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Ces corpuscules considerez dans le fourneau, formeront un fluide. C'est-à-dire, qu'ils feront féparez les uns des autres, tant que la matiere fubtile dont les corpus. cules doivent être encore indéfiniment plus petits que ceux dont nous parlons, continuëra de couler entr'eux, dans une très-grande abondance , & de les pouser les uns contre les autres en tous les sens imaginables. Car dans les fourneaux de reverbere clos, dont on se sert dans les Verreries, le feu fe refléchit & frappe la matiere du Verre & le vaisseau qui le contient , pardessus & tout

Les parties integrantes du Verre se réuniront en peu de tems , lorsque la matiere fubtile qui les a separées, & qui les a tenu separeés, venant à sortir , permettra qu'ils puissent se toucher tous, ou presque tous dans quelques-uns de leurs points physiques ; c'est-à-dire, lorfqu'étant ôtez du fourneau, la cause de leur mouvement & de leur separation cellera, ou diminuëra sensible

autour.

nent.

Alors la matiere fubtile qui dans le fourneau trouvoit une infinité d'obstacles, par les mouvemens divers des corpuscules qu'elle avoit désunis & agitez, coulera fans aucune résistance entre ces corpuscules, qui étant réumis dans une seule masle, feront dans un repos respectif

. Cette masse aura des proprierez très - differentes de celles du caillou. Car outre fa transparence & sa fragilité dont il ne s'agit point ici, & dont il n'est pas

difficile de connoître la cause , elle aura plus de consistance & de dureté ; & (ce qui regarde particulierement mon sujet) elle aura un ressort & plus fort & plus prompt.

Il me vient ici une foule de reflexions : mais je les laise encore à faire aux Lecteurs attentifs , non-seulement dans la crainte de leur faire perdre mon sujet de ë i mais encore, pour ne pas leur ôter le plaisir de trouver d'eux-mémes (en raisonnant sur le petit détail de cet Article) la confirmation de tout ce que j'ai dit dans ce Chapitre de dans le précedent, & de tout ce que j'ai à dire dans le reste de ce Traité. Ils

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IX.

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rencontreront peut-être dans cet examen quelques difficultez.
Mais s'ils veulent fe donner la peine de les approfondir,
j'espere qu'ils les verront se disiper peu à peu, & méme fe
tourner en preuves. En voici une à laquelle je ne puis me
dispenser de répondre , parce que l'idée des Tourbillons dépend
de la solution.
LE Feu, dira-t-on, a une force qui se fait sentir , & la
matiere subtile qui produit le reffort, & dans laquelle nous On ne sent pas
marchons ; bien loin de se faire sentir, ne fait pas mêm la force de la
me la moindre résistance à nos mouveinens, suivant les matiere subtile,
principes du Chapitre précedent. Comment concevoir parce que toutes
qu'elle ait une force infiniment grande , & qu'elle ne contrebalancena
differe pas essentiellement de la matiere du Feu? Voici
ma réponse.

Les parties de la matiere fubtile qui sont appliquées
à produire ce que l'on appelle Feu, ne sont en équilibre
ni entr'elles, ni avec celles qui les environnent : Soit
qu'elles soient toutes poussées rapidement dans un même
Jens, vers lequel les corpuscules qui les environnent ne
tendent pas: Soit qu'elles soient poussées avec beaucoup
de force les unes contre les autres en differens sens
par des causes étrangeres : Ce qu'il ne s'agit d'exa
miner ici. Il n'est donc pas surprenant que la matiere
subrile fasse sentir la force, ou pour mieux dire, une
partie de la force, lorsqu'elle produit le Feu.

* Au contraire toutes les parties de la matiere subtile + Cecí sera er: qui remplit les corps élastiques ou qui les environne , se pliqué dans le contrebalancent , se maintiennent dans l'équilibre, tendent Chap. suivant,

Art IV. à s'y conserver, & s'y remettent très facilement, lorsque la cause qui les en a un peu tirées vient à cesser.Car, pour me servir des termes expressifs du P. Malebranche , fi cette matiere se mouvoit en méme sens, tous les corps qu'elle che de la veria

* V. la Rechera environne , seroient transportez dans son cours avec plus de . Eclaircissevitesse que la Foudre ; car la vitesse de la Foudre , außi-bien mene xvz. der, que celle d'un boulet de canon, a pour cause primitive celle niçre édition.

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pas

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de la matiere étherée : Et cela par la méme raison que la Terre , l' Air, les Villes , &c. font emportez en vingt-quatre heures par le grand Tourbillon qui nous environne.

Mais comment les parties de la matiere subtile peuvent-elles se maintenir en équilibre, & cependant conserver des forces indéfiniment grandes ? C'est le sujec du Chapitre suivant.

CHAPITRE IV.

De l'idée des Tourbillon's.

23; 27. & 28.

