils fe trouvent, ne font gueres plus raifonnables que l'Auteur Suédois que je viens de nommer.

(2) Atl. 3.

Quelques Sçavans ont cru que ces deux mots étoient Perfans; & s'ils avoient pû les expliquer, ils auroient épargné bien de la peine aux Antiquaires; car rien ne convient mieux que des mots de cette Langue, fur un Bas-relief qui repréfente le Dieu des Perfes; mais Mr. Thomas Hyde, qui a fait un Traité plein d'érudition fur la Religion de cet ancien Peuple, & qui étoit fi habile dans la connoiffance des Langues, n'a cependant ofé hafarder aucune explication fur ce fujet.

Mr. le Marquis Maffei peu content de ces conjectures, en propofa une nouvelle dans l'Academie des Belles-Lettres. Il remarque d'abord la place qu'occupent les deux mots en question: ils ne font pas à la fuite de l'Infcription Deo Soli invicto Mithra, où cependant il y avoit affez de place pour les mettre; ils ne doivent donc pas être lûs de fuite, comme s'ils étoient de nouvelles épithetes données au Soleil, Tome I. Mmmm

avec celle d'invincible. Ils font fur le cou du Taureau, & précifément à l'endroit où le fang coule en abondance de la playe que lui faifoit Mithras: le deffein de ceux qui les ont écrits en cet endroit, a donc été de marquer, ou le nom, ou la proprieté de la chofe auprès de laquelle ils font gravés. Que veulent-ils donc dire ? Nama Sebezion, en bon Grec fignifie Source Augußte, Liqueur nouvelle, Fluide facré. Pouvoit-on y mettre rien de plus convenable pour marquer l'action de Mithras qui égorge le Taureau ? On pourroit objecter, dit M. Maffei, que la derniere lettre manque, dans le mot Sebefion mais c'eft qu'il n'y avoit pas affez d'efpace pour la mettre, ou qu'elle eft effacée, où enfin qu'elle étoit écrite fur le couteau même, près duquel eft l'avant derniere lettre, mais d'un caractere fi menu, qu'on ne fçauroit le lire. Car enfin, ajoûte-t'il, fi elle y étoit, le mot feroit incontestablement Grec. Mais, dit-il encore, quoiqu'il foit vrai que le mot Nama eft Grec, & fignifie une liqueur qui coule, peut-on s'affürer de même que Sebefion qu'on ne trouve dans aucun lexique, foit auffi de la même Langue, & fignifie facré, augufte? Ne peut-on pas dire, répond-il, , que ce mot eft formé des

Verbes ziba, veneror, adoro, colo? De ce Verbe ont été formés σεβάσμιος, σεβασιος. On trouve dans Suidas,le mot Σεβισας colere, peut-être devroit-on dire zeßnoas, d'où il est aisé de tirer le Sebefion. Admettre ces Verbes, & ne pas admettre le nom qui en derive, ce feroit admettre veneror & rejetter venerable.

Tel eft le fentiment de M. Maffei au fujet de cette Infcription. Pour moi, je fuis perfuadé que ces deux mots, Nama Sebefio, n'appartiennent point à la Langue Grecque; le dernier furtout eft vifiblement l'épithete, Sabafius, donnée à Bacchus, ou Dionyfius, qui dans l'ancienne Mythologie étoit le Soleil, que les Perfes nommoient Mithras. Que ce nom ait été donné à ce Dieu, c'eft un fait dont on ne fçauroit difconvenir. On n'a qu'à lire pour s'en convaincre, Ariftophane, dans fes Guepes, Diodore de Sicile, liv. 3. Lucien dans le Dialogue intitulé, le Confeil des Dieux, Suidas au mot Zaßoi, Ciceron, & une infinité d'autres Auteurs. La même épithete eft auffi quelquefois donnée à Jupiter, parce

