Imágenes de páginas
PDF
EPUB

assez rare. C'est un homme chargé de detres, qui dort d'un profond sonimeil. Il faut donc que ce soit une personne de qualité, dit Léandro. Justement, répondit le Démon. C'est un Marquis de cent mille ducats de rente,& dont pour tant la dépense excede le revenų. Sa table & ses Maîtresses le mettent dans la necessité de s'endetter ; mais cela ne trouble point son repos; au contraire , quand il veur bien devoir à ùn Marchand , il s’iniagine que ce Marchand lui a beaucoup d'obligation. C'est chez vous, disoit-il l'autre jour à un Draprier, c'est chez vous que je veux déformais prendre à crédit; je vous donne la préférence.

Pendant que ce Marquis goûte si tranquillement la douceur du sommeil qu'il ôte à ses créanciers, considérez un homme qui.... Artendez, Seigneur Asmodée, interpompit brusquement Don Cleg:

[ocr errors]

fas ; j'apperçois un carosse dans la ruë, je ne veux pas le laisser passer fans vous demander ce qu'il y a dedans. Chut! lui dit le Boiteux en baissant la voix, comme s'il eûc craint d'être enteudu: Apprenez que ce carosse recéle un des plus

graves personnages de la Monarchie. C'est un Prelident qui va s'égayer chez

une vieille Asturienne dévouée à ses plaisirs. Pour n'être pas reconnu, il a pris la précaution que prenoit Caligula, qui mettoit en pareille occasion une perruque pour se déguiser.

Revenons au tableau que je youlois offrir à vos regards quand vous m'avez interrompu. Regardez tout au haut de l'Hôtel du Marquis un homme qui travaille dans un cabinet rempli de Livres & de Manuscrits. C'est peut-être, dit Zambullo,l’Intendant qui s'occupe à chercher les moyens de 'payer les dettes defonMaître.Bon,

[ocr errors]

répondit le Diable ; c'est bien à cela vraiment que s'amusent les Intendans de ces sortes de Maisons. Ils songent plutôt à profiter du dérangement des affaires , qu'à y mettre ordre. Ce n'est donc

pas un Intendant que yous voyez. C'est un Auteur. Le Marquis le loge dans fon Hôtel pour fe donner un air de protecteur des Gens de Let tres. Cet Auteur , repliqua Don Cleofas, eft apparemment un grand sujet. Vous en allez juger, repartit le Démon. Il est entourré de mille volumes , & il en compose un où il ne met rien du lien. Il pille dans ces livres & ces manufcrits, & quoiqu'il ne fasse qu’arranger & lier ses larcinsil a plus de vanité qu'un veritable Auteur.

Vous ne sçavez pas , continua l’Esprit, qui demeure à trois porteş au-dessous de cet Hôtel : C'est la Chichona, cette même femme, dont j'ai fait une fi honnêre mens tion dans l'histoire du Comte de Belfor. Ah! que je suis ravi de la voir , dit Léandro. Cette bonne personne fi utile à la jeunesse, est fans doute une de ces deux vieilles que j'apperçois dans une salle baffe. L'une a les coudes appuyés fur une table & regarde attentivement l'autre, qui compte de l'argent. Laquelle des deux est la Chichona? C'eft, dit le Dénion, celle qui ne compte point. L'autre nommée la Pébrada , eft une ho, norable Dame de la même profeffion. Elles sont associées & elles partagent en ce moment les fruits d'une avanture qu'elles viennent de inettre à fin.

La Pébrada est la plus achalandée; elle a la pratique de plusieurs veuves richesà qui elle porte tous les jours fa liste à lire. Qu'appellez-vous la liste ? interrompit l'és colier. Ce font , repartit Asinodée , les noms de tous les étran,

gers

gers bien faits qui viennent à Madrid, & sur tout des François. D'abord que cette Négociatrice apprend qu'il en est arrivé de nouveaux, elle court à leurs Auberges s'informer adroitement de quel pais ils sont; de leur naissance, de leur taille, de leur air & de leur âge, puis elle en fait son

rapport à fes veuves qui font leurs réfexions là-dessus; & fi le cour en dit auf dites veuves, elle le sabouche avec lesdits étrangers.

Cela est fort commode,& jufte en quelque façon, repliqua Zambulo en fouriant ; car enfin fans ces bonnes Dames & leurs agentes, les jeunes étrangers qui n'ont point ici de connoissances, perdroient un temps infini à en faire. Mais dites-moi s'il y a de ces veuves & de ces Maquignones dans les autres Païs? Bon, s'il y en a , répondit le Boiteux, en pouvezvous douter ? Je remplirois bien

Tome I.

« AnteriorContinuar »