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de gravité vers le point d'attouchement. Deux forces qui agissent dans des sens contraires, dependent-elles l'une de l'autre, comme un effet doit dépendre de sa cause ?

N'en doutons pas , cette force est indépendante des forces primitives. Il est vrai qu'elle se déploye , pour ainsi dire, à l'occasion du choc , plus ou moins, à proportion qu'il est plus ou moins grand. Mais elle ne vient pas du choc , puisqu'elle agit dans un sens tout opposé à l'impression qu'elle a reçuë à son occasion. Elle est donc dans les boules indépendamment du choc. Elle y étoit avant le choc, dans le temps même qu'elles étoient en repos.

Si l'on demande ici en quoi consiste cette force, on sort de la question de ce Chapitre, pour prévenir celles des suivans. Il nous suffit ici d'avoir prouvé que la matiere Lubtile a une force, qui seroit capable de faire rejaillir des boules de verre (si elles ne se brifoient pas ) avec des forces égales, ou presque égales , & toûjours proportionnées à leurs forces primitives. M Ais, dira-t-on , ces boules de verre se briseront, fi on

IV. vient à augmenter leurs forces primitives jusqu'à un cer- Cette force de tain point: Et alors leurs parties separées les unes des au- la matiere subtres, rejailliront avec des forces qui seront beaucoup tile est dans les moindres que leurs forces primitives.

corps durs, quoise Je réponds que la fragilité des corps est un des obstacles qu'ils soieng dont je fais & dont je dois faire ici abstraction ; & que

fragilese d'ailleurs elle ne fait

que

confirmer la très-grande force de la matiere subtile. Car si les parties d'un se séparent les unes des autres à l'occasion de quelque choc violent ; ce n'est pas que la matiere fubtile n'ait afsez de force pour les conserver dans l'union ; mais aucontraire, c'est qu'elle a une très-grande force pour

les séparer , lorsque les regles de l'équilibre le demandent.

Une même quantité de matiere subtile peut quée, ou successivement, ou en même tems, à des actions differentes. Les effets varient à l'infini, & la force

Cüj

corps très-dur

être appli

s'ils ne

est toûjours la même, ou pour mieux dire , elle tend toll- . jours à être la même.

On a tout lieu de penser, que c'est la matiere subtile qui rend les corps durs, fragiles , transparens , liquides, élaltiques ; & qu'elle contribuë principalement à les distinguer les uns des autres par les differentes proprietez qu'elle leur communique. Mais on a tort d'opposer ces proprietez les unes aux autres. La fragilité & l'elasticité du verre naissent apparemment de la même cause. La force que la matiere subtile employe à séparer & à écarter les parties de deux corps lorsqu'ils se brisent, est égale à celle qu'elle employeroit à faire rejaillir les deux mêmes

corps , se brisoient pas , & à vaincre tous les obstacles dont nous avons parlé dans l’Article I.

Ainsi afin de juger de la force que doit avoir la matiere fubtile pour relever les ressorts, il faut considerer les corps dans un choc où ils ne se brisent pas. Si dans ce choc ils rejaillissent avec des forces égales aux forces primitives; c'est uniquement de la matiere subtile que leur yient cette force. S'ils se choquent une seconde fois avec des forces cent fois plus petites que dans le premier choc; la matiere fubtile les fera rejaillir avec des forces cent fois plus pecites que dans le premier choc. Si dans un troisiéme choc ils se rencontrent avec des forces cent fois plus grandes que dans le premier ; la force que la matiere Tubtile employera, soit pour les faire rejaillir, soit pour les briser, Tera cent fois plus grande que dans le premier choc. Ainsi de quelque maniere que l'on considere les choses, l'action ou la réaction de la matiere subtile, fera toûjours égale

aux forces primitives. La matiere fub. C'Est pourquoi fi l'on suppose que les forces primitives tile qui eft ren- de deux corps durs , augmentent à l'infini ; la force que la fermée dans une mariere fubtile employera , soit pour relever leurs refboule à re fort, sorts , soit pour séparer leurs parties, deviendra indéfinidéfinie , ou com. ment grande. Or nous avons fait voir que la matiere fube me in finie,

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* Art. III.

tile avoit cette force avant le choc & indépendamment du choc*. Donc une quantité finie de matiere subtile , telle que peut être celle qui est renfermée dans une boule de Verre; a reçû & conlerve par l'impression route-puissante de l’Auteur de la Nature, une force assez grande pour égaler des forces

que

l'on peut supposer augmenter à l'infini.

VI.

tile qui remplit

SI
I l'on me permet donc de supposer qu'il y ait dans

La matiere subl'Univers un seul corps parfaitement élastique, je vais faire voir par un enchaînement de principes, que l'Uni- l'Univers , eft vers est rempli d'une matiere infiniment comprimée & très-comprimée agitée dans toutes ses parties. En remettant ensuite toutes e très agitée choses dans l'état physique, on concluëra de soi-même, dans toutes ses que la force de la matiere fubtile est indéfiniment parties, grande.

