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Comment , ventrebleu , grand'peur.,, interrompit, encore le Grivois ! Vous voulez que le Sergent Annibal Antonio Quebrantador aille dire qu'il a eu peur ? J'aimerois mieux que cent mille Diables. m'euffent ... Cela n'est pas absolument nécessaire , interrompit à son tour Guillaume ; & après tout, il m'importe peux de quelle façon vous parliez , pourvû. que vous secondiez mon defiein. Lorf-. que j'aurai épousé Juanilla , & que je, ferai établi , je promets de vous régaler, tous les jours pour rien , vous & tous vos amis. Vous êtes séduisant, Monsieur Guillaume , s'écria le Grivois ! Vous.. me proposez d'appuyer une fourberie ;. l'affaire ne laisse pas d'être sérieuse ; mais vous vous y prenez d'une maniere qui m'étourdit sur les conséquences. Allez, continuez de faire du bruit, & d'en rendre compte à Juanilla. Je me charge du reste.

En effet, dès le lendemain matin le Sergent dit à l'Hôte & à l'Hôtesse : J'ai vu l'Esprit. Je l'ai entretenu. Il est trèsraisonnable. Je suis , m'a-t'il dit, le bisaïeul du Maître de ce Cabaret. l'avois une fille , que je promis au pere du grand-pere de fon Garçon. Néanmoins , au mépris de ma foi , je la ma.

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riai à un autre & je mourus peu de temps après. Je souffre depuis ce tempslà. je porte la peine de mon parjure ; & je ne serai point en repos que quelqu'un de ma race n'ait épousé une personne de la famille de Guillaume. C'est pourquoi je reviens toutes les nuits dans cette maison. Cependant j'ai beau dire que l'on marie ensemble Juanilla & le Maître-garçon , le fils de mon petit-fils fait la sourde oreille, ausfi-bien que la femme. Mais dites-leur , s'il vous plaît , Seigneur Sergent , que s'ils ne font au plutôt ce que je désire, j'en viendrai avec eux aux voies de fait. Je les tourmenterai l'un & l'autre d'une étrange façon.

L'Hôte étoit un homme assez simple, il fut ébranlé de ce discours ; & l'Hô. tesse encore plus foible que son mari , croyant déjà voir le Revenant à ses trouffes , consentit à ce mariage , qui se fit dès le jour suivant. Guillaume peu de temps après s'établit dans un autre quartier de la Ville. Le Sergent Quebrantador ne manqua pas de le visiter fréquemment ; & le nouveau Cabaretier, par reconnoiffance, lui donna d'abord du vin à discrétion : ce qui plaisoit fi: fort au Grivois , qu'il menoit tous

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fes Amis à ce cabaret. Il y faisoit même fes enrôlemens & y enyvroit la recrue.

Mais enfin l'Hote se lassa d'abreuver tant de gofiers altérés. Il dit sur cela sa pensée au Soldat , qui sans fonger qu'effectivement il passoit la convention , fut assez injuste pour traiter Guillaume de petit ingrat. Celui-ci répondit , l'autre repliqua , & la conversation finit par quelques coups de plat d'épée , que le Cabaretier reçut. Plusieurs paffans voulurent prendre le parti du Bourgeois. Quebrantador en blessa trois ou quatre , & n'en seroit

pas

demeuré-là", fi tout-à-coup il n'eût été affailli par une foule d'Archers qui l'arrêterent comme un perturbateur du repos public. Ils le conduisirent en prifon, où il a déclaré tout ce que je viens de vous dire ; & fur sa déposition , la Justice s'est aussi emparée de Guillaume. Le beau-père demande que le mariage soit caffé, & le Saint Office informé que Guillaume a de bons effets connoître de cette affaire.

Vive Dien , dit Don Cléofas la sainte Inquisition est bien alerte ! 'Si. tôt qu'elle voit le moindre jour à tirer quelque profit profit .... Doucement, inter

rom

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veut

a

rompit le Boiteux ; gardez-vous bien de

; vous lâcher contre ce Tribunal. Il a des espions par.tout. On lui rapporte julqu'à des choses qui n'ont jamais été dites. Je n'ose en parler moi-même qu'en tremblant.

Au-dessus de l'infortuné Guillaume ; dans la premiere chambre à gauche , il y a deux hommes dignes de votre pitié, L'un est un jeune Valet de chambre, que la femme de son Maître traitoit en particulier comme un Amant. Un jour le mari les surprit tous deux. La femme aufli-tôt se met à crier au secours , & dit que le Valet de chambre lui a fait violence. On arrêta ce pauvre malheureux , qui selon toutes les apparences, sera sacrifié à la réputation de la Maî: treffe.

Le compagnon du Valet de chambre; encore moins coupable que lui , est sur le point de perdre aussi la vie. Il est Ecuyer d'une Duchesse à qui l'on a volé un gros Diamant. On l'accuse de l'avoir pris. Il aura demain la question , où il sera tourmenté jusqu'à ce qu'il confesse avoir fait le vol ; & toutefois la person. De qui en est l'auteur est une femme de chambre favorite qu'on n'oferoit foupçonner,

Ab)

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.

Ah ! Seigneur Asmodée , dit Léandrog... rendez , je vous prie , service à cet Ecuyer. Son innocence m'intéresse pour lui. Dérobez-le

, par votre pouvoir aux injustes & cruels supplices qui le mea nacent. Il mérite, que ... Vous n'y pen. fez pas, Seigneur Ecolier, interrompit le . Diable : pouvez vous demander que je m'oppose à une action inique , & que j'empêche, un innocent de périr ? C'est prier un Procureur de ne pas ruiner une Veuve & un Orphelin.

Oh! s'il vous plaît , ajouta-t'il , n’exigez pas de moi que je fasse quelque cho-. fe qui soit contraire à mes intérêts, à moins que vous n'en tiriez un avantage considérable. D'ailleurs , quand je voudrois délivrer ce Prisonnier, le pour

. rois-je ? Comment donc , repliqua Zambulo , est-ce que vous n'avez pas la puissance d'enlever un homme de la priTon ! Non certainement

, repartit le Boiteux. Si vous aviez lu l'Enchiridion ou Albert le Grand, vous sçauriez que je ne puis non plus que mes confreres mettre un prisonnier en liberté. Moi-mê me si j'avois le malheur d'être entre les griffes de la Justice , je ne pourrois m'en tirer qu'en finançant. Dans la chambre prochaine , du mê.

me

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