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Un seul coup de Cloche se fait entendre dans toute l'étenduë d'une grande Ville , & au delà. Lorsque jo l'entends, mes oreilles font frappées ; & elles ne peuvent être frappées que par les petits corps qui les touchent inmédiatement. C'est-à-dire, que la masse de l’Air, à l'occasion d'un seul coup de Cloche, est agitée dans une sphere qui pouroit comprendre toute une grande Ville. Cette agitation de l’Air est l'effet des frémissemens imperceptibles, ou des vibrations très-promptes de toutes les parties de la Cloche. Enfin chaque vibration est l'effet de l'action crès-prompte de la matiere qui produit le resfort.

Lorsque la Cloche est choquée par son battant , il en fort de la matiere subtile ; & il n'en sort à chaque demivibration, qu'une quantité insensible. Cette petite quantité de matiere subtile qui sort successivement, est la fomme d'un nombre indéfini de.corpuscules, qui dans chaque instant sortent de chaque pore de la Cloche. Plusieurs millions de millions de ces corpuscules réunis tous ensemble , égaleroient-ils un seul petit grain de fable ? égaleroient-ils un de ces petits animaux (a) que nos yeux armez des meilleurs Microscopes, apperçoivent dans des liqueurs préparées ? Dès que

le battant cesse de toucher la Cloche , les corpuscules qui étoient sortis de chaque pore, commencent à y rentrer ; & y rentrent tous, ou presque tous successivement dans un tems très-court. Cette premiere vibration causée

par

la sortie & la rentrée des corpuscules (a). Ces petits animaux ne sont pas des corpuscules durs. Ils ont des membres très-flexibles, des pieds, des yeux, des membranes transparentes qui laissent souvent voir des intestins, á quelquefois même un cæur qui par de fréquentes vibracions, entretient les mouvemens de ces petites machines vivantes. Ces vibrations ces mouvemens ne supposentils pas dans ces animaux comme dans les hommes, des arteres, une liqueur qui coule dans ces arteres, 0 c. Cette liqueur qui est de la fube stance de l'animal, n'emprunte-t-elle pas sa fluidité de la matiere subtile? Que de reflexions je laiffe ici à faire au Leit:ur, pour ne pas perdre de vûë mon fajet !

me ,

II.
Qu’un resort in-

posée par

de la matiere fubtile, est (comme je l'ai expliqué dans la Piece ) suivie d'une seconde vibration, d'une troisié

& ainsi de suite à l'indéfini. A chaque vibration les corpuscules sortent & rentrent. Mais avec quelle facilité ! Avec quelle promptitude ! Toutes ces vibrations sans nombre, ne sont occasionnées que par un seul coup du battant de la Cloche ; & l'on diroit que toutes ensemble commencent & finissent en même tems.

L'esprit humain osera-t-il donner des bornes à la fluidité d'une matiere qui produit tous ces effets ? Et ne me sera-t-il pas permis de supposer dans un Traité Physique, que cette fuidité tient de l'infini , ou qu'elle est parfaite ? Ce n'est pas une supposition arbitraire. Je demande qu'elle me loit accordée. Mais d'ailleurs pouvois - je résoudre la Question pro

l'Academie, sans être forcé de faire cette fupfiniment prompt ne pourroit éire position. L'Academie demande, qu'elle est la cause phrproduit que par lique des refforts parfaits ? Elle les suppose tels ; & elle a une mariere in- soin d'infinuer, que * l'on ne doit pas s'embarrasser s'ils exiffiniment fluideo tent. Ne devois-je pas répondre, comme je l'ai fait , que *Dans l’Aver, la cause d'un ressort parfait, feroit un fluide parfait ; ou tissement de la bien pour ôter toute ambiguité, que la fluidité parfaite Piece qui a feroit une des proprietez de la matiere qui produiroit des

refforts parfaits ? Prix en 1724

On pourra fe convaincre que cette réponse est celle que je devois faire à la question proposée ; fi l'on fait attention que la perfection des ressorts consiste non-feulement dans leurs forces, mais encore dans leur promptitude. Les refforts font parfaits en force , lorsqu'ils se débandent avec des forces égales à celles qui les ont bandez ; & ils ne sont parfaits en promptitude, que lorsqu'ils fe bandent en un seul instant, & qu'ils se débandent dans un autre. Il est impossible qu'ils puissent le bander & se débander dans le même instant ; parce qu'il est impossible que dans le même instant les parties des

Temporté le

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deux corps où se fait le choc, se meuvent dans deux
fens contraires. Mais ces ressorts ne feroient pas par-
faits en promptitude , s'il leur falloit seulement deux
instans

pour

se débander ; parce que l'on pourroit concevoir d'autres corps dont le choc ne dureroit en tout que deux instans. Ces ressorts n'auroient donc pas la plus grande perfe&ion qu'il seroit possible de concevoir. Il est donc évident que le choc de deux corps à ressorts parfaits en force & en promptitude, ne doit durer en tout que deux instans. Donc la matiere fubtile doit en sortir & y rentrer en deux instans. Donc elle doit y couler pendant le choc avec une promptitude infinie. Donc elle est infiniment Auide ; puisqu'une matiere infiniment fuide ne pourroit pas couler avec plus de promptitude. Donc pour résoudre la question proposée, il falloit répondre sans balancer, comme je l'ai fait, que la matiere qui causeroit les ressorts parfaits, seroit infiniment fluide.

