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apportée exprès pour lui faire present : ma chere Floreita , lui dit-il , je ne vous donne ce diamant que pour faire connoissance avec vous. J'ai dessein de reconnoître

par une plus solide récompense les services

que vous me ren drez.

On ne sçauroit êrre plus fatisfait qu'il le fut de son entretien avec la suivante. Aussi-non-seulement il remercia Domingo de le lui avoir procuré ; il le gratifia d'une paire de bas de foye & de quelques chemises garnies de dentelles, lui promettant d'ailleurs de ne laisser échapper aucune occasion de lui être utile. Ensuite le consultant sur ce qu'il avoit à faire? Mon ami, lui dit-il, quel eft ton sentiment ? Me conseille - tu de débuter par une lettre passionnée & sublime à Dona Luziana? C'est mon avis, répondit le Page. Faites - lui une déclara tion d'as

mour en haut file. J'ai un prefsentiment qu'elle ne le recevra point mal. Je le crois de même, reprit l'Ecuïer. Je vais à tout hasard commencer par-la. Aussi-tóc il se mit à écrire. Et après avoir déchiré pour le moins vingt broüillons ; il parvint à faire un billet doux auquel il s'arrêta. Il en fic la lecture à Domingo, qui l'ayant écouté avec des gestes d'admiration , se chargea de le porter sur le champ à la cousine. Il étoit conçû dans ces termes fleuris & recherchés :

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Il y a long-temps , charmante Luziana, que Jür la foi de la Renommée, qui publie par tout vos perfections, je me suis laissé enflamer d'un ardent amour pour vous. Neanmoins, malgré les feux dont je suis la proye, je n'ai osé hazarder aucun acte de galanterie ; mais comme il m'est revenu que vous daignez arrêter vos regards

, sur moi quand je passe devant la jau boufie qui dérobe aux yeux des hommes votre beauté celeste ; & même que par une influence de votre aftre y-très-heu= reuse pour moi, vous inclinez à me vouloir du bien, je prens la liberté de vous demander la permission de me consacrer à votre service. Si je suis assez fortuné pour l'obtenir, je renonce à toutes les Dames passées, presentes ou à venir.

Don Côme de la Higuera.

Le Page & la suivante, ne man querent pas de s'égayer aux dépens du Seigneur Don Côme, & de fe divertir de la lettre. Ils n'en dez meurerent pas là. Ils composerent. à frais communs un billet tendre, que la femme de chambre écrivit de fa main, & que Domingo rendit le jour suivant à l'Ecuïer, coinme une réponse de Dona Luziana. Il contenoit ces paroles :

J'ignore qui peut vous avoir

si bien instruit de mes sentimens secrets. C'est une trahison qae quelqu'un m'a

faite; mais je la bui pardonne , puisqu'elle eft cause que vous m'apprenez que vous m'aimez. De tous les hommes que je vois passer dans ma ruë , vous êtes celui

queje prens le plus de plaisir à regarder ; & je veux bien foyez mon Amant. Peut-être ne devrois-je pas le vouloir se encore moins vous le dire. Si c'est une faute que je fais , votre mérite me rendex cufable.

que vous

DOGNIA LUZIANA.

Quoique cette réponse fût un peu trop vive pour la fille d'un Mestre de Camp; car les auteurs n'y avoient pas regardé de fi près, le présomptueux Don Côme ne s'en défia point. Il s'eftimoit assez pour s'imaginer qu'une Dame pouvoit oublier pour lui, les bienséances. Ah! Domingo , s'écriat-il d'un air triomphant, après avoir lû à haute voix la lettre supposée. Tu vois , mon ami, si la voisine en tient. Je ferai bien-tôt gendre de Don Fernand , ou je ne suis pas Don Côme de la Higuera.

Il n'en faut pas dourer , dit le bourreau de confident , vous avez fait sur sa fille une furieuse impresfion. Mais à propos , ajoûta-t-il, je me souviens que ma parente m'a bien recommandé de vous dire , que dès demain, tout au plus tard, il étoit necessaire que vous donnalliez une sérénade à sa maltreffe , pour achever de la rendre folle de votre Seigneurie. Je le veux bien , dit l'Ecuier. Tu peux assurer ta cousine que je suivrai son conseil, & que demain, fans faute, elle entendra dans sa ruë, au milieu de la nuit, un des plus galans concerts qu'on ait jamais entendus à Madrid. En effer , il

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