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avec lui, & alla se poser sur la mai. fon de Dona Thomasa. : Cette friponne étoit à table avec les quatre Spadassins qui avoient poursuivi Léandro sur les goutrieres. Il fremit de couroux en les voyant manger

deux

perdreaux& un lapin qu'il avoit payés & fait porter chez la Traîtresse, avec quelques bouteilles de bon vin. Pour surcroît de douleur, il s'appercevoit que la joye regnoit dans ce repas , & jugeoit aux demonstrations de Thomasa., que la compagnie de ces malheureux étoit plus agréable que la sienne à cette fcelerate. O les bourreaux, s'écria-t'il d'un ton furieux ! Les voilà qui se régalent à mes dépens ! Quelle mortification pour moi!

Je conviens, lui dit le Démon, que ce spectacle n'est pas fort ré joüiffant pour vous; mais quand on frequente les Dames galantes, on doit s'attendre à ces avantures: Elles sont arrivées mille fois en France aux Abbés, aux Gens de robbe & aux Financiers. Si j'avois une épée , reprit Don Cleofas , je fondrois sur ces coquins & troublerois leurs plaisirs. La partie ne seroit pas égale , repartit le Boiteux, si vous les attaquiez tout seul. Laissez-moi le soin de vous venger. J'en viendrai mieux à bout que vous. Je vais mettre la divifion parmi ces Spadafsins en leur, inspirant une fureur luxurieuse. Ils vont s'armer les uns contre les autres. Vous allez voir un beau

A ces mots , il foufia, & il fortit de sa bouche une vapeur violette qui descendit en serpentant comme un feu d'artifice; & se répandit sur la table de Dona Thomafa. Aulli-tôt un des convives sen, tant l'effet de ce souffle, s'approcha de la Dame & l'embrassa a

vacarme.

vec transport. Les autres entraînés par la force de la même vapeur, voulurent lui arracher la grivoife. Chacun demande la préférence. Ils se la disputent. Une jalouse rage s'empare d'eux ; ils en viennent aux mains. Ils tirent leurs épées & commencent un rude combat. Cependant, Dona Thomasa pousse d'horribles cris. Tout le voisinage est bien-tôt en rumeur. On crie à la Juftice. La Justice vient'; elle enfonce la

porte;

elle entre & trouve deux de ces breteurs étendus sur le plancher. Elle se saisir des autres & les méne en prison avec la courtisane. Cette inalheureuse avoit beau pleurer, s'arracher les cheveux, & sé désesperer, les gens qui

gens qui la conduisoient n'en étoient pas plus touchés que Zambullo, qui en faifoit de grands éclats de rire avec Asmodée.

Hébien! dit ce Démon à l'éco.
Tome I.

P

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lier, êtes-vous content ? Non, ré. pondit Don Cleofas. Pour me donner une entiere satisfaction,portezmoi sur les prisons ; que j'aye le plaisir d'y voir enfermer la miserable qui s'est jouée de mon amour, Je me sens pour elle plus de haine en ce moment, que je n'ai jamais eu de tendresse. Je le veux bien, lui repliqua le Diable ; vous me trouverez toujours prêt à suivre vos volontés, quand elles seroient contraires aux miennes & à mes interêts , pourvû que ce soit pour votre bien.

Ils volérent tous deux fur les prisons, ou bien-tôt arrivérent les deux Spadaļlins qui furent logéş dans un cachot noir. Pour Tho. masa, on la mit sur la paille avey trois ou quatre autres femnies de mauvaise vie qu'on avoit arrêtées le même jour, & qui devoient être transferées le lendemain au lieu destiné pour ces fortes de créatu:

res.

Je suis à present satisfait, dit Zambullo , j'ai goûté une pleine vengeance; ma mie Thomalle ne passera pas la nuit aussi agréablement qu'elle se l'étoit promis. Nous irons où il vous plaira continuer nos observations. Nous sommes ici dans un endroit propre à cela , répondit l’Esprit

. Il y a dans ces prisons un grand nombre de coupables & d'innocens. C'est un séjour qui sert à commencer le châtiment des uns & à

purifier la vertu des autres. Il faut que je vous montre quelques prifonniers de ces deux especes , &

que je vous dise pourquoi on les retient dans les fers.

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