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111. Faisons maintenant une attention plus particuliere à

Les refforts qui l'état de la question que nous examinons, & aux vûës

Sont dans la Na generales de l'Academie dans les questions qu'elle pro- 'ture , sont propose. Ses vûës generales * regardent l'Astronomie-Phy- duits par un lique ; & dans notre question même, elle demande l’ex- fluide que l'on plication d'une cause physique. Elle souhaite donc que peut supposer lans negliger les idées Metaphysiques, on s'attache prin- parfait. cipalement à considerer la nature telle qu'elle est en * V.L'annonce effet.

des Prix de Je conviens qu'il n'y a dans la Nature aucun ressort l'Academie, infiniment prompt, en prenant ce mot infiniment dans toute la rigueur Mathematique ; & même il ne me paroît pas difficile de le prouver. Aussi ce n'est pas dans ce sens que je dis ici , & que j'ai dit ailleurs * , que la *V. Loix du

choc. Art. 172 matiere fubtile eft infiniment Auide , ou qu'elle est fluide parfait. Mais je dis que sa fluidité approche indéfiniment de la perfection ; & qu'en consequence pour pouvoir raisonner avec quelque justesse sur les effets na

un

turels, & pour en découvrir les causes, il doit être

permis à un Physicien de la supposer infiniment fluide. Je dis qu'elle est indéfiniment plus fluide que l'Air & que toutes les autres matieres Auides qui nous font connuës : Je le dis, & je crois l'avoir suffisamment prouvé ; les reflexions

que

les Lecteurs auront faites sans doute , en lisant l'Article premier de ce Chapitre, suffiront pour les convaincre de cetre verité. Nous pouvons donc supposer que

le

rapport de la Auidité de l'Eau , par exemple, à celle de l'Ether, est si petit, qu'il doit être permis de le regarder comme nul, parce qu'il est insensible ; quoiqu'il soit réel, & aussi réel que

le

rapport d'un grain de sable à la Terre. Dieu le .connoît , parce qu'il connoît le rapport exact de toutes les grandeurs & de toutes les perfections des êtres qu'il a créez , & qu'il conserve par la Toute-puissance , & par les loix immuables de la Sagesse infinie. Le rapport de la Auidité de l'Eau à celle de l'Ether, pourroit être exprimé par une fraction dont le numerateur seroit l'unité, ou un nombre quelconque, & le dénominateur un trèsgrand nombre , qui seroit, par exemple, de cent chifres écrits tout de suite , ou de mille chifres, de dix mille chifres, &c. Dieu , sans aucun doute, connoît le nombre que ces chifres expriment ; l'esprit humain qui est trèsborné, ne le connoît pas , & il tenteroit envain de le vouloir connoître ; il doit le regarder comme infiniment grand , quoiqu'il soit fini en lui-même : Que dis-je? quoiqu'il soit infiniment petit par rapport au nombre in fini des connoissances de Dieu , & des liecles de son éternelle durée.

Mais, dira-t-on, si la matiere fubtile eft infiniment fubtile est homo- Auide , comme je le prétends , celle qui est renfermée

dans un ballon , sera aussi fluide que celle qui est renfergine e également finide dans mée dans une boule solide de verre. Pourquoi donc celle

corps, ci produit-elle un ressort plus prompt que celle-là ? gioiqu'elle n'y Je réponds, que c'est principalement parce que dans

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IV.
La matiere

toils les

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des

un ballon la double action de la matiere subtile ( je veux produise pas
dire , sa fortie & sa rentrée dans les deux tems du choc ) 'refforts égale-
est nécessairement retardée de quelques instans par di- ment prom.pes,
vers mouvemens que le choc cause entre les corpuscu-
les d'Air qui sont renfermez dans le ballon , & qui par
leur Auidité changent sensiblement de situations relpe-
ctives. Au lieu que la double action de la matiere sub-
tile, n'est

pas

sensiblement retardée dans une boule de verre, par le mouvement de ses parties propres , puisqu'elles ne se separent pas les unes des autres, & que

leurs situations respectives demeurent sensiblement les mêmes.

En general, & toutes choses étant d'ailleurs égales , les corps ont des ressorts plus ou moins prompts, à proportion qu'ils ont plus ou moins de consistance. Cependant la matiere qui les produit tous , est homogene & infiniment fluide , puisqu'elle communique à une matiere subtile, homogene & infiniment Auide.

Si je vois une éponge plongée dans de l'eau, j'ai touč lieu de penser que l'eau qui remplit les vuides de cette éponge , & celle qui l'environne, font deux matieres homogenes ; parce que celle - la communique à celle-ci; qu'elle en sort si je presse l'éponge entre mes mains , & qu'elle y rentre dès que je cesse de la presser. De même lorsque je presse un ballon entre mes mains , il en sort de la matiere subtile , & il y en rentre lorsque je cesse de le presser. N'ai-je pas tout lieu de conclure

que tiere subtile qui est dans le ballon, & celle qui l'environne, sont homogenes ?

Maintenant li je mers une boule solide de verre, à la place qu’occupoit le ballon, la matiere subtile qui est dans cette boule, ne communiquera-t-elle pas de la même maniere à la matiere subtile du dehors ? & ne dois-je pas encore conclure que la matiere subtile de la boule de verre, est de même nature que celle qui l'environne ; qu'elle est par consequent de même nature que celle qui est dans le ballon & dans tous les autres corps ; en un

la ma

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