En effet la matiere fubtile qui est renfermée dans un corps que l'on suppose parfaitement élastique, telle

que pourroit être une boule solide de verre, a une force capable de contrebalancer les plus grandes forces qui foient dans la Nature. Elle a donc une force

que

l'on peut fupposer infinie. Or une matiere qui a en même tems & une force infinie, & une Auidité parfaite, s'é chaperoit infailliblement au de là de ses bornes ( je veux dire au-de-là des bornes de la boule qui la contient ) fi elle n'y étoit contenuë par une force infinie ; car une force finie ne contiendroit jamais dans ses bornes une matiere d'une force infinie.

Il est donc necessaire que la couche de matiere fubtile qui enveloppe immédiatement la surface de la boule

que nous considerons , la comprime avec une force infinie. Il est donc nécessaire , par les mêmes raisons, que cette premiere couche soit infiniment comprimée par la feconde qui suit, la seconde par la troisiéme, & ainsi de suite à l'infini. Il est donc nécessaire enfin que toutes les couches de la matiere subtile qui envelopent cette boule (dont nous pouvons considerer ici le centre comme ce

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Traite' DES PETITS TOURBILLONS lui de l'Univers ) soient infiniment comprimées : Que par consequent toute la matiere subtile qui remplit l'Univers soit comprimée dans toutes ses parties par une force infinie: Que par consequent elle ait dans toutes ses parties une force qui réponde à celle qui la comprime; qui réponde en quelque sorte à la Toute-puissance de celui qui la comprime en la maniere & suivant les directions qu'il lui plaît.

Blen loin que la fluidité & la force de la matiere subLa force et la tile soient opposées entr'elles , il est facile de faire vor matiere fübrile, qu'elles dependent l'une de l'autre , & qu'elles ne peune peuvent fub- vent subsister l’une sans l'autre. fiter l'une sans

1. Les corps créez n'étant pas infiniment durs, n'auautre roient pû se choquer à chaque instant avec de trèsgrandes forces, sans se diviser

peu à peu

peu en d'autres plu petits , & ceux-ci en d'autres encore plus petits , & par consequent sans former peu à peu une matiere indéfini ment Huide. Ainsi une matiere fluide indéfiniment agitée

, est indéfiniment Auide. Car si elle n'est pas indéfinimen: Auide dans le tems de la création, elle le deviendra dan la suite, en continuant d'être agitée avec la mêm: force.

II. Les corpuscules d'une mariere fluide qui ne seroien: pas agitez avec une très-grande force, ne tarderoien: pas de s'unir les uns avec les autres , & de former de peris amas, qui venant à se grossir, se réuniroient avec le tems dans un seul corps solide. Plus ces corpuscules seront petits, & plus , toutes choses égales, ils se réuniront facile ment en un seul corps, si le mouvement qui les agite vien à cesser. Un exemple fera mieux entendre ma pensée & fournira en même tems une nouvelle preuve de la

très-grande force de la matiere subtile, Exemple senfible qui con- D Ans ce Traité j'ai souvent pris pour exemple deur firme & éclair

boules solides de Verre, comme je l'avois fait dans le cit, tout ce qui Memoire des Loix du choc ; parce que cet exemple m'a precede

VIII..

paru

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le de: qu'ele

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paru plus propre qu'aucun autre, à developer mes pensées, & à donner lieu au Lecteur de refléchir sur mes principes. C'est dans ces mêmes vûës que je choisis encore ici le Verre pour exemple, en le considerant dans sa formation.

On sçait que le Verre se fait assez ordinairement avec des cailloux blancs & reluisans. Si l'on brise un de ces cailloux à grands coups de marteau, ou même avec le secours des machines les plus commodes, que les hommes ayent pû inventer, pour pulveriser les corps durs ; tout ce que l'on pourra faire, quelque tems que l'on ploye , sera de changer ce caillou en un tas de fine poussiere , ou en un monceau de sable. Les grains de ce faa ble, quoiqu'à peine sensibles , laissent de larges passages, non-seulement à l'Ether, mais encore à l'Air, ou à quelqu'autre Auide. Quoiqu'ils paroissent le toucher, ils demeureront neanmoins separez les uns des autres ; & ce ne sera qu'avec le tems qu'ils pourront se réünir en une seule masse, qui peut-être redeviendra caillou.

Mais si l'on met les parties de ce caillou ou.ces grains de sable dans un fourneay de Verrerie ; en peu de tems chaque petit grain de sable, étant fortement agité par le Feu, qui consiste (a) dạns l'action de la matiere fubtile, se trouvera divisé en plusieurs milliers, ou peut-être en plusieurs millions de corpuscules, qui deviendront bientôt les parties integrantes du Verre,

(a) l'espere trouver occasion de le faire voir ailleurs. Pour en comvaincre le Lecteur, il suffira peut-être de lui faire remarquer ici : Que le Feu allumé dans un Magazin à poudre par une seule étincelle , eft capable de le faire sauter en moins d'un clin d'ail, par le bruit seul qu'il cause, de faire trembler toute une Ville, abattre des maisons, e jetter tous les habitans dans la confternation. On étoit cette force fi formidable , un instant avant que

l'étincelle
parut, que

le Feu à son occasion eut pris à la poudre du Magazin, Etoit-ce dans les parties grosfuzres des grains de la poudre à canon? Elles étoient toutés dans un repos respectif. Cette force étoit sans doute dans la matiere subtile qui les enveloppoit, en remplissoit les pores. C'est donc cette matiere qui produit be Feu, ce qui lưi donne toute la force qu'il peut avoic

D

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