V. Loix du I. Idées de M. Descartes da du P: Malebranche sur les choc. Art. 22 Tourbillons. II. Tourbillons rendus sensibles par le Mers

cure. III. Notion des forces centrifuges des Tourbillons. IV. Les corpuscules du fuide qui produit le ressort , crivent de très-petits cercles avec une très grande vitesse. V. La matiere subtile eft composée d'une infinité de Tourbillons, ou de spheres très-fluides, de toutes sortes de grandeurs , qui se contrebalancent par leurs forces centrifuges. VI. Idée des corpascules dont les Tourbillons font composez. VII. Tous les points de la surface d'un méme Tourbillon, ont des forces centrifuges égales. VIII. Les Tourbillons fe touchent également dans tous les points de leurs surfaces

aux poles comme ailleurs, 1:

N ne peut se dispenser d'admettre dans l'UniIdées de M.

vers une matiere infiniment Auide & agitée Descartes post

dans toutes ses parties. J'ai tâché de le prouver dr. P. Male

dans les deux Chapitres précedens, en consibranche sur les derant les seuls effets du chợc ; & j'ai tout lieu de croire Tourbillons. que les considerations

que

l'on pourra faire fur les autres effets naturels, ne feront que confirmer ces principes. Or de ces principes il est aisé de tirer cette consequen

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Année 1715

ce: Que toutes les parties de la matiere subtile qui remplit l'Univers , fe résistant reciproquement par leurs mouvemens divers & particuliers , doivent se diviser fans celle, & former divers Tourbillons de figure spherique, qui fe contrebalancent , & dans ceux-ci d'autres encore plus petits, & même encore d'autres moins durables dans les intervales concaves, que laissent entr'eux les Tourbillons qui se touchent *.

* C'est l'idée Je crois avoir montré suffisamment la justesse de cette du P. Maledans ce Chapitre, en la mettant encore dans un plus fement xvi.de consequence dans les Loix du choc, & je vais essayer branche.

V. l'Eclaircil grand jour, de faire voir

l'idée de M. Descartes sur la Recherche

que les grands Tourbillons, & du P. Malebranche sur les pe- de la verité. tits, ne sont pas des idées purement Metaphysiques, ni des suppolitions arbitraires.

Celle du P. Malebranche est copiée, dit M. de Fontenelle *, d'après des choses incontestables chez: les Cartesiens, * Dans l’Hist. en que les autres Philosophes ne peuvent contester sans tom- de l'Academie, ber dans d'étranges pensées. Je l'ai exprimé dans les propres termes de son Auteur ; je ne pouvois mieux faire. P: 109;

* V. Loix du Aufli j'espere que les Lecteurs ne trouveront rien qui choc. Art. 37: ne soit bien exact dans l’Article auquel je les renvoye.

C'est une idée qui a été très-familiere à ce grand inventeur, dit encore M. de Fontenelle dans l'endroit cité, & qu'il n'a

pas poussée auffi loin qu'il l'auroit : J'entreprends d'y suppléer. Cette idée feconde , & pluus encore la methode de fon Auteur, me conduiront dans cette recherche. Et où ne conduit pas une idée claire, lorsqu'on a foin de la comparer à des principes démontrez , & d'en tirer toutes les consequences !

L'idée des Tourbillons, & sur-tout des plus petits', de ceux, par exemple, qui occupent les pores imperceptibles des corps élastiques ; doit paroître très-abstraite à ceux qui ne sont pas accoutumez à beaucoup refléchir, & chimerique à ceux qui se font fait un fyltême de ne chercher dans la physique, que ce qui frappe les sens. Mais si en renonçant à tous les préjugez, on veut faire

attention à cette idée , j'ai tout lieu d'esperer qu'on la trouvera conforme à la verité, & aux loix invariables de la Nature.

Les effets naturels sont sensibles, mais leurs causes sont très-cachées. C'est peu de dire que

l'idée des Tourbillons se dérobe aux sens & à l'imagination ; l'esprit a besoin de coute son attention, pour ne pas la perdre de vûë, lorsqu'il croit l'apercevoir. Peu s'en faut, en écrivant ce Traité, qu'elle ne m'échappe, après l'avoir méditée

long-tems , & à ce que je crois bien conçûë. 11.

Pour tâcher de me rendre cette idée plus familiere , je Tourbillon's rendus sensibles fis quelques experiences sur le Mercure, en composant par le mercure

. le Memoire des Loix du choc ; & je les employai dans une v. Loix du de mes Remarques *, parce qu'elles me parurent prochoç. Art. 23. pres à surmonter plusieurs difficultez que me suggeroient

les sens & l'imagination.

Quelques jours après le jugement de l'Academie, en revoyant cette Remarque, il me vint en pensée de verser une goutte de Mercure dans une boule de Verre creuse, de quatre pouces

de diametre ou environ , après l'avoir remplie d'eau. Le succès surpassa mon attente, dans un grand nombre d'experiences que je fis à cette occasion.

Mon dessein dans cet Article, n'est pas de persuader le Lecteur par ces experiences , que je me contente de lui indiquer de la possibilité, de la réalité, & des

proprietez des Tourbillons ; mais de lui tracer groffierement le plan des choses que j'ai dessein de lui faire apercevoir dans ce Traité préliminaire, & dans ceux qui suivront ; & de le disposer à ne pas rejetter des idées physiques, sans les avoir examinées avec toute l'attention qu'elles semblent mériter,

Après ayoir versé dans la boule creuse quelques gourtes de Mercure, d'environ la grosseur d'un pois ; il ne s'agit que de remuer cette boule en divers sens, à diver. fes reprises, avec differens degrez de mouvement ; & d'e

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