que ce Dieu, fuivant Macrobe, reprefentoit auffi le Soleil. Ce n'est donc point de la Langue Grecque que ce mot eft tiré : il en faut chercher la racine dans les Langues étrangeres, & on le trouve dans le Sabaoth des Hebreux, qui fignifie militia, exercitus. Cette épithete eft fouvent donnée à Dieu, qui prenoit lui même le nom de Dieu des Armées xúpsos σa Caw Dominus Sabaoth,le Dieu des Armées, parce qu'effectivement il étoit le maître de toute armée, celefte & terreftre, & de toute créature. Les Peuples de l'Orient qui honoroient Bacchus comme un grand Conquerant, ou plûtôt qui regardoient ce Dieu comme le Soleil, qui domine fur tous les Aftres & fur tout le monde entier, lui donnoient cette même épithete, qui n'appartient qu'au Souverain Dieu : & c'eft de là qu'elle paffa dans la Grece & dans l'Italie, foit, comme le prétend Gerard Voffius (1), par les Thraces & par Orphée qui l'avoit apprife lui-même des Egyptiens ou des & progr. Idol. Syriens; foit par les Colonies qui allerent de ces deux Pays dans la Grece & dans l'Italie.

(1) De ort.

1.2. p. 140.

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Que ce mot fût entierement barbare pour les Grecs & pour les Romains, c'eft dequoi on ne fçauroit douter, après le témoignage d'Ariftophane, qui dans une de 'fes Comedies difoit qu'il falloit chaffer de la Ville les Dieux étrangers, & entre autres Sebafius. Cette Comedie à la verité eft perdue; mais l'autorité de Ciceron qui l'avoit lûe, fupplée à cette perte; voici ce qu'en dit cet Orateur (2): Ariftophane le plus en- (2) De Leg. joué de tous les Poétes de l'ancienne Comedie, raille agréablement les nouveaux Dieux, & le culte qu'on leur rendoit la nuit, & dit qu'il faut bannir pour jamais de la Ville Sabafius, & les autres Dieux étrangers. Novos verò Deos, & in his colendis nocturnas pervigilationes, fic Ariftophanes, facetiffimus Poëta veteris Comœdiæ, vexat, ut apud eum Sabafius, & quidam alii Dii peregrini judicati, è civitate ejiciantur. Voilà fans doute la veritable fignification de l'épithète (a) Sabafius. Les Perfes la donnoient à leur Mithras qui étoit le Soleil, comme les Grecs à Dionyfius ou à Bacchus, qui parmi eux reprefentoit le même

(a) On donnoit auffi le même nom à Jupiter, ainsi qu'il paroît par cette Infcription:

Nunnius Alexander donum dedit Jovi Sabafio.

Mmmm ij

1. & 18.

Aftre; & les Romains qui avoient reçu des Perfes le culte de ce Dieu, & les noms qu'ils lui donnoient, fe fervirent de celui de Sabafus ou Sebefius qu'on trouve fur le marbre en queftion. Et qu'importe qu'on trouve ce nom prononcé differemment dans les Anciens, puifqu'il étoit tiré d'une Langue qu'ils n'entendoient pas. Que fi on aime mieux avec le fça(1) Chan. L. vant Bochart (1), chercher la racine de Sabafius dans Saboé, mot Hebreu qui fignifie s'enyvrer, & qui dès là appartenoit à jufte titre au Dieu Bacchus, je ne m'y oppoferai point: cette épithete aura alors la même fignification que celle de Methymnius, qu'on donne auffi à Bacchus, & l'explication de M. Maffei n'y gagnera rien. Pour le mot Nama c'eft certainement un des noms de Diane ou de la Lune, qui, felon Herodote, étoit adorée par les Perfes, & que d'anciens Auteurs nomment ou Nana, ou Anaitis. On ne doit pas s'embarasser de la faute du Graveur, qui a mis Nama pour Nana. Ces fautes font ordinaires aux Ouvriers, & M. Maffei a befoin auffi de cette reffource, pour fon Sebefion, où la derniere lettre manque.

