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le. Quand on me proposeroit une Infante..... Arrêtez , s'écria brufquement Don Luis, c'est trop infolemment vanter une constance qui excite ma colére. Sortez, & ne vous présentez plus devant moi, que vous ne soyez prêt à m'obéïr.

Don Pedre n'osa repliquer à ces paroles', de peur de s'en attirer de plus dures. Il se retira dans une chambre où il passa le reste de la nuit à faire des reflexions autant tristes qu’agréables. Il pensoit avec douleur qu'il alloit se broüiller avec toute sa famille en refusant d'épouser la sæur du Comte. Mais il en étoit tout consolé, lorsqu'il venoit à se représenter que son inconnuë lui tiendroit compte d'un fi grand sacrifice. Il se flattoit même qu'après une si belle preuve de fidelité, elle ne manqueroit pas de lui découvrir la condition qu'il s'imaginoit éga

le pour le inoins à celle d'Euge

nie.

Dans cette espérance , il fortit dès qu'il fut jour, & alla se promener au Prado, en attendant l'heure de se rendre au logis de Dona Juana , c'est le nom de la Dame chez qui il avoit coûtume d'entretenir tous les matins sa maîtrelle. Ilattendit ce moment avec beaucoup d'impatience, & quand il fut venu , il courut au rendez

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Il y trouva l'inconnuë qui s'y 'étoit renduë de meilleure heure qu'à l'ordinaire ; mais il la trouva qui fondoit en pleurs avec Dona Juana,& qui paroissoit agitée d'une vive douleur. Quel spectacle pour un amant! Il s'approcha d'elle tout troublé, & fe jettant à ses genoux : Madame, lui dit-il,

que dois-je penser de l'état où je vous vois ? Quel malheur m'annoncept çes larmes qui me percent le coeur

Vous ne vous attendez pas , lui répondit-elle, au coup fatal que j'ai à vous porter. La fortune cruelle va nous séparer pour jamais. Nous ne vous verrons plus.

Elle accompagna ces paroles de tant de soupirs , que je ne sçai si Don Pedre fut plus touché des choses qu'elle difoit , que de l'af, fiction dont elle paroissoit saisie en les disant. Jufte Ciel, s'écria-t'il avec un transport de fureur dont il ne fut pas maître , peux-tu souffrir que

l'on détruile une union dont tu connois l'innocence!Mais, Madame , ajouta-t'il, vous avez pris peut-être de fausses alarmes. Eft-il certain qu'on vous arrache au plus fidéle ainant qui fût jamais ? Suis-je en effet le plus malheureux de tous les hommes ? Notre infortune n'est que trop assurée, répondit l'inconnuë ; mon frere , de qui ma main dépend, me marie aujourd'hui. Il vient de me le déclarer lui-même. Eh! quel eft cet heureux époux, répliqua Don Pedre, avec précipitation? Nommez-le moi, Madame, je vais dans mon désespoir.... Je ne sçai poine encore son nom, interrompit l'inconnuë; mon frere n'a pas voulu m'en inftruire.Il m'a dit seulementy qu'il souhaitoit que je visse le Cavalier auparavant.

Mais , Madame , dit Don Pea dre, vous foumettez-vous sans réfistance aux volontés d'un frere? Vous laisserez - vous entraîner à l'autel fans vous plaindre d'un si cruel facrifice? Ne ferez-vous rien en ma faveur? Helas ! je n'ai pas craint de m'exposer à la colére de mon pere, pour me conserver à vous. Sesmenaces n'ont pû ébranler ina fidélité, & avec quelque rigueur qu'il puiffe me traiter, je n'épouserai point la Dame qu'on me propose, quoique ce soit un parti très-considérable. Et qui est

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Cette Dame, dit l'inconnuë ? C'est la four du Comte de Belfor, répondit l'écolier. Ah! Don Pedre, répliqua l'inconnuë , en faisant paroître une extrême surprise, vous vous méprenez fans doute; Vous n'êtes point fùr de ce que vous dites. Eft-ce en effet Eugenie , la fæur de Belfor, que l'on vous a proposée

Oüi , Madame , repartit Don Pedre, le Comte lui-même m'a offert fa main. Hé quoi ! s'écriat'elle, il seroit possible que vous fussiez ce Cavalier à qui mon frete me deftine ? Qu'entens-je ! s'écria l'écolier à son tour, la fæur du Comte de Belfior feroit mon inconnuë! Oüi , Don Pedre, repartit Eugenie ; mais peu s'en faut que je ne croye plus l'être en ce moment, tant j'ai de peine à me perfuader du bonheur dont vous m'assurez. A ces mots, Don Pedre lui ent

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