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ja vient de nommer ; mais il y avoir des Ceremonies particư
s lieres pour Mars. Comme ce Dieu étoir le seul qui eût:

des Temples , voici de quelle maniere ils étoient construits.
so Ils mettoient des fagots de sarment les uns sur les autres.
> Ces Temples avoient trois ftades de longueur , & autant
o de largeur ; mais ils n'étoient pas fort élevés. Le toit en
» étoit plat , & formoit un quarré parfait. Dans trois côtés
- du Temple ces murs de fagots étoient perpendiculaires ,
>> & de l'autre côté le mur étoit en talus , enforce qu'on pou-
» voit y monter par-là. Au faîte de cet édifice étoit placée
» une vieille Epée de fer , qui étoit comme la Statue de

Mars, & on immoloit tous les ans à cette Epée des Mou--
o tons, & des Chevaux en plus grand nombre qu'à aucun des
w autres Dieux. Après cela on lui facrifioit un centiéme de
- tous les Prisonniers de guerre : mais cette sorte de Sa*
» crifice étoit differente des autres. Après avoir verfé du vin
• sur la tête de ceux qui devoient être immolés, ils l'es met-
» toient dans un grand Vaisseau , où ils les égorgeoient, &
» les portoient ensuite au haut du Temple , & versoient leur

sang sur l'Epée dont nous avons parlé : Voilà ce qui se
pasfoit en cet endroit. En bas devant le Temple, on coupoit
l'épaule droite avec le bras & la main de ces Victimes in-
fortunées , & on- les jertoir en l'air. Ensuite chacun se re-
tiroit , laisfant les membres dont nous venons de parler,
dans l'endroit où ils étoient tombés di-

Tels étoient , selon Herodote, les Dieux des Scythes, &
la forme de leurs Sacrifices. Clement d'Alexandrie convient
avec cet Historien , que ces Peuples rendoient à une Epée un
culte religieux (1), & Lucien', sans nommer les autres Dieux (1) Tń Pro-
dont parle Herodote, dit seulement (2) qu'ils adoroient cette (2) in Conco-
Epée & Zamolxis ; c'éroit leur Legislateur. Mais pour éclair- Deor.
cir ce que nous venons de rapporter , il est néceffaire d'y
joindre quelques Reflexions-

Les Grecs qui connoissoient peu'la Religion des Peuples' étrangers, s'imaginoient que les Dieux qu'ils adoroient'étoient kes mêmes que les leurs; & la moindre ressemblance ou dans le nom ou dans le culte , suffisoit pour le leur persuader. : Hs apprirent que les Scythes , -Nation guerriere', avoient' url

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respect religieux pour une Épée , ils ne douterent pas que sous ceSymbole ils n'adorassent leur Dieu Mars : Ils sçavoient, qu'ils rendoient un culte religieux au feu, en falloit-il davantage pour les porter à croire qu'ils honoroient leur Vesta”? Ils trouverent apparemment quelque ressemblance entre le culte que cet ancien Peuple rendoit à un Dieu qu'ils nommoient Papæus , avec leur Jupiter ; entre celui d'Apia , & leur Déesse Tellus ; Etosyrus, & Apollon; entre Artimpala, & Venus ; entre Thamimasadès, & Neptune: il ne leur en fallut point davantage , pour croire que c'étoient les mêmes Dieux.

On pourroit dire avec beaucoup plus de vraisemblance, que les Scythes, à l'exemple de tous les autres Peuples, avoient pour leurs premiers Dieux , les Aftres , la Terre , l'Eau , & les autres Elemens : car encore une fois , tels ont été les premiers Dieux du monde Payen. Ils ont donné à ces Dieux des noms barbares ; mais ces noms sont indifferens, & chaque Nation leur donnoit ceux qu'elle vouloit, Concluons donc qu'ils honoroient le-Feu , le Soleil , la Terre, l'Air & l'Eau; Divinités , que les Grecs nommoient Vesta, Apollon , Tellus , Jupiter , Neptune. Peut-être même qu'anciennement cette Nation guerriere n'avoit d'autre Dieu que l’Epée; mais que dans la suite elle adopta ceux de ses voisins. Car en parlant de la Religion des anciens Peuples, il faut toujours distinguer les temps. On ne sçait pas trop d'où les Scythes tiroient leur origine ; car on ne sera pas satisfait sans doute de celle que leur donne Diodore de Sicile (1). « Les Fables des

