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la constance d'un Ecolier , jugeoit à pro. pos de le bien éprouver, avant que de fe faire connoître.

Il étoit plus occupé de son inconnue; que de la Philosophie d'Aristote ; & le peu de chemin qu'il y a d'ici à Alcala, étoit cause qu'il faisoit souvent comme vous l'école buissonniere : avec cette différence , que c'étoit pour un objet qui le méritoit mieux que votre Dona Tho. mosa. Pour dérober la connoissance de ses amoureux voyages à Don Luis son pere , il avoit coutume de loger dans une auberge à l'extrémité de la Ville , où il avoit soin de se tenir caché sous un nom emprunté. Il n'en fortoit que le matin à certaine heure, qu'il lui falloit aller à une maison, où la Dame qui lui faisoit fi' mal faire ses études avoit la bonté de se rendre , accompagnée d'une femme de chambre. Il de. meuroit donc enfermé dans son au. berge pendant le reste du jour ; mais en récompense , dès que la nuit étoit venue il se promenoit par-tout dans la Ville..."

Il arriva qu'une nuit , comme il traversoit une rue détournée, il entendit des voix & des instrumens qui lui paru- . Tent dignes de son attention. Il s'arrêta

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pour les écouter. C'étoit une Sérénade. Le Cavalier qui la donnoit étoit yvre , & naturellement brutal. Il n'eut pas si-tôt apperçu notre Ecolier, qu'il vint à lui avec précipitation , & fans autre compliment : Ami , lui dit-il d'un ton brusque , passez votre chemin : les gens. curieux sont ici fort mal reçuis. Je pourrois me retirer., répondit Don Pédre choqué de ces paroles, si vous m'en aviez prié de meilleure grace ; mais je veux demeurer pour vous apprendre à parler. Voyons donc »reprit le Maître du Cong cert en tirant son épée, qui de nous deux cédera la place à l'autre.

Don Pédre mit aufli l'épée à la main & ils commencerent à se battre. Quoique le Maître de la Sérénade s'en acquittât avec affez, d'adresse parer un coup mortel qui lui fut porté, & il tomba sur le carreau. Tous les Acteurs du Concert qui avoient déjà quitté leurs instrumens & tiré leurs épées pour accourir à fon fecours, s'a. vancerent pour le venger. Ils attaquerent : tous ensemble Don Pédre , qui dans cet. te occasion, montra ce qu'il sçavoit fai. re. Outre qu'il paroit avec une agilité surprenante toutes les bottes qu'on lui portoit , il en poussoit de furieuses , &

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occupoit à la fois tous ses ennemis.

Cependant ils étoient si opiniâtres & en fi grand nombre , que tout habile escrimeur qu'il étoit , il n'auroit pu évi. . ter sa perte , Gile Comte de Belflor , qui passoit alors par cette rue, n'eût pris sa défense. Le Comte avoit du coeur & beaucoup de générosité. Il ne peut voir tant de gens armés contre un seul homme sans s'intéresser pour lui. Il tira son épée , & courant fe ranger auprès de Don Pedre , il poussa si vivement avec lui les Acteurs de la Sérénade , qu'ils s'enfuirent tous , les uns bleffés, & les autres de peur de l'être.

Après leur retraite , l'Ecolier voulut remercier le Comte du secours qu'il en avoit reçu: Mais Belfior l'interrompit : Laissons-là les discours , lui dit-il, n'ê. . tes-vous point blessé ? Non, répondit Don Pédre. Eloignons-nous donc d'ici, reprit le Comte. Je vois que vous avez tué un homme. Il est dangereux de vous arrêter plus long-temps dans cette rue ; la Justice vous pourroit surprendre. Ils marcherent aussi-tôt à grands pas, gagne. rent une autre rue, & quand ils furent loin de celle où s'étoit donné le combat, its s'arrêterent. Don Pédre , poussé par les mouve

mens ;

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qui n'en?

mens d'une juste reconnoissance

, pria le Comte de ne lui pas cacher le nom du Cavalier à qui il avoit tant d'obligaa tion. Belflor ne fit aucune difficulté de le lui apprendre, & il lui demanda aussi le fien. Mais l'Écolier ne voulant pas. fe faire connoître, répondit qu'il s'aps pelloir Don Juan de Matos, & l'assura qu'il se souviendroit éternellement de ce qu'il avoit fait pour lui.

Je veux , lui dit le Comte, vous offrir dès cette nuit une occasion de vous ac. quitter envers moi. J'ai un rendez-vous

. sans péril. J'allois chercher un ami pour m'y accompagner.

Jo connois votre valeur, puis-je vous pros poser., Don Juan, de venir avec moi ? Ce doute m'outrage, repartit l'Ecolier. Je ne sçaurois faire un meilleur usage de la vie que vous m'avez conservée

que de l'exposer pour vous. Partons, je suis prêt à vous suivre. Ainfi Belflor cor, duisit lui-même. Don Pédre à la mai: fon de Don Luis, & ils entrerent tous, deux par le balcon dans l'appartement de Léonor.

Don Cléofas en cet endroit interrompit le Diable : Seigneur Asinodée, lui dit-il , comment est-il possible que Don Pédre ne reconnût point la mais

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son de fon pere ? Il n'avoit garde de la

. reconnoître, répondit le Démon; c'é. toit une nouvelle demeure. Don Luis avoit changé de quartier , & logeoit dans cette maison depuis huit jours ; ce que Don Pédre ne sçavoit pas. C'est ce

. que j'allois vous dire lorsque vous m'avez interrompu. Vous êtes trop vif. Vous avez la mauvaise habitude de couper la parole aux gens. Corrigez-vous de ce défaut-là.

Don Pédre, continua le Boiteux, ne croyoit donc pas être chez son pere. Il ne s'apperçut pas non plus que la personne qui les introduiioit étoit la Dame Marcelle , puisqu'elle les reçut sans lumiere dans une antichambre, où Bel. flor pria son compagnon de rester pendant qu'il seroit dans la chambre de fa Dame. L'Ecolier y consentit, & s'affit sur une chaise l'épée nue à la main de peur de surprise. Il se mit à rêver aux faveurs dont il jugea que l'amour alloit, combler Belflor , & il fouhaitoit d'être aufli heureux que lui : quoiqu'il ne fut pas maltraité de sa Dame incon. nue , elle n'avoit pas encore pour

lui toutes les bontés que Léonor avoit

pour le. Comte. Pendant qu'il faisoit là-dessus toutes

les

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