Ce qui l'a porté fans doute à imaginer cette explication, c'eft qu'effectivement ces deux mots fe trouvent immédiatement à côté du fang qui coule de la playe qu'a reçue le Taureau; mais il faudroit, pour lui donner quelque vraifemblance, que le marbre fût l'expreffion d'un veritable facrifice, au lieu qu'il n'eft que l'emblême du pouvoir du Soleil fur toute la nature; un Planifphere celefte, où fe trouvent en partie les Aftres, les Conftellations, & les Signes du Zodiaque, au milieu defquels préfide le Soleil, comme le plus puiffant & le maître des autres, ainsi que nous l'avons déja dit. C'eft ce que penfoit de ces reprefentations le fçavant M. Hyde. C'étoit, dit-il, le fyfteme du monde, tel que Zoroaftre l'avoit imaginé, & que les Grecs & les Romains, de qui nous avons reçu ces Bas-reliefs, avoient eux-mêmes pris des Perfes; Mithra figura quas exhibemus, videntur effe tales, quas mathematicè effinxerat olim Zoroaftres, que non Fuerunt cultus ergo, fed ut per eos philofophicè & myfticè repraJentaretur fyftema hujus mundi (2).

C

,'

Je fçais que Coelius Rhodiginus, à l'occafion de ces Vers

de Stace que nous avons rapportés, & qui finiffent par ces

Premial

(2) Hyde 7.115.

(

mots, torquentem cornua Mithram, femble dire que le Poëte fait
allufion au Sacrifice du Taureau qu'on immoloit à Mithras,
Mithra fimulachrum, dit-il, Leonis rictum præ fe ferebat cum
Tiara, utráque manu bubula premens cornua,
premens cornua, qui bos mox im-
molandus. Mais cet Auteur fe trompe, puifqu'il eft certain
par le témoignage de tous les Anciens qui ont parlé de Mi-
thras, qu'on lui immoloit des chevaux, & non des boeufs ou
des taureaux (1). Le feul exemple qu'on pourroit citer en fa
faveur, eft tiré de Stobée (2), d'après Agatharcide de Samos,
qui rapportoit dans fes Perfiques, qu'Agefilas, efpion des
Grecs, ayant tué Mardonius au lieu de Xerxès; & ayant été
pris & amené devant ce Prince, dans le temps qu'il immo-
loit un Taureau au Soleil, il l'obligea à mettre la main dans
le feu qui étoit fur l'Autel: après qu'elle fut brûlée, Agesi-
las prefenta l'autre ; mais Xerxès, touché de cette marque:
de courage & de fermeté, ne voulut pas pouffer plus loin
fa vengeance, & le renvoya. Mais outre qu'on peut affûrer
que la Religion des anciens Perfes étoit bien changée au temps
où regnoit ce Prince, cet exemple ne détruit pas l'ufage ge-
neral, de n'immoler à Mithras que des Chevaux, & prouve
encore moins que l'action de ce Dieu, qui enfonce un poi--
gnard dans le cou du Taureau, fût l'expreffion d'un veritable
Sacrifice, où le fang de la Victime auroit été répandu. Les
Dieux font-ils reprefentés comme immolant eux-mêmes les
Victimes qu'on leur offroit? ces marques expriment donc.
non un veritable Sacrifice, mais la force du Soleil qui dompte
le plus fier des animaux.

9

Nous avons auffi dans la Gallerie Juftinienne un Mithras Bachique, fort fingulier, & très-different des autres. C'est un jeune-homme nud, fans armes, avec le bonnet Perfan qui tient de la main droite des grapes de raifin, vers lefquelles il tourne la vûe. Il eft accompagné de deux jeunes Mithras, dont l'un tient le flambeau élevé, l'autre le baiffe vers la terre. Il a près de lui un arc, une fléche, un carquois, & à côté eft le poignard, avec lequel dans les autres Basreliefs il égorge le Taureau, avec le mot Nama. Or en cet endroit il ne peut certainement pas fignifier du fang, ni aucune autre forte de liqueur...

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(1) Philoft. in vita Apoll. Thya.

(2) Pag. 74

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