Scythes , dit-il, racontent qu'ils avoient parmi eux une fille, o néé de la Terre , qui avoit la tête & la moitié du corps

d'une femme , & qui de la ceinture en bas avoir la forme » d'un Serpent. Jupiter en devint amoureux , & eut d'elle » un fils appellé Scythes, qui s'étant rendu fameux, avoit

donné son nom à toute la Nation des Scythes ». Mais il est toujours certain que ce Peuple étoit très - ancien. Il ne demeura pas toujours renfermé dans le fond du Nord : il en sortit , se jetta sur la haute Asie , & ayant vaincu les Medes dans une bataille rangée , il devint Maître de leur Empire qu'il conserva vingt-huit ans, comme nous l'apprenons d'He

(1) Liv. 2.

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C. 104

sodote (1). Pendant ce sejour dans la Medie , les Scythes (1) Liv. In
sans doute honorerent les Dieux des Medes ; car ce qu'on
respecte le plus des Peuples vaincus, c'est leur Religion , à
laquelle la Politique défend de toucher. Le culte du Feu ,
fur tout , étoit fort répandu : c'étoit la grande Divinité des
Perfes & des Cappadociens , & pouvoit bien l'être aussi des
Medęs ; ainsi il n ett pas étonnant qu'Herodote ait assuré qu'ils
honoroient Vefta.

Il est vrai que ce sçavant Historien dit (2) que les Scythes (2) Lix qui
avoient un grand éloignement pour les Coutumes & les Ce-
rémonies étrangeres , & qu'il en coûta la vie à Anacharsis
qui fut tué par le Roi Saulie son frere , dans le temps qu'il
celebroit la fête de la Mere des Dieux, avec les mêmes
Ceremonies qu’employoient les Cysiceniens , pour accom-
plir un vou qu'il avoit fait , lorsqu'il pasfa à Cylique. Il est
vrai encore qu'il en coûta la Couronne à Scylès Roi des
Scythes, pour avoir voulu celebrer les Bacchanales à la ma-
niere des Grecs, comme le rapporte le même Historien (3); (3) Ibidema
mais ils ne furent peut-être pas toujours si difficiles , & ces
entreprises-là même, prouvent qu'on tâchoit d'introduire dans
la Scythie, & les Coutumes, & les Ceremonies des Peuples
voisins.

Comme l'Idolatrie étoit toûjours accompagnée de plusieurs
pratiques superstitieuses , il n'est

pas
douteux

que

les Scythes n'en eussent un grand nombre , ainsi que les autres Idolatres; mais l'Histoire ne nous a conservé que ce qui regardoit leurs Devins. Au reste dit Herodote , « il se rencontre pare a mi ces Peuples quantité de Devins, qui font leurs Divina. » tions avec des Baguettes de saule , dont ils portent en un

endroit des faisceaux,qu'ils delient;puis separant ces Baguettes. - ils prononcent leurs Oracles, & ensuite les remetrent en- semble. Pour les Enariens & les Androgynes qui se mê

lent du même métier, ils disent, continue cet Historien ,

que c'eft Venus qui leur a appris l'art de la Divination, qu'ils. ** exercent en mêlant entre leurs doigts des feuilles de: Til» leul qu'ils coupent en trois. Lorsque le Roi des Scythes » est malade , il fait venir plusieurs de ces Devins, qui lui > disent que quelque Scythe , qu'ils nomment , 4. juré par

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.

- le Thrône Royal , & s'est parjuré. Aussi-tôt on amene

l'accusé qu'on pretend être cause de la maladie du Roi » pour avoir fait un faux ferment. S'il nie le fait , on appelle o d'autres Devins., & s'il est convaincu, on lui coupe la tête » & on partage son bien entre les Accusateurs ; mais s'il est

declaré innocent , on les fait mourir eux-mêmes de cette vo forte. On remplit de fagots un chariot , & on y attache » les Devins avec une chaîne de fer ; puis après avoir allumé » ces fagots, on laisse aller les bæufs qui sont attachés au char» riot , ainfi perissent ces Calomniateurs ».

