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de le tourmenter; ils le firent revenir de fon évanouissement. Mais il reprit fa fureur avec ses esprits. Il demande où est sa femme : On lui répond , qu'on l'a

? vue sortir avec la Dame étrangere, par une petite porte du jardin. Il ordonne auffi-tôt qu'on lui rende ses pistolets. On est obligé de lui obéir. Il fait feller un cheval , il part, sans fonger qu'il eft blessé, & prend un autre chemin que celui des Amans. Il passa la journée à courir en vain, s'étant arrêté la nuit dans une Hôtellerie de Village, pour se reposer, la fatigue & fa bleflure lui cauferent une fievre avec un transport au cerveau, qui pensa l'emporter.

Pour dire le reste en deux mots, il fut quinze jours malade dans ce Village. Ensuite il retourna dans la Terre , où sans cesse occupé de son malheur, il perdit insensiblement l'esprit. Les parens d'Aurore n'en furent pas plutôt avertis , qu'ils le firent amener à Madrid , pour l'enfermer parmi les Fous. Sa femme est encore au Couvent, où ils ont résolu de la lailler quelques an. nées pour punir son indiscrétion , ou si vous voulez, une faute dont on ne doit fe prendre qu'à eux. Immédiatement après Zanubio , cor

tinua

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tinua le Diable, est le Seigneur Don Blaz Desdichado, Cavalier plein de mérite. La mort de son épouse est cause qu'il est dans la situation déplorable où vous le voyez. Cela me surprend, dit Don Cléofas, un mari que la mort de fa femme rend insensé ! Je ne croyois pas qu'on pût pousser fi loin l'amour conjugal. N'allons pas fi vite, interrompit Asmodée. Don Blaz n'est pas devenu fou de douleur d'avoir perdu fa femme ; ce qui lui a troublé l'esprit , c'est que n'ayant point d'enfans, il a été obligé de rendre aux parens de la défunte, cinquante millę ducats, qu'il reconnoît dans ton Contrat de mariage avoir reçus d'elle.

Oh! c'est une autre affaire, repliqua Léandro. Je ne suis plus étonné de son accident. Et dites-moi , s'il vous plaît , quel est ce jeune homme qui faute comme un cabril dans la Loge suivante, & qui s'arrête de moment en moment pour faire des éclats de rire, en se tenant les côtés. Voilà un Fou bien gai. Aussi repartit le Boiteux, sa folie vient d'un excès de joie. Il étoit portier d'une personne de qualité ; &comme il apprit un jour la mort d'un riche Contador dont il se trouvoit l'unique héritier , il

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ne

ne fut point à l'épreuve d'une joyeuse nouvelle, la tête lui tourna. · Nous voici parvenus à ce grand Garçon qui joue de la Guitarre, & qui l'accompagne de la voix. C'est un fou mé. lancolique, un Amant que les rigueurs d'une Dame ont réduit au désespoir, & qu'il a fallu enfermer. Ah ! que je plains celui-là, s'écria l'Ecolier ! Permettez que je déplore son infortune. Elle peut arriver à tous les honnêtes gens. Si j'é. tois épris d'une beauté cruelle , je ne scai si je n'aurois pas le même sort. A ce sentiment, reprit le Démon, je vous reconnois pour un vrai Castillan. Il faut être né dans le sein de la Castille, pour se sentir capable d'aimer jusqu'à devenir fou de chagrin de ne pouvoir plaire. Les François ne sont point fi tendres: & fi vous voulez sçavoir la différence qu'il y a entre un François & un Espagnol sur cette matiere, il ne faut que vous dire la Chanson que ce Fou chante, & qu'il vient de compofer toutà-l'heure.

CHAN: CHANSON ESPAGNOLE.

* Ardo y lloro sin fossiego: Llorando y ardiendo tanto ; Que ni el llanto apaga el fuego ? Ni el fuego consume el llanto.

* Je brûle & je pleure sans cesse , fans que mes pleurs puissent éteindre mes feux, ni mes feux consumer mes larmes.

C'est ainsi que parle un Cavalier Ef. pagnol, quand il est maltraité de sa Dame ; & voici comme un François fe plaignoit en pareil cas“, ces jours passés.

CHANSON FRANÇOISE:

L'objet qui regne dans mon cæur ,
Est toujours insensible à mon amour fidele ;
Mes soins , mes soupirs , ma langueur
Ne sçauroient attendrir cette Beauté cruelle.
O Ciel ! est-il un sort plus affreux que le mien ?
Ah ! puisque je ne puis lui plaire,

Je

Je renonce au jour qui m'éclaire : Venez , mes chers Amis , m'enterrer chez Payen.

Ce Payen est apparemment un Traiteur dit Don Cléofes? Justement ,ré. pondit le Diable. Continuons, examinons les autres Fous. Passons plutôt aux Femmes; repliqua Léandro. Je suis impatient de les voir. Je vais céder à votre impatience, repartit l’Esprit : mais il y a ici deux ou trois infortunés, que je fuis bien aise de vous montrer aupara. vant. Vous pourrez tirer quelque profit de leur malheur.

Considérez dans la Loge qui suit celle de ce joueur de Guitarre , ce visage pâle & décharné qui grince les dents & semble vouloir manger

les barreaux de fer qui sont à la fenêtre. C'est un honnête homme né sous un Astre fi malheureux, qu'avec tout le mérite du monde, quelques mouvemens qu'il se soit donnés pendant vingt années, il n'a pu parvenir à s'assurer du pain. Il a perdu la raison, en voyant un très petit sujet de fa connoiffance, monter en un jour, par l'Arithmétique, au haut de la roue de fortune.

Le

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