Imágenes de páginas
PDF
EPUB
[ocr errors]

est au

[ocr errors]
[ocr errors][ocr errors]

plutôt d'examiner ce qui se présente à
notre vûe. Que signifient ces étincelles
de feu qui sortent de cette cave ? C'est
une des plus folles occupations des
hommes , répondit le Diable. Ce Pere
sonnage qui dans cette cave,
près de ce fourneau embrasé, est un
Souffleur. Le feu consume

peu

à

peu fon riche patrimoine , & il ne trouvera jamais ce qu'il cherche. Entre nous la Pierre philosophale n'est qu'une belle chimere , que j'ai moi-même forgée pour me jouer de l'esprit humain, qui veut passer les bornes qui lui ont été prescrites.

Ce Souffleur a pour voisin un bon Apothicaire , qui n'est pas encore couché. Vous le voyez qui travaille dans fa boutique , avec son épouse surannée & son garçon. Scavez-vous ce qu'ils font? Le mari compose une pillule prolifique, pour un vieil Avocat qui doit se marier demain ; le garçon fait une prisa. ne laxative ; & la femme pile dans un

;
mortier des drogues aftringentes.

J'apperçois dans la maison qui fait face à celle de l'Apothicaire , dit Zambulo un homme qui se leve & s'habille à la hâte. Malepette , répondit l'Elprit, c'est un Médecin qu'on appelTome 1.

B

le

[ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors]

le pour une affaire bien pressante. On vient le chercher de la part d'un Prélat, qui depuis une heure qu'il est au lit , a touffé deux ou trois fois.

Portez la vûe au-delà sur la droite , & tâchez de découvrir dans un grenier , un homme qui se promene en chemite à la sombre clarté d'une lampe. J'y fuis , s'écria l'Ecolier : à telles enseignes , que je ferois l'inventaire des meubles qui sont dans ce galetas. il n'y a qu'un grabat, un placet, & une table , & les murs me paroissent tout barbouillés de noir. Le personnage qui loge si haut est un Poëte , reprit Almodée, & ce qui vous paroît noir , ce font des vers tragiques de la façon donc il a tapissé fa chambre , étant obligé, faute de papier , d'écrire ses Poëmes sur le mur.

A le voir s'agiter & se démener comme il fait en le promenant , dic Don Cleofas , je juge qu'il compose quelque ouvrage d'importance. Vous n'avez pas tort d'avoir cette pensée, repliqua le Boiteux : il mit hier la derniere main à une Tragédie intitulée , Le Déluge universel. On ne sçau, roit lui reprocher qu'il n'a point observé l'unité de lieu , puisque tou

te

enk

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

!

Pre te l'action se passe dans l'Arche de i Noé.

Je vous assure que c'est une Piece FOR

excellente ; toutes les Bêtes y parlent

comme des Docteurs. Il a dessein de mi

la dédier ; il y a fix heures qu'il travail. e.

le à l'Epitre Dédicatoire. Il en est à la derniere phrase , en ce moment. On peut dire que c'est un chef d'oeuvre, que cette Dédicace : toutes les vertus mo. Tales & politiques, toutes les louanges

qu'on peut donner à un homme illustre e par ses ancêtres & par lui même, n'y

font point épargnées : jamais Auteur

n'a tant prodigué l'encens. A qui préTy

tend-il adresser un éloge fi magnifique , reprit l'Ecolier ? Il n'en sçait rien encon re, repartit le Diable ; il a laillé le nom

; en blanc. Il cherche quelque riche Sei. gr.eur, qui foit plus libéral que ceux à qui il a déjà dédié d'autres Livres. Mais les gens qui payent des Epitres Dédia catoires font bien rares aujourd'hui. C'est un défaut dont les Seigneurs se font corrigés ; & par-là , ils ont rendu un grand service au public , qui étoit accablé de pitoyables productions d'efprit, attendu que la plûpart des Livres ne se failoient autrefois que pour le proa duit des Dédicaces.

B

A

256

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

A propos d'Epitres Dédicatoires ajouta le Démon , il faut que je vous rapporte un trait affez singulier. Une femme de la Cour ayant permis qu'on lui dédiât un ouvrage, en voulut voir la Dédicace avant qu'on l'imprimât ; & ne s'y trouvant pas assez bien louée à son gré, elle prit la peine d'en composer une de la façon , & de l'envoyer à l'Auteur , pour la mettre à la tête de son Ouvrage.

Il me semble , s'écria Léandro, que voilà des voleurs qui s'introduisent dans une maison , par un balcon. Vous ne vous trompez point , dit Asmodée ; ce sont des voleurs de nuit. Ils entrent chez no Banquier. Suivonsles de l'oeil. Voyons ce qu'ils feront. Ils visitent le comptoir. Ils fouillent par-tout. Mais le Banquier les a préve. nus : il partit hier pour la Hollande, avec tout ce qu'il avoit d'argent dans ses coffres.

Examinons , dit Zambulo, un autre voleur qui monte par une échelle de foie à un balcon. Celui-là n'est pas ce que vous pensez , répondit le Boiteux. C'est un Marquis qui tente l'escalade , pour se couler dans la cham. bre d une fille qui veut cesser de l'être.

IL

[ocr errors][merged small][merged small][ocr errors]

Il lui a juré très légerement qu'il l'épousera , & elle ni'a pas manqué de se rendre à ses fermens ; car dans le commerce de l'amour, les Marquis font des Négocians qui ont grand crédit sur la place.

je suis curieux, reprit l'Ecolier , d'apprendre ce que fait un certain homme que je vois en bonnet de nuit & en robe de chambre. Il écrit avec application ; & il y a près de lui une petite figure noire, qui lui conduit la main en écrivant. L'homme qui écrit , répondit le Diable, est un Greffier , qui, pour obliger un Tuteur très-reconnoissant altere un Arrêt rendu en faveur d'un Pupille ; & la petite figure noire qui lui conduit la main est Griffaël le Dé. mon des Greffiers. Ce Griffaël , repliqua Don Cléofas, n'occupe donc cet emploi que par interim ; puisque Flagel est l'Esprit du Barreau ; les Greffes , ce me semble doivent être de son département. Non , repartit Asmodée. Les Greffiers ont été jugés dignes d'avoir leur Diable particulier ; & je vous jure qu'il a de l'occupation de reste.

Considérez dans une maison bourgeoise auprès de celle du Greffier, une jeune Dame qui occupe le premier ap

B 3

parte

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors][ocr errors]
« AnteriorContinuar »