On n'aura pas de peine sans doute , à fe persuader qu'il ne nous reste aucun Monument de la Religion des Scythes, qui n'avoient pour toutes Statues , que l'Epée qui representoit Mars , & que des Temples faits avec des fagots. Cependant quelques Antiquaires ont cru découvrir trois Statues des Dieux de ce Peuple , dans les trois Bustes que portent trois Chameaux, sur la Colomne de Theodose qui est à Conftantinople. Que s'il étoit vrai , ce qui n'est pas fans difficulté,

, que cette Colomne representât le Triomphe de cet Empereur sur les Scythes, il faudroit dire que leur Religion avoit reçu quelque changement depuis Herodote ; ce qui n'est pas fans exemple pour celle de plusieurs autres Peuples, ainsi que nous l'avons remarqué par rapport aux anciens Perses.

Les Scythes formoient , comme je l'ai dit , une infinité Religion des de Nations differentes ; mais si vous exceptez ceux qui haPeuples de la

bitoient la Chersonese Taurique , c'est-à-dire la presqu'Ille , qui est entre le Pont-Euxin & les Palus-Meotides, qu'on appelle aujourd'hui la Crimée, on ignore entierement leur Religion. Pour ceux-là on sçait qu'ils honoroient Diane dont le culte étoit desservi par une Prêtresse , & qu'on lui immoloit tous les Etrangers qui arrivoient dans le Pays ; circonftances qu’on apprend d'Herodote , d’Euripide , & de plufieurs autres Anciens : mais je me reserve à en parler plus particulierement dans l'histoire d'Iphigenie

, qui fut Prêtresse de la Diane Taurique , sous le regne de Thoas. Comme les Anciens ne parlent de la Religion de ces Scythes qu'à l'occasion d'Iphigenie, & d'Oreste qui alla dans la Tauride ene

lever

Tauride.

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lever la Statue de Diane, on ne sçait point s'ils adoroient
d'autres Divinités.

Il y avoit encore dans les Pays du Nord un autre Peuple
qu'on nommoit les Hyperboréens, dont les Grecs connoif-
foient la Religion par la relation d'Hecatée un des plus
anciens Historiens ; mais comme je me borne autant qu'il est
possible, à ne rien dire qui ne regarde la Mythologie , je
ne m'étendrai point sur l'Histoire de ce Peuple. On peut con-
sulter les deux Dissertations , l'une de M. l'Abbé Gedouyn,
l'autre de moi , qui se trouvent dans le Tome VII. des Me-
moires de l'Academie des Belles-Lettres (1).

(1) P. 113: Les Hyperboréens passoient pour être le Peuple du monde & 127: le plus religieux. Ils honoroient d'un culte particulier Apol- Hyperbo

Religion des lon, qui pour cela avoit pris le surnom d'Hyperboréen , & réens. ils envoyoient tous les ans à Delos , Ille de la Mer Egée , les Offrandes qu'ils lui faisoient des premices de leurs fruits. Au commencement c'étoient deux ou trois Vierges choisies, accompagnées par cent jeunes gens d'un courage & d'une vertu éprouvée , qui portoient ces Offrandes. Herodote & Callimaque nous font garants de l’une & de l'autre de ces circonstances. Cette coutume dura jusqu'à ce que les droits de l'hospitalité ayant été violés dans la personne de ces Pelerines , les Hyperboréens prirent le parti de faire passer ces Offrandes comme de main en main jusqu'à Delos , par l'entremise des Peuples qui se trouvoient sur le chemin qu'il falloit tenir depuis leur Pays jusqu'à cette Isle , ainsi que rous l'apprenons de Pline (a) qui parle de ces jeunes filles fans les nommer; mais d'autres Auteurs nous ont appris leurs noms. Herodote parle de quatre de ces Vierges , Opis & Ergé, ou plutôt Heca-Ergé, comme la nomme Callimaque , Hiperoché, & Laodice: Callimaque en ajoute une cinquiéme , qu'il

appelle Loto

Depuis l'accident arrivé à ces jeunes filles , dont aucune n'eut le bonheur de retourner dans sa Patrie , comme le dit le Poëte que je viens de nommer , les Hyperboréens prirent le

(a) Virgines ferebant eas fruguna primitias, kofpitiis gentium per annos aliquot veneiabiles , donec violatâ fide , in proximis accolavain finibus deponere facra ea instiI tere , hique ad conterminos deferre , atque ita Deion usque. Plin. Lib. 4. c. 12.

Tome 1.

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