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doute un vase enchanté. Je tenterois vainement de le déboucher ou de le briser. Ainsi, je ne sçai pas trop bien de quelle maniere je pourrai vous délivrer de prison. Je n'ai pas un grand ufage de ces fortes de délivrances ; & entre nous,

fi tout fin Diable que vous êtes, yous ne sauriez vous tirer d'affaires, comment, un chetif mortel en pourra-t-il venir à bout? Les homines ont ce pouvoir, répondit le Démon. La phiole où je suis retenu n'est qu'une simple bouteille de verre facile à briser. Vous n'avez qu'à la prendre & qu'à la jetter par terre, j'apparoîtrai tour ausli-tôt en forme humaine. Sur ce pied-là, dit l'écolier, la chose eft plus aisée que je ne pensois. Apprenez - moi donc dans quelle phiole vous êtes. J'en vois un assez grand nombre de pareilles, & je ne puis la démêler. C'est la

quatriéine du côté de la fenêtre ré

pliqua l’esprit

. Quoique l'empreinte d'un cachet magique soit sur le bouchon, la bouteille ne laisse-ra pas de se casser.

Cela suffit , reprit Don Cléofas. Je suis prêt à faire ce que vous fouhaitez. Il n'y a plus qu'une petite difficulté qui m'arrête. Quand je vous aurai rendu le fervice, dont il s'agit, je crains de payer les pots cassés. Il ne vous arrivera aucun malheur, repartit le Démon. Au contraire, vous serez content de ma reconnoissance. Jevous apprendrai tout ce que vous voudrez fçavoir. Je vous inAtruirai de tout ce qui se passe dans le monde. Je vous découvrirai les défauts des hommes, je serai votre Démon turelaire , & plus éclairé

que le génie de Socrate , je prétens vous rendre encore plus sçavant que ce grand Philosophe. En un mor , je me donne à vous avec mes bonnes & mauvaises

tres.

qualités ; elles ne vous seront pas moins utiles les unes que les au

11. Voilà de belles proinesses , repliqua l'écolier ; mais vous autres Messieurs les Diables, on vous accuse de n'être pas fort religieux à tenir ce que vous nous promet-tez. Cette accusation n'est pas sans fondement , repartit Afinodée. La plûpart de mes confreres ne se font pas un fcrupule de vous manquerde parole. Pour moi , ou -tre que je ne puis trop payer le fervice que j'attends de vous , je fuis esclave de mes fermens & je vous jure par tout ce qui les rend inviolables, que je ne vous tromperai point. Comptez sur l'assurance que je vous en donne. Et ce qui doit vous être bien agréable, je m'offre à vous venger dès cette nuit de Dona Thoinafa,

de cette perfide Dame qui avoit can ché chez elle quatre scélérats pour

-vous surprendre & vous forcer à l'épouser.

Le jeune Žambullo fut particulierement charmé de cette derniere promesse. Pous en avancer l'accompliffement , il se hâta de prendre la phiole où étoit l'esprit, &ffans s'embarrasser davantage de

ce qu'il en pourroit arriver , il la lailla tomber rudement. Elle se brisa en mille piéces , & inonda le plancher d'une liqueur noirâ- tre, qui s'évapora peu à peu

& fe convertit en une fumée, la

quelle venant à fe difliper tout-àcoup fit voir à l'écolier furpris,une figure d'homme en manteau de la hauteur d'environ deux pieds & demi , appuiée sur deux béquilles. Ce petit monstre boiteux avoit des jambes de boue ; le visage long, le menton pointu, le teint jaune & noir, le nez fort écrasé; fes

yeux qui paroisfoient très-petits, ressembloient à deux char

bons allumés : la bouche excelli, vement fenduë , étoit surmontée de deux crocs de moustache rouffe & bordée de deux lippes fans pareilles.

Ce gracieux Cupidon avoit la tête enveloppée d'une espéce de turban de crêpon rouge,

rélevé d'un bouquet de plumes de cocq & de paon. Il portoit au col un large collet de toile jaune, sur lequel étoient dessinés divers modéles de colliers & de pendansd'oreilles. Il étoit revêtu d'une robe courte de satin blanc , ceinte par le milieu d'une large bande de parchemin vierge , toute marquée de caractéres talismaniques. On voyoit peints sur cette robe plusieurs corps à l'ufage des Dames, très-vantageux pour la gorge, des écharpes , des tabliers bigarTés, & des coëffures nouvelles, toutes plus extravagantes les unes que les autres.si

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